‹ La philosophie de GassendiChapitre 85 sur 178 · Gass., t. II, p · texte numérisé non relu

Gass., t. II, p

3. Haberi intellectus possit, ut iina quœdam simplcx facultas, cujus proprium munus sit intelligere. Facultas, inquam, quee toto génère ipsa phantasia superior, omnein ejus vim eminenter contiDeat,atque ideo intuens in eadem, quœ sunt in illa, phantasmata, res easdem intelligere, quas ipsa imaginari possit : id spéciale tamen, ob sui eminentiam sibi reservans,

Thomas. — Gassendi. il

faculté, et c'est là,^ en définitive, que tend toute la démonstration de Gassendi, ne peut être (\\jl immatérielle,

III. — Tout en nous indiquant, comme nous venons de le voir, avec le plus grand soin, l'originalité propre des fonctions de l'entendement, Gassendi signale, d'une manière non moins précise, les rapports qu'elles soutiennent avec les sens et Timagination ; or, s'il est incontestable que l'entendement dépasse toutes nos facultés sensibles, il est incontestable également qu'il ne peut s'exercer qu'à Voccasion des données des sens et des espèces dues à la phantaisie : espèces qui sont dites sensibles en tant qu'elles sont dérivées des sens; intelligibles, en tant qu'elles peuvent être perçues par l'intellect. — Ce qui prouve qu'il en est bien ainsi, c'est que, suivant les remarques que nous avons faites plusieurs fois déjà, nous concevons toutes choses, même Dieu, sous une espèce sensible. « Dans toutes nos pensées, dit justement saint Grégoire de Nazianze, il intervient toujours quelque chose de sensible, quelque effort que fasse l'entendement pour s'en dégager. » Quand nous pensons à l'infini, aux substances spirituelles, nous avons encore devant les yeux quelque substance corporelle, ce qui est Tune des conséquences naturelles de l'union étroite qui existe entre l'entendement et la phantaisie, l'âme raisonnable et le corps ^. Si nos sens étaient fermés aux impressions du dehors, l'entendement resterait en quelque sorte endormi du sommeil le plus profond et les idées universelles, les idées de rapport, les idées des choses incorporelles elles-mêmes nous seraient à jamais inconnues.

Seulement, la grande difficulté est de comprendre comment l'entendement peut connaître au moyen d'espèces matérielles : en effet, entre le corporel et l'incorporel que peut-il y avoir de commun? Il semble qu'on aboutisse toujours à cette difficulté insoluble : l'âme raisonnable doit nécessairement être informée ou ornée d'une espèce, « débet informari et adornari specie » ;

ut ex intelleclis, imaginationeque perceptis, ea possit deducere, quœ ipse quidem intelligat, at imaginari phantasia non valeat, ut et jam ante deductum est et deinceps quoque attingetur. (Gass., t. II, p. 447 et 453.)

1. Yidetur itaque mens nostra, donec degit in corpore, non aiiis uti intelligibilibus speciebus quam ipsis phantasmatibus, iisque seu meris, seu ipsa vi mentis veluti modificatis, appUcitis, in habitum versis. (II p. 448.)

or, eomment cette espèce lui permeltra-t-elle d'entendre si elle me lui est pas intimement unie, c'est-à-dire si elle n'est pas de même nature qu'elle * ?

Eq raisonnant ainsi, pense Gassendi, on est dupe d'une illusion car on se représente l'image comme une sorte de petite peinture qui se trouverait gravée dans l'esprit. Les faits, comme nous l'avons remarqué en parlant des sens et des images impresses et expresses *, se produisent tout autrement. « La vue n'a pas en soi une espèce qui soit comme une peinture de la chose visible et qui ne soit cependant qu'une certaine entité purement accidentelle; elle est simplement frappée par cette espèce; l'impression est alors transmise par les esprits jusqu'au cerveau où réside la faculté qui, ébranlée, voit ou produit la vision ^. » — Il ^n est de même de tous nos autres sens, car il serait absurde de supposer qu'il y ait des peintures des sons, des odeurs ou des saveurs. — La phantaisie, non plus que les sens, n'est ornée d'imaëres pareilles : si elle fait revivre les sensations disparues, c'est ^ue les mêmes impressions se reproduisent ; quant à l'entende- 'ûent, voici comment il agit conjointement avec la phantaisie : ^* Lorsque celle-ci produit l'espèce expresse, l'entendement, par c^la même qu'il est intimement présent et comme adhérent à la plxantaisie, envisage la même chose, de sorte qu'on peut dire <ivi^l est exempt de passion, aTtaÔTiç, en tant qu'il connaît les choses <^* Une telle manière, qu'il n'est ni frappé, ni ébranlé et qu'il ne Pô-tit ou ne souffre aucunement; le coup, l'impression et l'ébran- ^^tnent ne regardent que la phantaisie * ». En d'autres termes, ^'image, comme le répète à plusieurs reprises Gassendi, n'est pour l'entendement que Voccasion d'entrer en exercice, comme Vimpression physique n'est, pour la phantaisie, que l'occasion de former des images; avec cette différence, cependant, que dans

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