‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 113 sur 140 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

par là (|ue Faust sera sauvé, s'il doit Tètre, à travers tant d'erreurs, de crimes même, sauvé dans h^ sens symbolique que Goethe attache à l'expression chrétienne; c'est par là qu'il aura reconquis son vrai titre d'homme et racheté sa vraie grandeur « aux yeux de Dieu et de la nature. »

Par là aussi l'intention morale du second Faust est d'accord avec celle qui se dégage des Années cV apprentissage et des Années de voyage de Wilhehn Meister. « cette épopée subjective dans laquelle l'auteur a demandé la permission de traiter le monde à sa manière. » C'est une permission que Goethe prenait volontiers, même sans la demander. A travers les épreuves de Wilhehn Meister et les singularités de l'auteur, (pii nous promène à la suite de son héros dans un monde bien étrange, une grande vérité morale, souvent obscurcie dans le détail, se fait jour dans l'ensemble : c'est l'inévitable malheur de l'homme qui, égaré par de fausses tendances, se trompe début et se disperse en mille voies contraires, entreprenant mille choses pour lesquelles la nature ne l'a j)as doué; c'est la nécessité, sous peine de souffrance et de désespoir sans remède, de trouver le vrai sens, la vraie direction de ses facultés, de se mettre en harmonie avec soi-même et avec la nature, de sortir de l'idéal indéterminé ])our entrer dans la vie active, utile, ordonnée ^ Règle admirable qui résume toute la morale pratique : faire son devoir de tous les jours. Chacun n'a pas la même tache ici-bas, mais chacun a une

1. Consulter sur co point la Ijollc analyse que donne Scliiller des Annrcs (l apprentissage de Wilhehn Meister dans sa Correspondance avec Goethe.

.,70 NllLOSOnUK DE GOETHE

lâche. Il n est pas, panui les plus p™e^ ^ déshérités des hoimnes, un seul qui n a.t ^^n œim. a fonder ou à conthiuer, relevant anisi 1 humilité de I fonction par la grandeur du résultat, par le sentiment du progrès universel dont il est l'obscur ouvrier. î. e>senliel%st moins de faire de grandes choses que faire celles pour lesquelles vous êtes ne ; iliaut >av)n agir selon ses vrais moyens et sa vraie nature, a sa pLce et à son rang dans le monde. La est la ph^ haute moralité, là aussi le vrai bonheur, le seul. En dehors, il n'y a que dissipation de temps et de forces, courses sans but, inutilité cruellement sentie d une existence agitée sans être active, tristesse cks efiort. prodigieux (juin aboutissent pas et des rêves héroïques qui s'éteignent dans la nuit. Le chant des compagnons /nvstérieux chargés d'initier Wilhelm au noviciat de la vi; praticpie a pour refrain ces simples et maie, paroles : l Dans la vie, garde-toi de rien dillerer ; (lue ta vie soit l'action, Taction sans cesse! »

Tout nous ramène ainsi à ce qui est le sujet du second Faust, l'activité humaine agrandie à la mesure de l'idéal con(;u par le poète, et cpii n'a pas d ambition mohidre que celle de concpiérir le monde ^oiis voyons successivement passer devant nous les lormes symbormues de cette conquête. La politique, 1 art, \i science, la guerre, Tinduslrie, voilà les divers moyens cpii sont à la disposition du penseur ou du iiéros. L'amélioration du sort de rhumamte, voila e but par lequel la v(donté se sanctifie. Faust est a la lois, dans la vaste allégorie du poète, ce penseur et iv

héros. ^ ' t V i

Voyez le rapide enchainement des épisodes. bau:,i

Page 1