‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 125 sur 140 · Lo Faust de Goethe, p.irF. Blanchol · texte numérisé non relu

Lo Faust de Goethe, p.irF. Blanchol

Il^l

|»HII.0S01»IÎIK IlE liOETIIt:

cllf |)as soulTrir «miicIIciikmiI de co voisiiuii-c li'(»|» l'amilicr (le la science? f.e fçrand peintre du monde physique, Alexandre de llninholdt, s'est posé cette (piestion et Ta résolue dans un sens très net, dans le même sens que Goethe ; mais il la résout par une doctrine, tandis (pie Goethe a tenté de la résoudre par le lait même, — [>ar l'art.

Selon M. de lluudxddt, la poésie du dix-neuvième siècle doit se renouveler aux sources de la science. S'appuyant sur une j)ens(^e de son illustre IVèie Guillaume, il soutient (jue rien n'est plus lé<^itime que cette association, (pi'en elles-mêmes et d'apiès leui' nature la poésie, la sci(Mice, la philosophie, ne saulaient être sé|>arées. « Elles ne font qu'un à cette époque de la civilisation où toules les facultés de l'homme sont encore confondues, et lorsque, |)ar l'effet d'une disposition vraiment poéticpie, il se reporte à cette unité |)remière. » Bien (pTil puisse semhler étran«^e au jnemier ahord de vouloir unir la poésie, qui vit par la forme, par la couleur, par h\ variété, avec les idées les plus simples, les plus ahstraites, qui sont la suhstance même de la science, il ne faut pas craindre ce mélanpie. Inc telle crainte ne pourrait naître (pie d'une vue bornée des choses ou d'une sentimentalité molle. Il y a dans les perspectives a<^randies de la nature mieux conmu» une large compensation pour le pouvoir magique et miraculeux qu'on lui retire. Pour nous en tenir à un seul exemple, le sentiment de la grandeur n'est-il pas plus vivement excité en nous par l'intuition de l'infini astronomique que par l'imagination j)uérile de cette voûte d'azur constellée de clous d'or, qui représentait

•iiiAPiruK \v m:,

autrefois pour l'homme le ciel étoile? La simplicilé et la généralité des lois, la variété prodigieuse des comhinaisons, des actions et des réactions ries phénomènes, la eouq>lexité des détails qui s'entre-croisent à Finfini sui' la trame vivante de l'univers, n'y a-t-il pas dans ces vues une source d'('Mnoti(ms vives, poétiques, profondément neuves, grandes comme l'infini ? — M. de lïumholdt réfute avec vivacité la thèse de llurke et d(». tous ceux qui prél(Mident av(^c lui que ligiiorancc des choses de la nature est la source unique de l'admiration poétique et du sentiment du -uhlime. Burke confond, (ht-il, l'admiration avec Vôlonnement. L'ignorance ne produit que la stupéfaction et la terreur devant l'inconmi des choses: c'est d'une science profonde que naît le sentiment viril de ^ l'admiration intelligente. La science recherche ce

• pi'il y a de permanent, l'essence fixe des ph('nom('i)(!s, les lois primordiales et génératrices, les relations constantes, les formes stahles, les types. Or qu'est-ce (pie les lois, les types, les formes, sinon les idées i\m la science humaine parvient à extraire de l'ohservation empirique, et à l'aidé desquelles nous dominons la matière l)rute des faits? La nature bien comprise se résout donc en idées. Et que peut-il y avoir de plus beau que la nature vue dans les idées? Plus 0 y apporte une connaissance profonde de son «'ssence, plus la contemplation en est un plaisir, plus <N' plaisir est noble, élevé. La vraie magie de la H nature, son prestige poétique, c'est sa grandeur efsa simplicité, qui ne se révèlent qu'à la science.

Malgré tout, je ne me rends pas encore. Je reste dans le doute, non pas sur la beauté du spectacle

-10 PIIII.OSOPIIIE HK (.OETIIK

qn'ofTio \\ l'esprit la nature coiiUMiiplée dans les idôos, mais sur le lr<»itiino Pinploi des connaissances exactes, positives, dans la poésie. On plutôt je tiendrais à bien uiarqucr une distinction, qui nie [laraît essentielle dans la question, entre le sentiment général, rémotion esthéti(pie qu'excite en nous le spectacle des l'orces liaruionieuses de la nature, et la science analytique, détaillée, des phénomènes et des lois dans leur sèche et niu' précision.

Des exemples, cpie (ioethc lui-nu'uie uie fournit, serviront à préciser cette distinction et à expliquer ma pensée. Prenons Werther. Quand je lis les premières pages toutes parl'umées de jeunesse et de |)i'intemps, avant les souffrances, avant l'amour, et que le poète nu' peint AVerther rêvant sur la c(dline, sous les rayons du soleil de midi, plongé dans l'ivresse d'une sensation inlinie, adorant cette belle et forte nature, mère et nourrice des choses, qui se colore, <[ui s'échauffe, qni étincelle autour de lui, écoutant le s(mrd travail d(^ l'aclivité universelle d'où sortent les êtres, recueillant les vagues échos de la germination mysléiieuse où s'éhd)ore la vie, je jouis délicieusement de cette poéticpie et vigoureuse peiidure, et, par une insensible contagion, l'ivresse du philosophe naturaliste s'insiime au fond de mon àme. De même dans un orand nombre de poésies, pénétrées de l'àme secrète et des forces divines de la nature; de même (piand le doctem- Faust nous décrit, dans sa méditation sublime, le tiavail de « la puissance éternellement active et créatrice; » en mille autres endroits encore, j'aduure quelle énergie et quelle nouveauté d'accerds le ])oète emprunte au sentiment scientiliqjie (pi'ij a de cet

CliAPlTUE XV 517

inlini vivant. Mais dans tout cela qu'y a-t-il? iiien (pic de grandes et profondes émotions, le sentiment vif du mystère des choses ou de la nature possédée en partie [)ar nos désirs, par nos rêves, |)ar nos anticipations sublimes, en partie par nos expériences et ncjs idées. Ce n'est pas la science positive avec ses instruments de précision, réduisant en forimiles la réalité mouvante, et en chiffres le brillant lunudte des faits.

Au contraire, dès que Goethe prétend exposer des doctrines scientifiques et des résultats précis, quels que soient la richesse et la fécondité de son imagination, la magie des couleurs, le jH-estige des mots qu'il emploie, il est un admiiable artiste : et cependant nous restons froids. Lisez ces petits chefs-d'œuvre d'érudition ingénieuse, les poèmes sur la Mélainorpliose des plantes et sur la Métamorphose des animaux^. Toutes ces descriptions sidétaillées nous font l'effet , dans le langage ])oéti({ue qui les revêt, d'élégantes énigmes. Lisez dans Wilhelm Meisfer la fête des mineurs; suivez, si vous le pouvez, les longues explications de Montan, et jugez si la métallurgie et la gé(d(»gie, dans une œuvre d'art, valent un accent du c<eur. — Pense-t-on que le roman dvs Af/initésélectires aurait perdu quelque chose à être moins fidèlement calqué sur une leçon de chimie? Enfin je renvoie mes lecteurs à cette Nuit classique de Walpiïrijis. je les engage à écouter le long dialogue entre Anaxagore et ïhalès, le débat entre les théories plu- Ionienne et neptunienne, ou bien encore à s'intéresser, s'ils le peuvent, à l'allégorie que joue Seismos, ce

Page 1