‹ La philosophie de GassendiChapitre 78 sur 178 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE l'aME raisonnable OU DE l'eNTENDEMEîVT

"^ l'entendement et de la phantaisie. — I. Des fonctions de l'entendement : 1° Il a l'appréhension des choses incorporelles. — 2** Par la ''énexion, il se connaît lui-même et connaît ses opérations. — 3" Par le •"^isonnement, il s*élève à des conceptions dont l'imagination ne peut ^voir aucune espèce. — IL Nature de l'entendement. — 111. L'entende- 'Jïent ne s'exerce qu'à l'occasion des données des sens et des images ^^^es à la phantaisie. — IV. Objections et réponses.

I- — Nous avons vu qu'au-dessus des sens et de l'imagination ^^1 sont des facultés communes à l'homme et à l'animal, Gassendi ^^oaet, avec Arislote et Platon, une faculté supérieure de con- '^^îlre, l'entendement, et, au-dessus de l'âme sensitive, qui est "^^térielle, une âme raisonnable qui ne l'est pas *. Voyons sur ^^elles preuves il appuie cette opinion à laquelle il consacre '^©s pages du plus haut intérêt, et dont trop souvent on a ^^naturé le sens. Il n'est point rare, en effet, de trouver le *^^iïi de Gassendi uni à ceux des sensualistes par les critiques, ^OoQQje gi entre sa doctrine et la leur il n'y avait que des ^*fférences sans portée. — Préoccupé cependant, dès le début ^^ son étude, d'éviter tout malentendu et de nous éclairer ^^r sa véritable pensée, il nous avertit en termes précis « qu'il ^Ul s'6ter d'abord toute préoccupation qu'on pourrait avoir que

^^tendement ne fût pas une faculté distincte de la phantaisie /* Vertu imaginatrice, et qu'il n'y eût de différence entre les

^*^X puissances que selon le plus ou le moins * » ; cette diffé-

*' Voir plus loin, II, p. 161.

lo * ^^^^l"® prœmitto, ut illico praeoccupationem tollam, quod intellectii^ '^ %lt facultas distincta a phantasia; et quasi cum phantasia reperiatur

lo6 DES FACULTÉS DE L'AME

rence est bien, au contraire, une différence de nature, et i^ sufQt, pour s'en convaincre, nous dit-il, d'étudier les fonctions de rentendement et son objet.

i® Lorsque nous faisons Tinventaire des connaissances que^ possède Pesprit, nous ne tardons pas à remarquer que plusieurs ont pour objet des choses incorporelles * et, par conséquent, ne sauraient venir des sens ou de la phantaisie qui ne peuvent rien se représenter que sous une forme sensible. La première et la plus caractéristique est celle de Dieu. Sans doute, quand nous parlons de Dieu et le disons incorporel, « nous imaginons quelque chose de corporel ; néanmoins, nous appréhendons, en même temps, outre Tespèce sensible, quelque chose qui est comme voilé de celte espèce ; or, cela est hors de la portée de la phantaisie et n'appartient qu'à l'entendement seul, de sorte que cette appréhension peut être dite non pas imagination^ mais inteiiigence ou inieliecfion * ».

Hors du pouvoir de la phantaisie est également l'appréhension du vide. Est-ce que nous ne concevons pas cotre le corps même le plus subtil, tel que Tair ou Têther ao-dessos desquels, faute d'image, la phantaisie ne peut s'élever, « quelque chose qui est aussi étendu que le corps, qui est étendu même an delà, du corps et du monde, qui demeure toujours le même fixe et immobile soit que le corps soit présent^ soit qu'il soit absent^ soit qu'il vienne, qu'il s'en aille ou qu'il demeure? ^ »

Il y a plus: la phantaisie ne saisit que le concret, et il y a en nous des notions abstraites, telles que eeUes de couleur, d'humanité... Il faut donc une faculté nouvelle qui les fournisse, comme il faut une faculté nouvelle qui explique la connaissance que

quoque in hruli$> i^ît quidem humaai iEikeI!ect::»$ drrU :p>« btdluiiia praestuniior: <ed dtsorîmeD Umen n<oa s;S« nisî 5^<mriici3i masts et minas. VUA?<.. t. 11. p, UiV

1. ùr^u-^ram. ferrî inîeUeclam «d <<otjnio$o<odjici :^^?I7l^r«as immaterial^ve uAtaris. ul Deam ac ixiteiIlÈ^^^3;ix>« r.^4;.^$ es; «{mm ut dicL deNc^;. T. 11. p. 4ii.

i. ù.\>c?x.adÈ. 11.431,

3L PrjeUr ooise <N>rp«<. eU,\:ïi ^::^ M:Vjj5<i:ïi«ï:tH Cî;^",i5c::>ii est »er aat jrtber. ii cuji^? spe.^iem îai«^siiMN> î^rtttt:^*^^. i^c^^iiiîî, iotelligitTe îjfcse îaîillf.-'ïas: 3L:^uid. q;Kvl Ia» s:ï <\«er,$«» <3Mit .vcr;^^;. qood ultra OMWiîi^ i:!:ni^ue ssuDiv!» wx;xer^v>ïïii xwve^ï^^ïft :^.:. <,:,«i ^i«i absente sea pir*î>e^:i:e, ^i*-» Jtd<van;e* î*a *N^U'5^ 55»;^^ iT^.t^Jtr^^3:;e v%?i!r^«i^ idem

po4<e:î^ *<î« p- 4o*t/

nous avons de la raison des choses, de leur être et de leur essence. « La phanlaisie peut bien, par exemple, dit Gassendi, appréhender rhomme parce qu'elle en a l'espèce qui lui a été transmise par les sens, mais appréhender, outre cela, l'essence, quod quid est esse, ou ce qui fait que l'homme est homme, c'est ce qui n'appartient qu'à l'entendement. Ainsi, elle peut bien appréhender le blanc, non la blancheur. D'où vient que la phantaisie des brutes a véritablement bien les espèces de quantité d'hommes particuliers, de choses blanches,... mais elle n'en a aucune qui représente ou l'humanité ou la blancheur précisément prise et comme abstraite du concret *. » Nous avons montré*, il est vrai, que les images particulières en se répétant et en se fondant, pour ainsi dire, ensemble, forment des amas qui constituent en quelque sorte des représentations générales, mais les animaux qui n'ont que la phantaisie, « ne connaissent point que chaque amas a une marque particulière par laquelle il peut être distingué des autres, que cette marque se trouve dans chacun des amas particuliers qu'il contient et que c'est là proprement l'essence de l'universalité : ratio universalitatis ^. » Voyons, au contraire, combien est grande l'indépendance de l'entendement, par rapport à l'image. Après avoir perçu plusieurs hommes, par exemple, jeunes, vieux, beaux, laids, etc., il met à part toutes les différences individuelles et ne retient que les caractères qui leur sont communs : or, ces caractères il les connaît précisément comme formant la nature humaine commune qui peut être énoncée de tous les êtres de la même espèce. Ce qu'il a fait pour l'homme, il le fait pour tous les animaux, pour tous les êtres, s'élevant ainsi à des conceptions de plus en plus abstraites et générales et comprenant qu'une « chose universelle, ou universellement considérée, est d'autant plus absolue qu'elle est conçue plus séparée des marques spéciales et, comme on parle

i. Habet quidem phantasia brutorum multas hominum singulorum species, multas candidorum... at nuUam tamen qusehumanitatem, nullam quae candorem, ut quidpiam prœcise, et prœter concreta couceptum reprœsantet. (T. II, p. 451.)

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