MM
•le Falicirns. ,,,.,. jV vous ,,lai„s .1,. („„,|„t ,.„ .|,. ,„,. re.llos niain.s! Jls se sont l.ion moques autrefois d'un vieux teinturier de Ileilbronn, quiéiait j.lus fort qu'eux ous. S. le monde ne l'a pas reconnu, lui connaissait le monde, et je regrette bien qu'il n'ait pas vécu jusqu a la publication de lua Ibéorie des couleurs; sa chaudière lui aurait donné ses conseils: celui-là savail ce dont il s'agissait!
Je me suis occupé toule ,ua vie de sciences : eb l'i''". SI je voulais écrire tout ce qui est digne .l'él.e 'fl''"" «lans ce que j'ai appris, le manuscrit sérail SI petit, que vous pourriez l'errqmrler cliez vous dans une enveloppe de lettre. - Dans noire pays, les sciences sont cultivées grossièrement comme gâgn.-pain, ou iMen du baut des cbaires on les soumet en forme ■, "ne analyse pédantesque; de cette façon, nous avons a choisir entre une science populaire superlicielle .>m un incomprébensible galimatias de pbras,.s transcendentales. — Ce qui, selon moi, de notre temps, a été encore le n.ieux éludi,., c'est l'élecliicit... Les Élcmc/s d Luclide sont pourtant b)njours là comme un modèle <pi on ne surpassera pas et cpii nous montre comment «•H doit enseigner : la sim,,licilé, l'encbaînement gradue de ses théorèmes nous indiquent comme on doit pénétrer dans toutes les sciences.
Quelles énormes sommes d'argent perdues par les maîtres de fabriques seulement, par suite de fausses vues en chimie ! Les arts industriels sont loin d'être aussi avancés qu'ils le devraient. Ce savoir, trouvé ilans des livres et dans des classes, cette expérience l'eçue et transmise à l'aide de cahiers de professeurs <|ue l'on copie sans cesse, voilà les causes du petit
5,;i MIII.OSOI'llli: [H: (inKlIIK
noilihre de découvertes vniiinenl utiles (|ue les siècles ont à nous donner. Oui, si aujourd'hui, le t>9 février 1809, le vieux et respectable moine an<^lais Bacon sortait de la mort et venait dans mon cabinet me demander liien poliuumt de lui c()nununi([uer les découvertes que nous avons faites dans les sciences et dans les arts, depuis qu'il a (piitté le monde, je resterais honteux devant lui, et je ne sais vraiment (|uelle réponse je ferais au bon vieillard. Si j'avais ridée de lui montrer un microscope solaire, il me montrerait bien vite un passage de ses écrits où il met sur le chemin de cette découverte. Si je lui [)arlais de UKmtres, il dirait tout tran(pnllement : « Oui, c'est bien cela! page :)04 de mes écrits, vous trouverez un passage qui traite en détail de la fabiication possible dé ces machines, aussi bien que du microscope s(daire et de la chambre obscure. » — Et le pénétrant moine, a|)rès avoir passé en revue toutes nos inventions, me ipiitterait peut-être en me disant : « Ce que vous avez fait pendant tant de siècles n'est pas |)récisément considérable. FMus de iiiouvemement doncî Je vais de nouveau dormir, et dans quatre siècles je reviendrai, pour voir si vous «l(»rmez aussi, ou si vous avez en quelque science fait (piel([ue progrès. »
Chez nous, en \llemagne, tout va avec une belle lenteur. Il y a vuigt ans, quand j'ai émis la première idée de la métamorphose des plantes, les juges de cet écrit n'ont su rien faire autre chose que vanter la sinq)licité de l'exposition, qui pouvait servir de modèle aux jeunes gens. Quant à la valeur de la loi qui, si elle était vraie, trouvait dans la nature
APPExnicK
onf,.M-c les applications l.s plus vari.Vs. j,. „•„„ Pntond.s pas parler, l'onr.p.oi? parce que «,„■ ce '^-'jet ,1 „y avait ,ie,. dans Linné .p.'ils pussent copier et donner ensuite à leurs écoliers. Tout montre que 1 honuue est fait pour croire et non pour regarder et voir par ses yeux. Ils croiront aussi un jour .nés paroles et les répéteront: j'aimerais hien "iH'ux .p, ,1s s(uitinssent leurs droits et qu'ils ouvrissent les yeuv pour voir ce qui ,.st là devant e,.x ; 'na.s ils^ injurient tous ceux qui ont de n.,.ille,ns yeux qu eux. et se lâchent, si on prétend que les vues qu ils proclauK.nt du liant de {....rs ci.aires sont des vues de iiiy(q)cs!
