‹ La philosophie de GassendiChapitre 98 sur 178 · Id., même page · texte numérisé non relu

Id., même page

DE l'appétit 181

source dans rioclioation ; seulement il Téclaire, lui montre en quelque sorte sa voie, lui permet de se diversî6er *.

2° Comme Tappétit peut entrer en exercice soit à l'occasion des iinages de la phantaisie, soit à Toccasion des données de Tentendement, on peut distinguer en lui deux formes principales : l'appétit raisonnable et l'appétit irraisonnable.

L'entendement, pris en lui-même, dont le propre est de connaître et dont Tobjet est la vérité, semble être sans passion, oLitxQrfi ; cependant est-il possible d'admettre qu'il aperçoive toujoQrs le vrai et l'bonnéte et les contemple, sans éprouver absolument aucune émotion, sans les aimer? — Comment expliquer ^lors qu'il préfère la vérité à rerreur, Tbonnéte au déshonnête'? ^^11 paraît plus naturel, dit Gassendi, d'accorder qu'il y a dans ^ette partie supérieure quelque sorte d*appétit auquel ces choses ^t autres semblables se doivent rapporter'. » — Mais cet appétit ^t les passions qu'il éprouve, gardons-nous de les identifier avec ^* appétit et les passions physiques. Dérivant de l'entendement ^^i est immatériel, ils doivent être purs, calmes, exempts de ^^^^s les troubles, de toutes les secousses des passions ordii res : tels sont l'amour de l'honnêteté, le désir de faire le bien, bienveillance, etc. C'est pourquoi les dénominations d'appétit ^^ de passion ne leur conviennent que par analogie. — Cette ^t^inion, Gassendi la croit conforme à celle des plus grands phi- ^^^ophes : quand Platon et Pythagore, nous dit-il, dénient la T^^^ion et l'appétit à la partie raisonnable, ils veulent nous faire ^^tendre simplement qu'elle est exempte des passions vulgaires et ^^rbulentes, « qu'elle est comme le sommet de l'olympe jouis- ^^Dt d'une parfaite sérénité », non qu'elle est incapable de toute ^Qaotion et de tout amour. — De même, lorsque les stoïciens ^ous disent que le sage ne se laisse jamais émouvoir, « ils n'en-

1. Gassendi remarque qu'il serait facile de retrouver l'analogue de cette liUïulté dans les plantes, même dans les minéraux; nous avons même montré ailleurs quel rôle joue cette hypothèse dans tout son système. Toutefois, il n'examine à proprement parler ici que Tappétit tel qu'il se révèle à nous chez les animaux et chez les hommes.

2. « Toute faculté connaissante se porte par une inclination naturelle vers son objet, ce n'est donc pas merveille que Tâme ait de Tinclination à connaître, n (Gassendi, II, 482.) Bernier, V, 513.

3. « Esse ergo videtur in ea (anima rationali) appetitus aliquis, ad quem ista et caetera, quœ id genus sunt, roferantur. » (II, p. 470.)

iSi DES FACIXTÉS DE L'AME

tendent autre chose sinon que le sage n'est point troublé de ^ misère d'autrui, mais que paisiblement et sans trouble il don Taumône, relève le misérable qui est tombé, secourt le na fragé... ; ce qui n'est visiblement autre chose qu'ôter de l'enta dément tout ce qui peut en altérer le calme, mais y laisser né^ moins les passions pures, douces, paisibles » dont nous parlio tout à rheure. Au-dessus de lamour sensible, il y aurait do une sorte d'amour intellectuel d*une nature plus parfaite; ol dessus des passions ordinaires, des passions raisonnables, ar& logues à celles que nous attribuons à Dieu lorsque nous diso de lui qu'il aime, qu'il s'irrite, qu'il se venge *.

Si cette forme de l'appétit attire peu notre attention; si so^ uvent même on en méconnaît l'existence, c'est que par suit& ^^ l'étroite union qui existe entre l'âme raisonnable, l'âme sensiti- '^^ et le corps, il est rare que l'une de ces parties soit affectée se*- '^^ que les autres le soient également. Aussi les passions simples ^^ douces sont-elles presque toujours mêlées aux passions vraies ^^ turbulentes : de là la difQculté de les distinguer et d'en k>î- ^^ marquer les caractères. ^ .^

Quant au siège où réside\rappétit raisonnable,\il est évid qu'il ne peut se trouver que dans la partie mente où se tra l'entendement, c'est-à-dire dans le cerveau.

3** L'appétit déraisonnable lui-même présente des caraclô^^^^ différents, suivant les causes qui le font entrer en exercS-^^^* Or, il peut être mû soit par une image^ soit par le sin3 ;^^^^ contact d'une chose sensible : dans le premier cas, il seirB M^^^ qu'il ait son siège dans la poitrine; dans le second, dans Vorg^^^^^ affecté. Lorsque notre main est en contact avec la flamme; l.<^^ ^' qu'un objet nous blesse le pied, n'est-ce pas dans la main ®^ dans le pied que nous ressentons l'émotion? Lorsque, au (^c:^^" traire, nous songeons à un danger passé, lorsque nous nc:^^^^ représentons un mal imaginaire, lorsqu'on nous blâme ^" lorsqu'on nous félicite, ne semble-t-il pas que notre poitrine ^^ resserre ou se dilate, que notre cœur batte plus fort? C'est qu*' ^^ eux probablement réside l'appétit.

On objecte que si l'image, cause de l'émotion, réside eoinni^*^^ la phantaisie, dans le cerveau, il est difficile d'admettre q ^^^

Page 1