CHAPITRE XIV r
d'envie et de haine, l'accablent de leurs critiques. Faust lui-même ne se contient plus; en voyant cette beauté divine, il oublie le temps, le lieu, la situation, et Méphistophélès à chaque instant est obligé de lui rajq)eler qu'il sort de son rôle. — Paris et Hélène semblent cire entraînés l'un vers l'autre par une force irrésistible. Paris la prend dans ses bras comme pour la ravir. Faust, dans une sorte de délire jaloux, tourne contre lui la clef qu'il tient encore à la main; mais alors une violente explosion se Mi entendre, les apparitions magiques s'en vont en fumée, Faust tombe à terre foudrové^
Nous le retrouvons au second acte étendu sur son lit, dans son ancienne chandjre, étroite, aux voûtes en ogive, a Reste là, couché, malheureux, engagé dans les chaînes de l'amour, difficiles à rompre! Celui (|u'Hélène a paralysé ne revient pas aisément à la raison. » Cependant ce sommeil magique n'est j)as sans consolation. Tandis que son corps gît foudroyé, son âme veille et rêve. De quoi rêverait-elle, sinon des temps et des pays qui ont vu cette Hélène divine, devenue une seconde âme dans son âme, l'idéal dans l'imagination du poète? Nous voyons passer dans le miroir transparent de sa pensée endormie toutes les visions classiques de la légende grecque. L'admirable pays! les belles campagnes! les eaux limpides dans la profondeur sacrée des bois ! Uue de beautés adorables! L'une d'elles surtout,
1. Voir les analyses de ces différentes scènes dans les Conversation» de Goethe avec Eckermann. Ces analyses, écrites sous l'improssion iininédiate de la lecture et des entretiens de Goethe, mettent bien en l'iiiiière les intentions du poète. y
r>oi
niiLosopHiK in: (iOF/niK
CIIAPITIU; XIV
mio et (it'jà prt'lc îhi hain, soinhlo appartoiiir à la race dos liéms on monio dos dieux. Elle [)(>so le [)ied dans l'eau; la douée llanune de vie qui anime son nohie corps s'y rafraicliil délieieuseuient.... Mais quel bruit d'ailes vivement a^^itées! (juel nunnimeî les jeunes filles fuient épouvantées; seule la reine, avec un rej^ard tran([uille et un orgueilleux plaisir, voit s'approcher à travers l'onde émue le prince des cygnes.... C'est Léda, c'est son royal amant qui se révèle à Faust dans ime des scènes amoureuses de Tantique Grèce. Rêver de Léda, c'est encore rêver d'Hélène. — Hélène, qui viendra plus tard, trouve ainsi son origine dans ce rcve enchanté. La (irèce mythologique ap|>araît déjà et se révèle à ce sondue lils du Nord, que les songes divins initient graduellement à l'éclatante réalité qui va venir pour lui.
Bientôt commence, avec hî récit de Kaust, l'ardente poursuite d'Hélène, (jui devient le prétexte trop complaisant de cet obscur épisode, la nuit classique de Walpimjis. Après de longues recherches, dans une scène qui n'a pas été écrite, Faust arrivait enfin jusqu'au trône de Proserpine et, avec l'éloquence touchante qu'inspire la passion, il obtenait d'elle non plus l'apparition magique, mais la résurrection d'Hélène, l'espoir de la posséder, la promesse môme de son amour. — - C'est là précisément le sujet du troisième acte, celui de tous qu'on lit le plus aujourd'hui, celui où l'art du poète, soutenu par le charme et la nouveauté du sujet, s'est élevé jusqu'aux cimes les plus hautes de l'inspiration.