I..I théopie des couleurs re,)os.- sur les niéiiies Finc.pes que la niélaïuorpliose des plantes: ils leloi.l de uiènie avec elle; avec le temps ils s'en apnro- Pneront les résultats, et il ne faut pas leur en vouoir s Ils la pillent et en donnent les idées comme les leurs. — Cette science si avancée du moine J{acon ne doit pas nous surprendre; nous savons que de très houne heure il y a eu en Angleterre des germes de civilisation, peut-être dus à la conquête de cette > e par les Romains. Ces germes, une fois semés, ne disparaissent pas comme on le croit. l'Ius fard le <• .ristiainsme s'y développa aussi avec puissance et rapidité. Saint Boniface est venu en Thiirin-re ayant dans une main l'Évangile, dans l'autre vi querre et tous les arts de construction. Bacon vivait dans un temps où déjà la bourgeoisie, par la grande «'harte, avait gagné de grands privilèges. La liberté des mers, le jury, complétèrent ces heureuses conquêtes. Les seienc.'s dcv.iieiil marclier en avant
r,,;o niiLosoPHiK de gokthk
comme tout le reste. Baeon leur donna un élan puissant. Ce moine d'un es|>rit profond, aussi éloigné de la superstition (pie de Tineivclulité, a tout coneu, sinon tout ivalisc'. Il a \u briller devant lui la magie entière de la nature, en prenant le mot dans sa plus belle expi'ession. Il a vu tous les progrès t'utuis, et a (ait pressentir les destinées futures de son peuple. — Mais toi, jeune» ])euple allemand, continua (loetlie avec entbousiasme, ne te lasse pas de marcber dans la voie cpie nous avons beureuseinent eudirasséeî Ne t'abandoime à aucune manière, à aucune vue étroite craucun genre, sous (pielque nom qu'elle paraisse. — Saelie/-le bien, tout ce (pii nous sépare de la natme est faux; sui- le cbemin de la nature, vous rencontrerez enseud)le et Bacon, et Homère, et Sbakspeare. Oue d'œuvres à acccmiplir partout! Mais, voyez avec vos yeux, entendez avec vos oreilles. — Ne vous inquiétez pas de vos adversaires! Dans votre œuvre, associez-vous à des amis qui pensent connue vous ; quant aux bommes qui n'ont pas votre nature, et avec les(piels vous n'avez rien à faire, imitez-moi, ne perdez pas une beure avec eux! Ces discussions sont à ])eu près stériles : elles tourmentent, et à la fm, il n'en reste rien. Au contraire, Familié avec des bommes qui ont nos manières de voir est féconde. Ainsi dans le premier volume des Idées sur la philosophie de Ihistoire de lliumanité, de Herder, il v a beaucoup d'idées de moi, surtout au commencement: nous causions souvent de ces sujets: j'avais pour l'observation de la nature plus de pencbanl que Herder, qui voulait trop vite être au but: il avait déjà tué une conclusion bien avant que je n'eusseiini mon
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SI K LA DESTINÉE HUMAl.NE.
I«15. - Le jo,„. des lïinérailles de WiVlai.d
je
^^ l'HILOSOPIIIi: DE (iOKTlIK
ivnimcinai (lue Goetht' nvail dans tout son cire nnr solennité qu'on lui voyait rarement. Il semblait avoir Tàme profondément attendrie (;t connue toute pénétrée de uu^ancolie. Dans ses yeux passaient souvent de brillantes lueurs; ses i>arolcs, sa voix étaient cbangées. — Cette disposition toute particulière donna l la conversation que j'eus avec lui, ce jour-là, une direction qu'il lui donnait rareuunit. Nous parlâmes du uunule invisible. D'ordinaire, Goetlie éloignait ce sujet: il aimait mieux causer du présent et de tous ces objets que l'art et la science oftVent à nos yeux, et qui n'écbappent pas à notre contemplation directe. Nous parlions de l'ami que nous venions de perdre; après un mot de f.oetbe, qui sous-cnlendait la croyance h notre existence ai)rès la mort, je dis : (( Ôue croyez-vous que l'àme de \Vielan(l puisse entendre, dans ce moment-ci même?
