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CHAPITRE XIII

LA PHILOSOPHIE Hl SECOND FAUST (sL'ITE). — LA POLITIQUE. IDÉES DE GOETHE SUR LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Essayons mainU'iianl de metUe dans loul son i"cliel' chacune des théories philosophiques qui font le durahle intérêt du second Faust, sui la politique, sur l'art, sur la nature, en les rassenihlant, en les ordonnant même au prix de (juelquc contrainte. ISous exposerons d'ahord les considérations de Goethe sur les événements dont il avait été le témoin et sur l'avenir

des sociétés.

Toutes les idées qui avaient rempli les méditations de Goethe durant plus d'un demi-siècle, une des périodes les plus orageuses de l'histoire, ont laissé leur trace à travers ce vaste poème. On y retrouverait, en cherchant bien, une foule de théories politiques et sociales que les hommes d'État n'iront pas assurément interroger sous le voile de ces allégories, mais que la critique philosophique doit recueillir avec curiosité. Plusieurs des scènes les plus bizarres, comme celles qui remplissent le premier acte, la scène des mascarades, ou bien encore celles qui suivent la victoire de l'Empereur sur l'anti-César mi (luatrième acte, n'ont

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absolument de sens et d'intérêt (jue par l'idée politique qu'elles représentent.

Pour les conq)rendre, il faut nous transporter dans ràiue luèine de Goethe, consulter ses entretiens, nous pénétrer de son intime pensée, voir enlin de quel fonds de méditations et de sentiments ces obscurs symboles ont j)u sortir. Goethe était le contemporain de la dévolution française. Il avait été frap[)é surtout du spectacle du désordre et des crimes, qu'elle avait donné au monde. Son tempérament aristocratique s'était révolté contre cette invasion désordonnée et souvent sanglante du [)euple sur la scène de riiistoire. Cette vue trouble son jugement. Il semble tro[) porté à croire qu'au fond de la révolution il n'y a d'un côté qu'une monarchie avilie, de l'autre, que de basses convoitises, le désir du pillage, l'amour de l'or conquis sans travail. — Ce n'est là (jue l'extérieur et la surface d'un si grand événement. Les origines, les causes lointaines échappent à Goethe, ainsi que la vraie portée et les effets durables. Il ne saisit guère que l'accident et les occasions. H n'est pas loin de s'imaginer que ce fut Vaffaue du collier cpii décida la révolution. Il y a cependant des jugements empreints d'une forte modération et où l'on sent une longue expérience. « On dit que je ne suis pas Tarai du peuple... Oui, c'est vrai; je ne suis pas un ami de la plèbe révolutionnaire, qui sous la fausse enseigne du bien public n'a vraiment devant les yeux que les buts les plus méprisables. Je suis aussi peu l'ami de pareilles gens que je le suis d'un Louis XV... On a raison, je ne pouvais être un ami de la Révolution française, parce que j'étais trop touché de

ClIAtMTUE Xlil 'isn

ses horreurs; mais j'étais aussi peu l'ami d'une souveraineté arbitraire.... Je hais ceux qui accomplissent les révolutions aussi bien que ceux qui les ont rendues inévitables*. » Il insistait sur l'avantage qu'il y a pour le progrès à être le résultat du temps et du développement naturel organique des nations plutôt que la conciuête de la force. « Je hais tout bouleversement violent, pîu-ce qu'on détruit ainsi autant de bien que l'on en gagne.... Tout ce qui est violent, précipité, me déplaît, parce que ce n'est pas conforme à la nature.... Pour la politique comme i)our la nature, l'art est de savoir attendre. »

Ce que Goethe souffrait le moins, c'étaient les exportations de la Révolution française en dehors de ses limites naturelles : « Je ne pouvais pas voir avec indifférence qu'on cherchât à reproduire artiliciellement en Allemagne les scènes qui, en Fiance, étaient amenées par une nécessité puissante. » Et il ajoutait avec infiniment de bon sens qu'il n'y a de bon pour chaque peuple que ce qui est produit j)ar sa pro[)re essence, ce qui répond à ses i»ropres besoins, « sans singerie des autres nations. » — « Tous les essais pour introduire des nouveautés étrangères sont des folies, si les besoins de changement n'ont pas leurs racines dans les profondeurs mêmes de la nation, et toutes les révolutions de ce genre resteront sans résultat, parce qu'elles se font sans Dieu ; il n'a aucune part à une aussi mauvaise besogne. » Ses épigrammes n'épargnaient pas les entrepre-

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