CHAPITRE XJ
LES lïPES PniLOSOPBIQUSS (suITe). — tAVSt.
tausl est plus grand que Méphistopl.élés ; il s'élève .nfiniment au-dessus de lui et par L asp ra.io, par ses souffrances cp.e raille l'es , rit malin « i n w' 1 ."scnse, „. de boisson, ni de nourriture terrestre: .quiétude le pousse dans l'espace ; il connaît an,: .e sa fohe; ,1 veut du ciel les plus belles étoiles de « terre chaque sublime volupté, et rien de ce qui es ;.-..cho ou de ce qui est éloigné ne saurait île I agitation jiiofon.lc de son cœur. ,, A ces signes é
leur. « Tout égare qu'il est, il me sert encore et
. e le conduira, bientôt à la lu,..ière. ,. Ainsi 1 To'nll
'".f-e.. aperçoit jusque dans les leuipétes furie," e
i;- ng.tent cette âme le signe de son' élection " e
'he de sa grandeur. Et de fait, après les terribles
<'P>-euves que lu. suscite Icnfer qu'il porte dan
;;;;; Pn.pre cœur, l'enfer de ses passions.' Faust ^
r-e désir ,1e la vérité, la douleur de ne la poUvoi,.
,40 PHILOSOPHIE DE (iOETHE '
alleinche, n'est-ec pas là on cflet le aouhle litre de l'homme? Faust est en même temps et celte misère et cette grandeur dont parlait ma^mil.quement Pascal. Il ignore, mais il sait quil ignore ! doue mais il soutTre de douter. Tandis que Mephistopheles nie en riant et jette son froid sarcasme à travers le ciel et la terre, Faust se lamente et se désespère. Ces deux natures d'intelligence sont éternelles dans le „,o„(le et s'incarnent dans deux races qui se perpétuent à travers les siècles. Dans tous les temps se renouvelle cette triste famille d'esprits a la fois Irivoles et insolents, les vrais iils de Méplustopheles. qui semblent nés pcmr faire la nuit ou la ruine parlou où ils passent, railleurs implacables de tout e fort héroïque de la volonté ou de la pensée et dont I activité perverse ne s'applique qu'à paralyser 1 activité divine de l'homme, réternelle ouvrière du progrès. Il serait injuste d(^ confondre avec cette race, née de Méphistophélès, les frères de Faust. Ceux-ci, même dans leur éloignement, restent encore dignes de la vérité. Si parfois ils en désespèrent, c'est pour 1 avoir trop aimée. Le doute satanique a pour point de depar et pour but le néant ; le doute vraiment humain vien de l'iniini et y retourne. L'un nie qu'il y ait nulle part ni bien ni mal, ni vrai ni faux; l'autre se tourmente d'entrevoir à chaque instant les lueurs de la divine aurore et de les perdre sans cesse. L'un est une négation et un blasphème, l'autre est une aspiration de l'homme, du fond de ses ténèbres et de ses angoisses, vers la paix et la lumière. En un sens, il est encore une athrmation; dans quelques intelligences, il devient prèsque une prière.
<:IIAI»IT{{K X[
Si jamais ce désespoir dut agiter certaines âmes profondes et sincères, ce fut vers la fin de ce quinzième siècle, à l'époque où la légende a placé la vie fabuleuse de Faust, sur ces limites confuses qui séparent la scolastique expirante du grand mouvement de la renaissance. La science officielle des universités (Hait comme un vaste corps de doctrines dont l'àme s'était retirée. Elle ne subsistait plus que parla vénération qui s'attache aux choses antiques et par Fimpossibilité de les rem[)lacer. L'enseignement des écoles irritait l'intelligence par ses promesses et la trompait par son néant. Il faut voir dans les célèbres monologues de Faust quelle sombre peinture de la passion dévorante, (lu savoir ét(H'neIlement dé^cu, de l'exaltation de la pensée dans le vide et de son afiaissement sur elle-même, de ses ivresses rajudes et (]o ses défaillances, de l'ambition de tout saisir dans un grand elTort et du désespoir de n'étreindre que des ombres et des mots! Faust est rempli de cette tristesse que donne aux esprits supéri(Mirs le vague sentiment de la science vraie, quand ils la comparent à la science illusoire dont ils ont étreintle lîintome. A certaines ('époques de i'Iiistoire, il y a ainsi comme des interrègnes dans l'esprit humain. L'idée qui les a soutenues longtemps s'est retiive des formes usées de la science: les formes nouvelles n'(\xistent pas (Micore, et c'est à peine si l'imagination peut en tracer le vague contour. C'(^sl le moment où les Wagner, les philistins de la niélapliysique, les écoliers de la routine, triomphent, parce qu'ils ont à leur disposition les livres, les formules, et qu'ils croient dominer la foule humaine du liaut de ces débris d'une science morte, que la
PIIIIOSOPHIE T)E COETIIE '
prcmièro llamnie va vvMvo, en cendres cl en fumée Une seule chose pourrait sauver Faust du désespoir et Farracher aux extrémités où ce désespoir Teutraîne, aux sacrilè^^es folies (pii le fascinent. La science traditionnelle des lioiuuies Fa uiisérableuient trompé. La ma-ie, (pii est la science de Fenfer, va le perdre. 11 pourrait échapper à la fois et aux décomptions du savoir humain et au piè^v infernal en se livrant aux iniluences de la bienfaisante nature. Celle voie de salut est offerh; deux fois à Faust, deux fois il est près d'y entrer. Une sorte de fatalité le rejette en arrière parmi les hallucinations et les mensonges. On n'a pas assez remarcpié jusopi'à présent le combat qui se livre dans Fàme de Faust entre ces tentations contraires : celle qui Fentraine dans Feuq)ire ténébreux et (pii finira par dominer en lui, celle (jui Faltire vers la sérénité lumineuse et les harmonies divines de la réalité vivante, du vaste monde. Là est un des traits les plus philosophicpies du j)ersonna<'e de Faust. On nous permettra d'y insister. Assurément ce drame intime s'est passé dans Fàme de Goethe lui-même, et Fon croirait entendre les confidences du poète quand Faust s'écrie : « Oh! si tu voyais ma souffrance pour la dernière fois, lune brillante rpii m'as trouvé si souvent à minuit veillant à ce pupitre! Alors, ma triste amie, c'est sur les livres et le papier que tu m'es apparue! Ah! si je i)ouvais snr les cimes des montagnes marcher à ta douce clarté, planer avec les esprits autour de tes cavernes, à la favem- de tes pâles rayons courir dans les prairies, et, délivré de toutes les fumées de la science, me baigner dans la rosée ! » Il s'enchante à la contemplation de la vie universelle, et la décrit