‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 132 sur 140 · Kolzolmo nvail puLli.'- lo rW. .1.- s,.n · texte numérisé non relu

Kolzolmo nvail puLli.'- lo rW. .1.- s,.n

vovaao en Siln'i'ie. ouvra'-''-

Al'I'KMUCi:

•lu jardin, plaçons la boite où notre belle sylphide travaille si bien pour demain î Bien ! reste là, mon bel enfant î Dans ce petit coin, personne ne t'empêchera de terminer ta toilette. — Mais cette vilaine béte, dit Mme de Goethe en jetant de côté un léger coup d'œil au serpent, comment peut-on la souffrir à coté de soi, et la nourrir de sa main ! C'est une créature si désagréable î sa vue seule me fait frissonner ' - Sdence! » dit Goethe, quoicpi'il aimât assez, avec sa nature trancpiille, la vivacité mobile de sa bellelille: et, se tournant vers moi, il continua: «Oui, si le serpent voulait bien ])our elle se mettre dans un (M)con et se transformer en un beau papillon, alors on lie parlerait plus de frissonner! Mais, chère enfant, nous ne pouvons pas tous être papiUons, nous ne pouvons pas tous être des figuiers tout parés de fleurs et de fruits! Pauvre serpent! ils t'abandonnent! Comme ds devraient au contraire s'intéresser à toi !... (:omme il me regarde !... Comme il dresse sa tête î No semble-t-il pas qu'il comprenne que je le défends contre vous?... Pauvre petit! Il est là dans la liole sans pouvoir sortir, conune il était jadis, quand la M.dure lui a donné son enveloppe trop étroite !... » Tout en parlant, Goethe avait tracé au cravon sur un V'^nov (pii se trouvait là les lignes fantastiques d'un |)avsage imagmaire; un domestique lui apporta de Teau, i\ mit le dessin de côté et se lava les mains en nie disant : « Quand vous êtes entré chez moi, vous avez dû rencontrer le peintre Katz; je ne le vois jamais sans éprouver du plaisir, du ravissement même;

ex.|ossivement long et absolument vide. Goethe s-étonnait qu'il fût nossiLle d allor aussi lom et de voir si peu de chose. [Note dutraducie^r.)

il est ici comme il (■lait à la villa Boifji'L's''. el il semble apporter ici avec lui nn IVa-meiit de ce ciel artistique de Rome et de son délicieux /a;' rt/fn<e/ Pendant (ui'il est k Weimar, il faut que je mette en ordre mes dessins et m'.'ti compose un petit alhum. En général nous parlons beaucoup troi). Nous .levnons mon.s parler et i-liis .lessiner. Pour moi, je voudrais me déshabituer de la parole et ne parler qu'en dessnis. comme la nature créatrice de toutes les fonucs. (.li..uier, ce petit serpent, ce cocon ipn attend lian- .luillement l'avenir, étendu sur la lenèt.c, tous ces ..biets, ce sont des signes d'un sens prolond; oui, si no'us pouvions bien .léchillrer seulement le sens . .• ces objets, nous pourrions bien vite nous passer de tout ce qui est écrit et de tout ce qui se dit ! Plus j y rélléchis, plus je le sens vivement; il y a dans la i.arole quebiue chose de si odieux, de si vain, je dirais presque de si présomptueux, que lorsqu'on se trouve •ivec pleine conscience de soi-même dans une solitude, perdu au milieu d'auliiiues montagnes, ou en face . d'un rocher immense, alors, devant cette muette gravité, devant ce silence de la nature, on se sent

saisi d'elTioi....

« Tenez, me dit-il, en me montrant le papier sur la table, j'ai tracé là toutes sortes de plantes et de (leurs assez singulières; ces chimères pourraient être encore plus folles, plus lantastiques, rien n'assurerait (.u'elles n'existent pas réellement cpielque part.

« Lorsqu'elle trace un dessin, l'àme fait resonner au dehors d'elle un fragment de son essence intime, et dans ce babillage sont renfermés les plus grands gecretsde la création; car celle-ci, considérée dans

AI»l»K.\|>[(;i:

ses principes, repose huit entière sur le dessin, sur la plastique. Les comhiii.iisons de ce genre sont si infinies, que même la fantaisie et le caprice y ont trouvé place, i^renons seulement les plantes parasites ; dans ces créations si légères, que de formes lantastiques, bouffonnes, qui rappellent l'oiseau ! Leur graine volante se pose sur tel ou tel arbre, comme un papillon; elle se nouirit de cet arbre pour grandir. La glu, ou visais, se sème et pousse ainsi sur l'écorce du poirier, où elle forme d'abord une petit(i touffe; cet bote, non content de s'a|)|)uyer sur l'arbre et de l'erdacer, exige qu'il lui fournisse le bois de ses rameaux. Il en est de même pour la mousse qui couvre les arbres. J'ai de beaux échantillons de ces feuilles, cjui, dans la nature, ne font rien par elles-mêmes, mais s'appropiient les pioduits déjà existants. Faites-moi penser à vous les montrer. L'arome de certains arbrisseaux, qui appartiennent aussi à bi famille des parasites, s'explique très bien par la constitution intime de leur sève; elle est de bonne heurci plus avancée qu'elle ne devrait l'être; ces plantes, au lieu de se développer (l'abord, comme d'habitude, avec une matière grossière et toute terrestre, ont en elles, dès leur naissance, une matière dt^'à rafhnée. « Lne pomme ne vient jamais au milieu du tronc, rude et rugueux. Il faut plusieurs années, il faut les |)réparatifs les plus soigneux pour faire d'un pommier un arbre portant des fruits et donnant récolte. Chaque pomme étant un corps rond, compact, exige pour se former une extrême concentration et un extrême raffinement des sucs qui lui arrivent de tous les côtés.

