CHAPITRE XII
lA PHILOSOPHIE DU SECOND FAUST. — DÉFAUTS DU POÈME : ABUS DU SYMBOLISME ET DE l'ÉRUDITION. — l'iDÉE DE l'ACTIVIIÉ, UNITÉ DU POÈME, PRINCIPE DU SALUT DE FAUST.
Si nous ne savions déjà, par des dates et des faits précis, il (jiiel âge Goethe entreprit d'écrire la seconde [)artie de Faust, il ne faudrait pas un grand effort de sagacité pour le deviner. A plusieurs signes, on peut reconnaître que c'est l'œuvre du génie vieillissant. Ce vaste poème ne se développe pas organiquement, à la manière d'un être naturel, naissant d'une idée comme d'un germe, rencontrant dans le sol propice, dans l'air environnant, les conditions de sa vie et de sa croissance, s'élevant par une gradation presque insensible à la hauteur que lui assigne son genre ou le génie du poète, sans que l'on sente à aucune phase de son dévelopi)ementrelïbrtde l'écrivain. Ainsi naissent spontanément les grandes productions du génie poéti(pie, les œuvres vraiment douées du ciel. Ici Ton sent le travail du poète assouplissant à des formes systématiques l'idée souvent rebelle ; l'inspiration est courte, intermittente, saccadée; l'œuvre est composée successivement, par fragments, à d'assez longs interval-
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les. Elle est fillo do la volonté, qui a connu l'effort et qui ne parvient jamais à en effacer la trace, plutôt (jne de la nature, à qui rien ne coûte et qui produit d'ellemême les œuvres les plus accomplies avec une facilité vraiment divine, avec la joie qui en est le signe.
Goethe sentait cela douloureusement lui-même, et rien n est plus touchant (pie l'aveu qu'il en faisait dans ses entretiens intimes. Comme on causait un joui- de Napoléon et de son étoih% restée lichMe à ses jeunes années, palissante et ohscuicie à mesure (pie la jeunesse s'éloignait : « Oue vouh'z-vous ? réplnjua Goethe. Je n'ai pas non plus fait deux fois mes chansons d'amour et mon Werther. Cette illumination (Hvine, source des ceuvres extraordinaires, est toujours liée :uiteuqisdelajeunesseetdela fécondité. » — G(''nie et fécondité sont deux choses très voisines, ajoutait-il. I.e génie est précisément là où est cette puissance durahle de cn'ation. Il mcViteraitdfmc à ce titre d'être éternellement jeune : aussi le voit-on s'atïranchir, dans une certaine mesure, de la condition humaine. Les autres hommes ne sont jeunes qu'une fois : pour le génie, tout est différent; non seulement, en s(î uiélant intimement au corps qu'il anime, il fortifie et (MUiohlit son organisme, mais il cherche à faire valon* ses droits d'essence siq)érieure: fraijment de Telernité, il communique quelque chose de sa nature au corps lui-même, cpi'il relève de ses défaillances. Il send)le en effet ([u'ily ait chez les hommes supérieurs des périodes de rajeunissement momentané, ce que Goethe appelle la seconde puherté du génie. — Malgré tout, s'écriait non sans tristesse le vieux poète, la jeunesse est la jeunesse, et, quelque puissante que