,< __ Uien de mesquin! dit Goetbe, rien d'indigne d'elle; rien (|ui ne soit en barmonie avec la grandeur morale (ju'il a montrée pendant toute sa vie î Mais, ajoula-t-il, pour être bien compris de vous, comme' je ne traite pas cette question souvent, il faut que je la reprenne d'un peu plus baut. — C'est quelque cbosc qu'une vie de quatre-vingts ans conduite avec dignité et bonneur; c'est quelque cbosc que la conquête de pensées aussi délicates que celles dont Wieland avait su remplir son àme, et qui y régnaient avec tant de cbarme ; c'est quelque cbosc que cette application, cette persévérance acharnée, cette constance par lesquelles il nous surpassait
tous î . . .
« — Lui donneriez-vous une place h côté de son
dissipe pas ses emifn.v /v '/"'^'^^^^ ^''iialun. ne
-s|"i( possédait. IN.ns ,i „ '" '"•'■'":"^- •'•"• -
" leur ex,ste,u-,,s tandis c,„e Widand ""
« — Coininenlî nrépiiii ;« .u
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lonli"? •'W"-"Udni U(! /lolrc vo-
« - J.' me le permets souvent, rénondil il . •
J-' I.- pn'ssai de ton, ,,K. dire, et il ,,,,,, a ainsi.
"•; tiouveut ,,as dans le nmnd d s sen ''"•'
solide, ,p,elle que soit fonte la valen • n , "'"''"'
;:-t pour nu.i, ne sont pas dans ILÎT^^^^^^^ """J-, parce que, en iLe de la n n'e' ^r;"" pas supposer et croire, ,„ais savoir - Ai" ''"' ag. pour l'existence personnelle de notre tne ""'■'' '=' -••• Elle n-est nullen.ent en con i ;r:
■ Il
l'IllLOSOlMIlK 1)K COKTIIF.
les (.l.s.-natioi.s, piolon-ées peiidai.l des années, que i'ai laites sur notre constitution et sur la constitution de tous les êtres de la nature: au conliaire. de toutes ces observations sortent pour elle de nouvelles démonstrations. - Mais couduen d.- parties de notre être inérilent de persister et de duier après notre niorf . c'est là une (piestion toute nouvelle, e est la nn |.oint que nous devons abandonner à Dieu seul. - Je ,ue contente, quant à présent, des reniar.p.es suivantes Les derniers éléments primitifs de tous les êtres, et pour ainsi dire les points initiaux de tout ce qui apparaît dans la nature se partagent suivant uioi en dilTérentes classes, et forment une biérarclne. Ces ele- „u.nts, on peut les appeler des âmes, puiscpi elles animent tout, mais appelons-les plutôt monades; Tardons cette vieille expression leibnitzienne: pour exprimer la simplicité de l'essence la plus simple, il n'y en a guère de mciUemr possible. - V.U bien ! ces ,„„nades (ou points initiaux), l'expérience nous mon- Ire (lu'il y en a de si petites, de si faibles, qu'elles ne sont propres (pi'à une existence et à un service subordonnés. D'autres, an contraire, sont très puissantes ,.t très éneigicjuos. Celles-ci attirent de force dans leur cercle tous les éléments inférieurs (pii les approcbeut, et les font devenir ainsi partie intégrante <le ce (iirelles doivent animer, soit d'un corps Immain, soit (l'une plante, soit d'un animal, soit d'une organisation plus baute. par exemple, d'une étoile. Elles exercent cette puissance attractive jusqu'au jour où apparaît formé tout entier le monde, petit ou grand, dont elles p(u-taient au fond d'elles-mêmes la pensée. U ny a que ces monades attractives qui méritent vraiment le
Ai'i'Kxtiici:
ongme première, des essences .inonT , ■""
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planète, porte ei soi- „" ^ ? "'.V"'*"'' ^' '"'""
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>oiis pouvez noninipi- natt^ • r^'^^^unoUe.
