‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 100 sur 140 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

première lettre à Mendelssohn, écrite dans le courant de Tannée 1785. « J'avais toujours professé beaucoup de respect [)our ce ^rand liouuiie, surtout depuis ses fpierelles lliéolo«>i(pies, principalement après avoir lu sa Parabole; j'avais vivement désiré de faire sa

connaissance personnelle Mon Alwill eut le

bonheur de l'intéresser. Il m'écrivit en 1779. J'allai le voir à Wollenbùttel. Entre autres communications (pie je lui fis, je lui donnai à lire le poème de Promvthèe de (ioetlie. Au lieu d'en être scandalisé, Lessing se déclara très satisfait de la forme et du fond. « Le |>oint de vue du poème, dit-il, est le mien. Les idées orthodoxes sur la Divinité ne sont plus les miennes : Vf 'AV. Trav est ma devise. — Vous êtes donc de l'avis de Spinoza ? lui demandai-je. — Si je dois me nommer d'après cpiehpi'un, répondit Lessing, oui, je suis s|)ino/iste. » Nous fûmes interrompus ici. Le lendemain Lessing vint me trouver pour s'expliquer avec moi sur son Iv xal 7:av. Je ne lui cachai pas que j'avais (''l('« sur|)ris et affligé de sa déclaration, parce qu'en paitie j'étais venu le voir j>our implorer son secours (oiitn» Sj)inoza. « Il n'y a pas d'autre philosophie, me dil-il, «pie celle de S[)inoza. » — On remarquera certainement ridée que Lessing s'est formée du spinozisme, <Mnhrassant sous ce nom, comme Goethe (;t comme l'Allemagne elle-même, des doctrines de panthéisme très générales et très vagues ; mais cette lettre interesse particulièrement tous ceux qui suivent avec curiosité les évolutions de l'esprit humain à travers les âges : elle donne une date précise à la première «xplosion d'une insurrection philosophique qui depuis quelque temps couvait dans les âmes. Au sortir d'un

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long soiunieil (l()<^riiali(iuo cl orthodoxe, rAll('ma«in(' se réveille comme en sursaut, tout étonnée du travail qui s'est accompli en elle à son insu, un peu in(|uiète de trouver le panthéisme au tond de sa conscience. Il serait inutile de contester la victoire suhite de Tesprit nouveau. Mendeissohn aura heau s'indi<;iier, s'épuiser dans une polémi(pie irritante où il laissera sa vie; l'diuvre dctnonia(/i((\ comme dirait (ioethe, est accomplie. Le Méphistophélès germani(iue s'appeMe Spinoza, en attendaiit qu'il se nomme Schelling, Hegel. ï/heure est loin encore, — doit-elle même yenir? — où le démon de rAllemagne, devemi son génie intime et familier, sera exorcisé par une phih)sophie meilleme. Or celui qui a donné le sigUtd de l'avènement du panthéisme dans res[)rit germanique, ce n'est pas un professeur d'université, ce n'est pas un philosophe, c'est un poète qui a jeté dans un élan lyrique, sous le nom anti(jue de Prométhée, un déli à la vieille orthodoxie philosophi(pie et religieuse. Lessing ne s'y est pas trompé, et l'on nous pardonnera d'avoir aussi longuement insisté sur un siuq)le fragment, presque oublié aujourd'hui, si l'on considère que, par un concours étrange de circonstances, ce fragment était destiné à marquer une ère nouvelle dans la philosophie allemande.

ClIAPrfRE X

LES TYI'ES l'IlILOSOPHIQUES (sUITe). — MÉPIUSTOHIÉLÈS.

Pioniélkce n'était (pie la révolte d'un esprit su[)erl)e contre les traditions de l'église et de l'école, (l'est dans Faust (pi'il faut contempler répanouissement poétique de cette philosophie nouvelle. Dans aucune autre (cuvre, on n'en tiouverait une exj)ression plus complète, une plus large synthèse : mais, en abordant l'élude philosophi(pie de* ce drame, on hésite; devant la tâche (pie l'on entreprend et surtout devant la difficulté particulière; qui s'attache à des sujets célèbres, ijuel critique, dans ce siècle, n'a pas tenté à sa manière une analyse de Faust et présenté au ])ublic son int(M[)rétation particulière de l'idée du poème ?

(le (pii nnlouble la difficulté, c'est la complexité iiilinie de l'œuvre privilégiée de Goethe : il y a versé un ])eu confusément et au hasard de l'inspiration toutes ses conceptions les plus hautes et les plus bizarres, ses notions ou ses rêves sur la nature; et l'humanité, sur la |)olitique et l'histoire, sur la morale et sur l'art, son esthétique et sa m('*tapliysique, sa science et son génie, toute son àme enfin et sa vie. Que l'on

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son-c à l'immense intervalle de temps rempli par l'élaboration poétique de Faust! Dès 1775, Goethe en avait déjà jeté (pielcpies scènes sur le papier. (. est a l'acre de vin-t-(piatre ans qu'il rencontra pour la première fois dans la taverne d Auerhacli, à leq)zig, e héros de son poème futur, dans un vieux tableau ou h* ncintro l'avait représenté chevauchant à travers les airs sur un tonneau. La léoende lui était déjà famihere. Cette peinture populaire donna une lonue. un c(ups a la lécrende devant les yeux de son esprit. Peu à peu hi plan du drame s'or-anisa,et deux ans après Goethe pouvait lire (pu'hp.es scènes détachées à Kh>pstock,qui l encoura«;ea vivement à continuel-. Ce n'est pourtant (pu^ quinze années plus tard cpi'il i)ublia, smis h» titre de Fragment, le premier Fa?/.sL C'était toute hi sid)stance et l'action (hi poème moins certains développements (pii lui-ent insérés dans la suite, pour compléter ou éhu<^ir l(î sens philosopliique (hi drame, tels qmja Dédicace, les i\vu\ Prologues, cpii datent de 1797 : mais déjà en 1780 Goethe son-eait à contnmer son poème dans des piopoilions qui devaient excéder d(^ beaucoup le plan primitif. Il lisait à la cour de Weimar nnha-ment d Hélène. i\\n témoi-ne de son desseni. De 1800 à 1805, sous riuq)ression vive de cette belle amitié (ju ilentietint avec Schiller et qui t'utHionneur de sa vie littéraire, sous l'excitation de ses conseils, il travaille avec une activité nouvelle à cet étrange et brillant épisode àHélène, sans trop savoir encore comment il le rattachera au reste de l'ouvrage. La mort de Schiller, survenue en 1805, seudda lui ravir tout d'un coup son courage et ses forces. Pendant près de vingt ans, il abandoima ce que son ami Lavait habitué

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