‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 110 sur 140 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

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t't de Pliorkyades, de Néréides, de Tritons et de Telchines, sans oublier les Kabires, les Kabires surtout? — On est tout surpris de saisir dans les éparicbements intimes de Goethe le naïf contentement du savant qui semble ne pas s'apercevoir que cette science immodérée a étouffé la poésie. Eckermann s'émerveille d'avoir un maître si savant. « Certes, lui est-il répondu, il y a là pour la pensée de quoi s'exercer, et un peu d'érudition y est de temps en temps nécessaire ! » Et comme le disciple s'applaudissait d'avoir lu fort à propos, pour comprendre certaines allusions du poème, la dissertation de Schelling sur les divinités de la Samolkrace : « J'ai toujours pensé, dit Goethe en souriant, qu'il était bon de savoir quelque chose. » — « Là se trouve enfermée toute une antiquité, s'écrie une autre fois l'enthousiaste Eckermann. — Oui, répond Goethe, les philologues y trouveront de roccuj)alion. » Sur ce sujet l'entretien se i)rolongeait volontiers et renaissait souvent.

L'intention pliilosophi(|uc se combine avec l'érudition pour faire de la seconde t)artie du Faust une œuvre à peu près inabordable au public. Lorsque ce poème fut composé aux approches des quatre-vingts ans que portait si iièrement Goethe, la grande affaire de sa vie n'était pas de savoir si le jeune Werther avait eu tort ou raison de désespérer du bonheur et de jeter en sacrifice son àme ardente aux pieds de Charlotte . — A cette heure du soir, ces mélancolies et ces ivresses étaient bien loin de lui; il ne les apercevait plus que comme un nuage d'or qui se perd à l'horizon. Le souci du vieillard était autrement grave : c'était d'accorder dans une théorie é(iuitable les dé-

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lensciiis (le l'art antique et les partisans de l'inspirali,„ ,„oderne: c'était de deviner le sens des grande> agitations des peuples (pii avaient depuis quarante années jeté dans rabiuie toutes les dynasties, soulevé le vieux monde jusque dans ses profondeurs, precip. e la révolution victorieuse à travers l Lurope ; c était ce contempler les lois générales du monde physique, de se pénétrer de plus en plus des théories scientifique s qui se fïiisaient jour dans les discussions de Pans de Londres et de Berlin, de i>rendre parti dans ces illustres débats où Geoiïroy Saint-llilaire et Cuvier se portaient contradictoirenient les interprètes de la nature ; c\Haiten(in de se rendre compte à soi-même, au déclin de ses jours glorieux, de tous les systèmes don il avait été 'le spectateur pendant une longue vie et dont il méritait d'être le témoin éloquent devant la postérité cp.i conmiencait pnnr lui. Telles étaient les disi)ositions de son esi>rit au moment ou il écrivit son .econd Faust. « L'invention de cette seconde i)artie date de idus de cinquante ans, mais le poème ga- .nera, i'espère, à n'être écrit qu'aujourd liui ; avec le temiis, mon esprit a acquis des idées plus clanes sur les choses du monde. Je suis comme qu(dqu un qui, dans sa jeunesse, a beaucoup de petite monnaie d'aroent et àè cuivre (pi'il a toujours changée avanlaoeus'ement pendant tout le cours de sa vie, de telle sorte qu'il voit maintenant sa fortune de jeune homme tout entière changée en pièces d'or. »

J'accei)te volontiers cette image et j'en reconnais a justesse dans l'ordre des idées : la transmutation du cuivre en or pur, voilà un de ces beaux phénomènes que produit une longue vie api.li(iuée à la reclierche et

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à la pensée; mais ce qui est un jnogrès philosophique n'est pas nécessairement un progrès poétique. Toutes ces richesses spéculatives ne soutiennent pas l'inspiration, elles roppriment et l'accablent. Les idées entassées dans le vaste cerveau du poète, cherchant impétueusement leur issue, s'efforcent de passer dans le poème qui leur est ouvert pour y trouver la lumière et la vie, et s'étouffent les unes les autres par leur précipitation et leur tumulte. Aucune n'arrive à vivre de cette existence distincte, individuelle, que confère à ses créations l'art vraiment fécond et libre. Elles ne quittent la sphère des abstractions pures que pour tomlxM" dans les froides régions du symbolisme. La |)oésie dramatique, ({ui tire tout son intérêt de la lutte des passions humaines, s'évanouit dans une sorte d'allégorie universelle oîi les personnages ne sont plus des hommes, mais des systèmes. Il n'y a i)as d'action princi[)ale à laquelle se rattachent les divers épisodes, pas de centre organique auquel se relient nécessairement les pièces variées de cette conception poétique. Tout est dispersé, divisé; chaque scène est sans lien apparent avec celle qui la j^récède et celle qui la suit. Xous assistons à une représentation d'abstractions réalisées, de vagues symboles, dans laquelle nous voyons passer et repasser de temps en temps les ombres de ceux que nous avons vus autrefois si vivants, si agissants sous les noms de Faustet deMéphistophélès. Une obscurité sacrée enveloppe cette succession de scènes chimériques et ce peuple de fantômes. Il faut quelque courage pour s'aventurer dans cette région du mystère et de l'ombre, pour traverser les mille prestiges qui en défendent les issues, pour conjurer

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