CHAPITRE I
dépassent la réalité. Et pourquoi désespérer du succès d'une telle entreprise? Les changements et les métamorphoses se passent devant nos yeux sans que nous {missions les comprendre. Il en est de même d'une foule d'autres [)hénomènes que nous découvrons et que nous remarquons chaque jour, ou qui peuvent se prévoir, se conjecturer... Qu'on songe à la puissance de la volonté, de l'intention, du désir, de la prière! Combien se croisent à l'infini les sympathies, les antipathies, les idiosyncrasiesî... Chez tous les peuples et dans tous les teuq)s, nous trouvons une impulsion générale vers la magie. » L'observation qui termine cette apologie étrange ne manque pas de profondeur. L'activité de notre esprit, son ambition de s'emparer par des moyens extraordinaires des puissances de la nature, sont d'autant plus marquées que le cercle de ses connaissances positives est plus étroit. A mesure que par sa puissance d'intuition bien dirigée il a étendu le cercle de ses connaissances, l'houmie possède un plus grand nombre d'éléments naturels, de forces élémentaires, (pii, rattachées entre elles par les liens de l'esprit, produisent enfin un art digntide son attention.— N'est-ce pas encore de la magie naturelle dans le viai sens du mot que cet empire sur la nature conquis par la science, exercé par l'esprit souverain?
Dans ces divers jugements, prononcés par Goethe à (piarante années de distance, nous retrouvons l'impression persistante et le souvenir indulgent des magiques expériences conduites par Mlle de Klettenberg, qui l)assionnèrent un instant son imagination de jeune homme. L'année suivante, à l'université de Strasbourg, où il acheva ses études de droit et gagna ses diplômes,
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il se livra avec ferveur à rétudo des sciences nalurel- "en mè.ue te.nps qu'il s'init.ait, sous la a.n«
de llerder très ieunc c.icore et déjà célèbre al ctudc s S littéraires dans leurs rapports avec .,s ^nœurs
et à la philosophie de Tart. Il relut avec >" >;' ^' ;
Homère Shakespeare; il appr.t a n.terprete. k a.
1" sy nl.oli.p.e de l'art allemand au moyen âge, .1
S;au.ln.i,inesdescivil.sjaions;ilc^^^^^^^^^
à distinguer la poésie artili-el • de '" l'-- "J ';';^: celle qui n'est <p.e 1.^ rés.diat d.-s reg .> et de. con
:lui;:.s de celle îp-ijaiUU du ca;ur de '.""--; par la réalité, sollicité par la v.e. foute e^ U >u • <^ de la vie de (loethe, qui stdv.t s<.n départ d ^l a bour.r est prescpic exclusivement consacrée a 1 ait Sa philosophie d'.lUumné fut quelque peu eel.psee et
bstl >ar la splendeur de la -t"- --'-,;••;
en magniliqucs n.spirat.ons. C es 1 '" "« '^^ poète et de l'artiste, c'est le prn.temps 1^ .on . c c'est ce divin moment où tout eclot a la oi. dan» u lie Je l poésie et l'an.our, où s'ébaucheu dans s ,: ;.; lel prenûèrcs scènes de Fanst, ou s .d>ev. le L-and draule de l'Mlemagne au moyen âge, Ooc'^de Derlichinnen, où les Souffrances du jeune ]Vc,hm lltlaZn. 'au grand jour où tant de me..ed eu. petits poèmes et <le Licier d'une na.vcte pUmie d ait Cn nt leur volée à travers la patrie émue, e se re- Sent d'échos en échos connue la vo.x enchantée de la jeunesse et de l'Allemagne nouvelle.
E ionrtant le brillant poète n'était pas encore entièrement sorti des régions tén.^.reuses on ava entraîné sa « chimie mystique „. L obsession, la po»
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session, si Ton veut, durait encore, se renouvelait sous différentes formes. Il avait à traverser une dernière éj)reuvc avant de s'affrancliir : je veux parler de sa rencontre avec Lavater et des aventures intellectuelles où il fut entraîné pendant quelque temps dans cette singulière compajjjnie.
Le [dus [)i(piant portrait que l'on puisse tracer de ce doux rêveur, légèrement fou, une des singularités du dix-huitième siècle, quelque peu homme de génie, au demeurant excellent homme, c'est Goethe qui nous ert fournit les éléments. A diverses époques de sa vie, dit-il, il fut conduit à méditer sur cette nature, une des meilhnues avec lesquelh^s il eut vécu dans la plus coiuplète intimité, et il écrivit à plusieurs reprises les réflexions qu'elle lui avait inspirées. 11 nous donne une raison touchante pour nous expliquer cette insistance. L'opposition de leurs tendances, manifestée après une assez longue intimité, les ayant rendus peu à peu étrangers l'un à l'autre, il ne voulut pas cependant laisser déchoir dans son esprit l'idée de cette helle àme, et, pour en conserver la vive et digne empreinte, il aimait à se la représenter devant les yeux. (7est ainsi que furent écrites, sans liaison entre elles, à d'assez longs intervalles, les pages très intéressantes et très animées où apparaît Lavater. Nous emprunterons à ces divers portraits, dispersés à travers les Mémoires et les Entreliens, quelques-uns des ti^aits les plus saillants qui, en nous révélant l'aimable et bizarre modèle, nous révèlent quelque chose aussi du peintre et des impressions diverses qu'il en reçut.
Peu de gens, nous dit Goethe, ont pris plus sérieusement à cœur de se manifester aux autres, et c'est par
là essentiellement que Lavater fut instituteur. Cependant, quoique ses efforts eussent aussi pour objet le perfectionnement intellectuel et moral des autres, ce n'est pas le dernier terme auquel il tendait. Son occupation principale était la réalisation de la personne du Christ. De là cet euq)ressement presque fou à faire dessiner, copier, imiter l'une après l'autre des images du Christ, dont aucune à la fin ne pouvait naturellement le satisfaire. « Comme il acceptait Jésus-Christ à la lettre, tel que l'écriture le donne, cette idée lui servait à tel point de supplément pour sa propre existence qu'il incarna idéalement l'homme-Dieu à sa propre humanité, jusqu'à ce qu'il les eut réellement confondus en un seul être, (pi'il se fût uiii/ic avec lui ou qu'il s'imaginât être réellement le Christ. » — Il était arrivé à cette conviction, qu'on peut faire des miracles aujourd'hui tout aussi bien qu'au temj)s où le Christ en faisait, et il en lit. « Comme il réussit quelquefois à obtenir instantanément, par la ferveur presque véhémente de ses prières, l'issue favorable d'accidents très menaçants, les objections de la froide raison ne purent jamais ébraider sa foi en sa propre puissance. » Pénétré du senUment de la grande valeur de riiumanité régénérée par Jésus-Christ et destinée à une heureuse éternité, mais connaissant aussi les besoins divers de l'esprit et du cœur, sentant lui-même s'étendre à l'infini ce désir auquel nous convie en quelque sorte sensiblement le ciel étoile, il esquissa ses Perspectives sur Vélernilé, qui durent sembler fort étranges à la plupart de ses contenq)orains ; mais tous ces efforts, ces désirs, ces entrepriscis, pesèrent moins dans la balance de l'opinion que le