CHAPITRE XII
se montre la forme supérieure du génie, elle ne maîtrise pas entièrement le corps : il est bien différent de sentir en lui un allié ou un adversaire. Et revenant à la dure réalité de la vie, il rappelait que dans ses jeunes années il pouvait écrire un drame en trois jours. « Maintenant, je ne peux plus essayer de ces choses-là; ce qui alors me réussissait tous les jours ne me réussit plus que par moments et demande des conditions favorables. Pour faire la seconde partie de mon Faust, je ne peux plus travailler qu'aux premières heures du jour, lorsque je me sens rafraîchi et fortifié par le sommeil et que les niaiseries de la vie quotidienne ne m'ont pas encore dérouté. Et cependant, qu'est-ce que je parviens à faire? Tout au plus une page de manuscrit, dans le jour le plus favorisé, mais ordinairement ce que j'écris pourrait s'écrire dans la paume de la main, et bien souvent, quand je suis dans une veine de stérilité, j'en écris moins encore ! » Il en était arrivé à employer certaines petites ruses vis-à-vis de lui-même pour s'exciter à produire ^ Comme son confident s'informait du progrès du Faust : « Il ne me quitte plus, dit-il ; tous les jours j'y pense et trouve quelque chose; j'avance. Aujourd'hui j'ai fait coudre tout le manuscrit de la seconde partie, [)our que mes yeux puissent la bien voir. J'ai rempli de papier blanc la place du quatrième acte qui manque, et il est bien probable rfuc la partie terminée m'excitera et m'encouragera à finir ce qui reste à faire. Ces moyens extérieurs font plus qu'on ne croit, et l'on doit venir au secours de