A peine avons-nous besoin de rappeler la suite et renchaînenient des idées de ce magnifique épisode
que tout le monde connaît : La reine anive à Sparte; en l'ace du palais de Ménélas, suivie d'uii clueur de; Troyennes caj)tives. De vagues inepiiétudes pèsent I sui* ce beau front voué à la fatalité tragicpie (pu» l'a-
mour porte |)artout avec lui. L'exposition est noble, l'action se déroule lentement, surtout en discours, auxquels le chœur, selon la coutume antique, mêle ses conseils, sr's réflexions, ses sentences, ses pro- |)héfies. Les inquiétudes d'Hélène ne sont (jue trop justifiées. Elle entre dans le palais, puis tout à coup elle en sort épouvantée. Une fenune voilée, un étrange fantôme, Pliorkys, s'est levée devant elh', lui a fermé le chemin et la suit jusque dans le vestibule. Ce spectre est celui des remords et des [>ressentiments sinistres. Il annonce à la reine (pu; Ménélas revient irrité, ne respirant cpie la vengeance, qu'elle est l'illustre victime destinée au sacrifice, (pie les jeunes filles, ses compagnes, seront pendues aux |)outres du palais. Un seul moyen de salut lui reste : dans les vallées, une race audacieuse , « accourue de la nuit cimmérienne , » s'est établie sans bruit d'abord ; elle est maintenant la maîtresse du pays. C'est le moyen agi;, ce sont les hommes du Nord cpii font ainsi leur a|)parition en Grèce. Eux seuls peuvent sauver Hélène. Telle est la ruse par laquelle la fatalité dévoue Hélène à l'amour de Faust. — Hélène tout entière est soumise à la puissance du destin. Comme tous ceux qui sont désignés à quelque rôle illustre par un don supérieur, elle ne s'appartient pas; sa beauté n'est pas à elle, elle est aux dieux, (pii, par Hélène, veulent la répandre parmi des races et des siècles
300 l'IIILOSiM'lllE DE (lOETIIE
iKHiveaiiv. II(''l('rie (illc-momc le sîiit : « Tu es l:i l'atiilité, rôpoiuUellc à l'horkys, je le sens.... k veux to suivie dans le château où liahiteiit ceux (pToii ricminie les Jîarhares. « Le reste, je le sais : ce que la leirie veut ensevelir au lond de son cuîur, que cela soit impénétrable à chacun! » Le 7'esie, c'est Tarrivée au cludeau, c'est l'enthousiasme de Faust retrouvant enlin cette Hélène si ardeninient désirée, ce sont leurs noces, célébrées avec toute la |KMM|>e des riches élran<^ers, j)ourvus en alHUidaiiccî des trés(ns (jJii manquaient à hi Grèce stérile et pauvre. — L'éducation de Taust par Hélène et d'Jlélène |)ar Taust counneiice. Hélène, en se révélant à son nouvel époux, l'admet dans l'intimité mystérieuse de la beauté antique et lui dit les derniers secrets de l'art divin des à<»es où elle a vécu. Taust, à son tour, enseigne à Hélène ce (pi'il sait : les miem's, les idées, le bnij^^age des temps nouveaux; dans une scène chai'mante, il rinitic; à la musique de la rime (pie la (irèce Ju; connaissait pas.... « Langage étrange et charmant I «'écrie Hélène; un son siMuble se marier à Taiitre; lin mot a-t-il frappé l'oreille, un autre mot vient caresser le premier l'oreille et le cieur en sont j)ro-
l'ondément émus. » Et déjà Hélène, limidement d'abord, essaie de parler en vers rimes. Le dialogue TaHire et la provo(pie; un son a])pelle un son Iratt.im.|. — Mais voici ([u'un giand biuit ap|)roche et trouble ces doux ébats. Une scène de bataille éclate : Ménélas arrive avec des Ilots de guerriers. Sa troiipo vaillante de héros vient se briser contre des rem- [)arts v\ des arme^ dont les (irecs ignoreîit la l'orce. Ménéhis perd une seconde fois Hélène, et son inli-
<:hai'|ihi; xiv -„-
'l«'l<; <'|'<'ns.. suit I,. I!;„k„.e vicloHeux .l.ns ,„„. A.ciKlie uloale où toute la nature nVst ,,m la lèl,. ,|,. I.;ms amours. C'est là ,,,,0 r„„i.,„ ,„vstéri..use ,|,vM'..l féconde. Du sein .rilél.'.ne s'ùlana- lùmho.ion, ';;•;'" '••""""; "" '"i-"- i;u,.l.on„n, renCam nro.nis à 'I 'I lustivs deslins, s'il j.eut vivr,-, I,. (ih ,,„i ,,„,„. '^•' 1-1. avec le san^r des dieux ,|ue lui a transuu. lelene, la s.'ve ar.l,.nle des passions .nodernes'. - Mars il ne pourra vivre, il est animé d'une vie trop ""l"'l«";i"sc, trop l.éroï.p.e pour ne pas se l.riser contre les grossiers ol.stacles .1,. la réalité (,ui l'enserre et l'oppiim... Il vit avec é.dat. mais il ne vit ;i"""-; •'«•"'•<■; »'-> corps charmant se ,\h,\.„, ,|ans lau: , re.Uredans llladés, où sa n.ère veut le suivre. Elle emhrasse poiu- la dernière fois Faust • « Il c«l l.-mje lien de la vi... cou.me v.hû de l'amotu-!» hlle disparaît en laissant aux u.ains de Faust son vo.le sacré. Telle est la vertu du voil. u.agique sous l-|ucl s est cachée la divine iK.aulé. en Irave, sant .u.e s.'Conde 1ms la terre, qu'il enlève Faust et le soutier.t quelque teuips dans l'air sur la trace des êtres celestes (pi'il a jierdus.
Le sjud)ole est transparent, et Goethe cette fois n'a |;iis gardé pour lui son secret. Il le livre à .pu veii. entendre dans ses lettres et dans ses entretiens. «JJès .s premiers actes, disail-il, commencent à résonner les u,„„s d,. classique et de romantique. On .1, parle ■''■.F |"-ur qtu- le lecteur soit conduit, comme par une ■oute qm s'élève j.eu à peu, jusqu'à Uclcue, où les
I- Oii ï„il à ,|„el.|ues liaits .iiic le poète, en tra.ant le h,,, Irait du, Pl;..n™, a>a.t^ .levant sa pe.,.ée . ..„a,e et , , ,.X""^'!l:
PHII.OSOI'IIIK DK (iOKriM.
il(Mi\ roiiin's «le porsii* l'oiil liMir Mppjnilioii (MMnp