‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 119 sur 140 · CHAPITRE Xllf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xllf

curie ou leur corruption, « historiquement conservateur, » comme on le disait de Lessing, théoriquement dévoué au progrès, très peu sensible aux chimères sentimentales du droit divin, mais adversaire iiréconciliahle des bas instincts de la démocratie et des hahilelés qui les exploitent, se faisant volontiers un rehige contre les misères de la réalité dans quelque belle utopie de civilisation industrielle et de liberté pacifique où prévaudrait enfin l'idée d'humanité et (jui rendrait à tout jamais impossibles les révolutions, ces suicides des peuples,' et les guerres, ces fratricides des nations. C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut chercher l'explication de toutes les scènes du second Faust où paraissent le peuple et la cour. On dirait que le poète a écrit une histoire allégorique de la Révolution française sous l'impression vive que lui ont laissée les événements, avec une ironie hautaine pour ces bouleversements qu'il jugeait stériles, et dont il ne voyait distinctement que les causes secondes et occasionnelles.

Ecartez les anachronismes prémédités, l'appareil des noms et des personnages, la mise en scène, que reste-t-il? N'est-ce pas l'image même de la royauté française au dix-huitième siècle que Goethe a voulu tracer? N'est-ce pas Louis XV qui a fourni ce type de souverain doué de tous les talents possibles pour perdre son royaume, qui ne prend nul souci du bien de ses sujets, ne pensant qu'à lui et trouvant chaque jour, pour échapper à lui-même, quelque nouveau divertissement? Pour tout le reste, il faut bien accorder au poète le droit de forcer la peinture et de la |)ousser au noir. Cet État sans loi, sans justice, où

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les crimes se coiiuneltent sans ol)stacle et savent se soustraire au châtiment, où le juge lui-même est com. plice et se range du coté du coupable, cette armée sans solde, sans discipline, qui se débande en pillant pour se faire une solde, nous ne pouvons pas les reconnaître dans cette manifeste exagération de traits et de couleurs. — Le trésor est vide et sans ressources pour l'avenir. Dans le palais même de l'empereur, tout va de mal en pis, tout manque à la cuisine et à la cave. Le maréchal du palais, qui de jour en jour est plus embarrassé, se met entre les mains des juds, au\(iuels il engage tout, si bien que le pain cpic mange l'empereur est déjà dévoré par l'usure. Le chancelier veut faire à Sa Majesté des représentations sur tous ces désordres et donner ses conseils; mais Sa Majesté est peu disposée à prêter son oreille auguste à de si désagréables confidences, elle aime mieux se divertir. C'est là le véritable élément de Méphistophélès, qui prend la place du fou et se montre aux côtés de l'empereur comme nouveau fou et comme conseillera Dans le lointain, on aperçoit la foule, on entend ses murmures. Les mécontents, les envieux et, ce qui est plus terrible, les affamés, font entendre l'écho de leurs vagues colères. Rien n'éclate encore, mais tout est déjà menace et pressentiment . Et cependant le gracieux seigneur s'amuse au milieu de sa cour idiote. Les fêtes se préparent à la vue du peuple qui souffre; ce sont tous les prolégomènes de la révolution. Les frivolités et les folies de la royauté au dix-huitième siècle trouvent ici leur symbole et leur tlétrissure.

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