CHAPITRE V
DE l'appétit
*• ^n quoi l'appétit diffère de l'imagination et de rentendement. — 1<* Sa ï^ature. — 2" Classification des appétits : de l'appétit raisonnable. — • ^^ De l'appétit irraisonnable; siège où il réside; causes qui le favo- ^îa^nt. — II. Des passions en général : 1® Opinions des philosophes; J^^nnition. — 2° Division des passions. — 3* Passions physiques : dou- J^Hl», plaisir, désir. — 4* Passions de l'esprit; leur classification. — "^- Du plaisir et de la douleur; leur nature; classification des plaisirs et douleurs. — IV. De Tamour et de la haine : du désir et de Taversion.
Tespérance et de la crainte. De l'audace et de la pusillanimité. De la ^ol^re et de la douceur. — Conclusion.
I. — Bq étudiant la phantaisie et, par occasion, l'instinct, Gas-
i a pris soin de nous faire remarquer qu'il existe en nous,
me dans tout être vivant, une tendance naturelle et innée qui
^^Us porte à développer de plus en plus nos facultés, à rechercher
^ qui leur agrée, à fuir ce qui leur nuit; tendance qui, suivant
^^'ôlle est contrariée ou satisfaite, détournée ou non de son
^*> est agréablement ou désagréablement émue *. — C'est cette
'^^«lance même que les Grecs désignaient sous les noms d"ôp[jL^
â.''J|p4tc; les Latins, d*impetus et d'appetitus; les philosophes ^^^demes, ^inclination^ et Gassendi, se conformant au langage ^Ktttnairei soiu la domination générale d'appétit. Il la définit :
.^ J importe de remarquer que Gassendi ne laisse échapper aucune '^ l'as bien établir non seulement que l'activité est le fond de l'être, ■V cette- aetivitô est en quelque sorte déterminée d'avance et tend, {ina» vem une fin précise.
« La faculté que possède Pâme d'être émue ou affectée par la perception ou la connaissance du bien et du mal ^ »
1° Cette faculté se distingue nettement des facultés sensitives et des facultés intellectuelles, et par Tobjet qu'elle poursuit, et par son mode de développement, et par ses effets.
L'objet de l'entendement est la vérité, ce que la chose est ou parait être; l'objet de l'appétit est la bonté des choses, leur convenance, leur utilité : est bien pour lui, tout ce qui est agréable, conforme à notre nature; est mal, tout ce qui nous est désagréable et contraire *.
L'entendement et la phantaisie peuvent connaître sans que l'appétit soit ému ; on ne saurait être ému sans connaître. Qu'un étranger s'offre à nous, Inopinément, sur notre passage, sa vue nous laisse indifférents : nous acquérons une connaissance, nous n'éprouvons pas une émotion. Qu'au lieu de cet étranger, nous rencontrions un ami, un parent qui nous est cher, et aussitôt la connaissance est suivie d'un vif sentiment de plaisir.
Enfin, « la partie connaissante demeure comme attachée dans l'âme, au lieu que la fonction de l'appétit redonde sur le corps; c'est pourquoi il y a plus de trouble dans un cas, dans l'autre plus de calme ^. »
L'appétit, ainsi défini et caractérisé, peut donc être considéré comme une force qui s'ignore elle-même et qui ignore sa fin, mais qui apprend à connaître ce qu'elle est et où elle tend grâce à la phantaisie et à l'entendement. Tant que son bien ne lui a pas été révélé par la sensation ou l'image, elle reste, pour ainsi dire, plongée dans le sommeil; dès qu'elle l'a aperçu, elle s'élance à $a poursuite, aspirant à le posséder d'une manière de plus en plus complète. Gassendi ne saurait donc souscrire à l'opinion des sensualistes qui, d'une façon absolue, placent la source de l'in* clination dans le plaisir : c'est le plaisir, au contraire, qui a sa
i. « Appetitus estseu pars, seu facultas qua anima ex apprehenso cognitove bono autmalo commovetur et afficiiur. » (Gass., II, p. 469.)
2. « Appetitus in eo maxime a parte, facultateve cognoscente differt quod ut ista ad veritatem, reive existentiam, seu id, quod res est, essevc apparet, terminatur, ac falsitalem aversatur, in quam potest incidere : its ipse ad bonitatem reive congruentiam, seu id, quo res juvans, aut talis videtur, contendit, et malitiam, seu id, quo res nocere potest, exhorrescit. » (Gass., t II, p. 469, 410.)