11 faut se représenter la nature comme un joueur qui,

.,;(, piiii.osoPHiK DE «;oi:rin:

^lovant la labh' (U' jeu, ciio constainmcnt :aii douhh^! ,'.st<HVue ajoute' toujours ce c,ue son bonheur lui a donné il sa u.ise nouvelle, et cela à 1 mfini. Pierres, bètes, niantes, après avoir été ainsi formées par ces heureux coups de dés, sont de nouveau renns au jeu, ot qui sait si rhonune n'est pas la réussite d un coup

nui visait très haut? » . i • •. ♦

Pendant cette intéressante conversation, le son' était arrivé; il faisait trais dans le jardin, et nous rentrâmes dans la maison. lUentot après nous nous nnmes à la tenètre. Lo ciel était parsemé d'étcûlos. Les cordes mises en mouvement dans l'àme de (metlie par les objets (pi'il avait contemplés dans le jardin m- ,,,.,;,,;» ,„,nre, et elles résonnèrent toute cette so.ree « Tout est si immense, me dit-il, ciue nulle part il n\ a d'arrêt. Penserie/-vous cpie le soleil, cpii pi'odinl tout, en a Uni avec la création de son système (le |da. nèles, et (pie la force (lui a formé les terres et les lunes, soit en lui épuisée, ina(Hive et inerte? Pcmr moi, iene le p(Mise pas. Il est tivs viaisenddable (ju on trouvera encore une plus petite planèt(> au d(da ( e Mercure, déjà assez petit. On voit très bien, par a situation de; ]dan(Mes, (lue la force de projection du soleil décroît, car ce sont, dans le système, les masses los plus eonsidéiables ([ui occupent la place la plus éloignée. On peut appuyer sur ce fait, supposer ipie, p.,r suite de cette diminution de force, un essai de projection de idanète ne réussisse pas. Si le soleil ne peut détacher et séparer de lui-même ces dernières planètes, elles formeront peut-être autour de ha un anneau, comme pour Saturne, et cet anneau opaque nous jouera un mauvais tour, à nous autres pauvres

APPKNDICK

noi

habilanls de la terre. Il ne s(»rapas plus agréaiile aux autres planètes : la lumière et la chaleur faibliront, et toutes les organisations auxquelles elles sont nécessaires seront plus ou moins arrêtées dans leur développement. Les taches du soleil pourraient donc bien nous apporter quelque trouble à l'avenir. Ce qui est certain, c'est que, en consultant toutes les lois connues et la manière dont notre système s'est formé, on ne voit rien qui s'oppose à la formation d'un aïk neau solaire; seulement l'épexpie d'un pareil événement reste indétenniné'e.... »

Vu autre jour, il me (Conduisit devant sa collection d'histoire naturelle, et, me mettant dans la main un échantillon de granit, d'une formation très curieuse, il me dit : « Prenez cette vieille pierre en souvenir de moi ! Si jamais je trouve dans la nature une loi plus ancienne que celle qui se révèle dans ce fragment, je vous l'échangererai. Jusqu'à présent je n'en coniiais aucune, et je doute que l'avenir me montre quelque chose d'égal, à plus forte raison de suj)érieur. Ccmsidérez bien cet échantillon; vous y voyez un élément (|ui en cherche un autre, le p('nètre, et par cette combinaison m cive un troisième: c'est là au fond le résumé de toutes les opérations de la nature. Oui, là est écrit un document de l'histoire primitive iïu inonde. — Cette filiation, il vous faut la découvrir seul. Si on ne la découvre pas soi-même, il est inutile de l'apprendre d'un autre. — Nos naturalistes aiment les longues listes. Ils partagent la terre en une infinité de sections, et pour chaque section ils ont un nom. Ceci est de l'argile! Cela est de la silice! Ceci est ceci, et cela est cela î Quand je sais tous ces noms, qu'est-ce

-^y, PIIILOSOI'IIM. IH: (iOl'.TIlK

que j'ai j^agnrî Oiiaiid j'ciiloiids tous ces mois, \o me rappelle toujours les vers de Faust ^ : « Us nonuneut la chimie Éncheiresin Natnrœ! Les ânes se bafouent eux-mêmes et ne s'en apereoivent |>as. » Que me font toutes ces sections, tous ces noms ! Ce que je veux connaître, c'est ce qui, dans l'univers, anime chatpie élément, de telle sorte qu'il elierclie les autres, se s(mmetàeux ou les domine, suivant (pie la loi qu'il a en lui le destine à un mie plus ou moins élevé. — Mai-s sur cette ([uestion précisément règne le plus profond silence.

Dans les sciences, tout est trop séparé. Dans nos ehaires, pendant des semestres entiers, on lait des lerons sur une branche spéciale, violenunent séparée de tout ce qui l'avoisine. Aussi, les découvertes positives paraissent pauvres, quand on jette un cou])d'œil sur les derniers siècles. On répète presque uni(pu> ment ce que d'illustres prédécesseurs ont dit; (piant à une science indépendante, on n'y pense pas. (In conduit par bandes les jeunes {^ens dans des salles, dans des amphithéâtres, et, dans la disette de faits positifs, on les nourrit de citations et de mots. Les éccdiers aviseront connue ils pourront, s'ils veulent voir les choses elles-mêmes, que du reste leur maître n'a souvent pas vues lui-même ! C'est là évidenuuent une voie détestable. Mieux le professeur est anné de son ai)pareil scientihque, plus l'obscurité augmente avec la présomption. Et voilà les gens qui devront donner des leçons au teinturier qui vit près de sa chaudière, au pharmacien qui vit près de sa cornue! Pauvres diables

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