‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 120 sur 140 · Conversations, t. I, p · texte numérisé non relu

Conversations, t. I, p

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Parmi les mascarades (pii délîlent devant nous et dont <*hacune a son sens allégoriipie, souvent très subtil et très obscur, deux suitoiit méritent de fixer notre attention. Dans l'une, l'empereur représente le dieu Pan. Il s'avance escorté de nymphes (pii célèbrent sa gloire, ses vertus, sa puissance. Au milieu de ces adorations et de ces prestiges, il se croit dieu; il est si facile et si doux de le croire ! Les courtisans, qui savent que le dieu n'est (pi'un homme, répandent parmi la toule le mensonge dont ils vivent, et qui, s'il est détruit, les anéantit. Vue voix prophétique et grave annonce (pie bientôt le secret d'où dépend le salut de l'État va être dévoilé et (jiie les catastrophes approchent; elle n'est pas écoutée. « Il va se passer à l'instant une chose terrible, les contemporains et la postérité refuseront d'y croire... Kecueillons-nous dans une haute pensée, et ce qui airive, laissons-le s'accom|)lir sans nous troubler. » Voici que tout d'un coup l'incendie éclate de toutes parts. Le grand Pan lui-même n'est pas épargné; sa divinité d'emprunt tombe avec les attributs dont il s'est affublé. Le feu gagne partout, et l'empereur ne [)eut rien pour l'arrêter; bien plus, il va en être la première victime. Hélas ! il était donc vrai, \v grand Pan n'était qu'un homme, un pauvre homme. Le fatal secret circule d'abord à voix basse, puis il éclate. « 0 nuit à jamais funeste, s'écrie le héraut, quels maux nous a-l-<dle aj)portés ! . . . Le jour de demain publiera ce que nul n'entendra volontiers... J'entends crier de toutes parts : « C'est l'empereur, oui, lui-même, qui souiïre ce supplice!... Oh! plût à Dieu que toute autre chose fût vraie !... Une nuit fait son <eiivre, et de-

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iiiîiiii la nia^niiliccnro iinixMialc no sera (jiriin monceau do condros. » Par honlionr, Faust est là; il appelle les nuages, éteint l'incendie. I/euipereur, un instant troublé, reprend sa joyeuse sérénité. H n'a rien coui|)ris à ce (pii s'est passé. Il n'a vu qu'une féerie là où on lui donnait le spectacle synd)oli((ue d'un toMjpsqui s'approche, où le mystère des origines, (jui juscpi'ici a divinisé les royautés, ne trompera plus personius où la majesté du grand Pan tombera avec les prestiges (pii l'entouraient, où tout le monde saura (pie les rois eux-mêmes ne sont rpie des bonunes. fl faut qu'ils apprennent par de rudes expériences que, le jour où le pouvoir cesse d'être utile, il cesse d'être b'^itime aux yeux d'un peuple sans fanatisme, parce qu'il est sans illusion.

Yoilà la leçon des rois. Yoici maintenant celle des peu])les. Elle n'est ni moins dure ni moins bautaine. Un cbar amène Plutus, que représente Faust, et un autre personnage synd)olique, l'Amaigri, qui n'est autre (pie Mépbistopbéb's. La foule s'ouvre devant le cbar encbanté. Sur un signe de Plutus, les dragons apportent un coffre où bouillonnent des trésors magi- (pies. « Voyez, dit Plutus à la multitude qui l'entoure, voyez ! dans les vases d'airain l'or vermeil s'élève h Ilots. » Le Ilot monte toujours, et avec lui croît la convoitise populaire. C'est à peine si Plutus, avec la baguette du béraut, peut en contenir l'ardeur. Pour «nudor le trésor intact, il fait jaillir le feu au visage (les bon mies avides (pii se pressent autour du cbar. La foule recule épouvantée ; mais ce n'est pas l'affaire de Mépbistopbélès, qui ne se plaît que dans le tumult(î et pour qui le désordre est une bonne aubaine.

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