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la monade^Linsecouî deToT^T"''" ''■''" '"■'^'''' rofouvons toujours il cette ''^ '''''"'™'- ^"'''
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q.n fait d'une feuille une fle ', ni ,.1 f. "'*'"''''' ;ne chenille, et d'une Ï^l^n^T^X "'
la monade mincimie i su ,|a1 p '"'■'''■ ''"«
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elles son Z ^ '^'' ''""' indissolubles, .i
eues sont toujours a son service Pir «11,.. •
jouer jusqu'au bout tel ou tel mo ce'm e ■'" '"'"'
-I 'ne plaît, faire courir mes Z 's .'';::';"'";"«
^"npiano.„sdo„„e„.,aH.m.:lb:;o:s:;t-
5J.2 rUlLOSOIMIIK liE liOKTIIK
,,10.1 csi)!-.!. inais (.ux-iuùuifs soûl souiils. H la >iiona.l.- ,„i„ci|.ale est la seule (|ui entende. Je pe.ix croire que nu,n jeu musical intéresse fort peu ou n'uitéresse pas du tout u.es doigts et uia main. Ce jeu de n'onades. qui ino donne à moi du plaisir, a fort p.'u d ellel sur CCS sujets soumis (pii m'obéissent, sinon peul-ètre que ie leur fais sentir un peu de fatijiue. f.ond)ien lemsensibilité s.M-ail-elle plus llatlée. si, au lien <le perdre ■linsi leur lenq.s à glisser sur les lonebes d'un piano, il leur était permis, sous la forme d'alH-illes ddigenles .l'errer joyeusement par les prés, de se poser smlosarbres et (le s'ébattre an milieu des branches lleu- ,i,,s'. occupations pour lescp.elles elles ont certes au |„„d ,|-elles-mèmes un pcncbant inné '. — l.e moment ,1e la mort ((lui pour cette raison a été très bien „„„„„,■,, „„(. disgninlion) est justement cchu ou
la mo le principale, la monade reine dégage ses
anciens sujets de leur lidMe service. - Ce départ, je le considère, ainsi que la naissance, comme un ,cte libre de celle monade principale (pn, dans son essence propre el intime, nous est conqdètemenl ui-
connue. . , n
,, Tont<-s les monades sont par lein- natme telle-
„„.„1 indestructibles que. même au moment de la dissolmion, lem- activité n'est ni suspendue ni perdue; :, ce monu'nl là même elle se continue. Les anciens "r.nports an milieu .les.piels (dies vivaient disparaissent mais sur-le-champ elles entrent dans de nouvenix Dans cet échange, tout est réglé d'après la „uissance intime que possède telle ou telle monade. Entre la monade, àme d'homme cultivé, et la monade d'an castor, d'un oiseau, d'un poisson, il y a évidem-
tlx)
APPE.\niCK
ment une énonne difUirence de desli„ée. Nous voilà donc revenus à la hiérarchie des âmes. q,.e „ous sommes forces d accepter, dès que nous cherchons à nous expliquer tant soil pe„ les ,.l,énomèn,.s d,. la „al,„e. .Swedenborg a abordé ee problèn.e. e(, pour ...xposer
ses niées. , s'est servi de i'i.uage la plus frapp!
Il couipare le séjour ..n se trouvent les âmes à m. espace divise en trois compartiments : le compartiment du miheu est le plus grand. Supposons maintenant que. de ces <l,vers compartiments, différentes créatures, telles que des poissons, des oiseau.x. des chiens des chats, se réunissent dans le compartiment le nh.s grand; cette CMmion-là formera à couj. sûr une so.'iété singulièrement mêlée! liais qu'en résnitera-t-il? l.e l'iaisn- .1 être tous ensemble ne durera pas longtempsos extrêmes dift'érences d'inclinations feront nailrè l.ientot une guerre non moins extrême, et chamie être fimra par se rapprocher d,. son s,.,ublable: le poisson na avec les poissons, l'oiseau avec les oiseaux le chien avec les chiens, le chat avec les chais ei. chacune de ces races cherchera en mêm.. le.nps'..,, logement séparé. -Xons avons là l'histoire ,.xaele de nos monades après la cessation de lem- vie (enestre Chaque monade va lejoindre les monades de son espèce la où elles sont, dans l'eau, .lans l'air, dans la b'ire, dans le feu, dans les étoiles: et le penchant s,.cret qn. les y conduit renferme en même temps le secret de leur destination future.
« Pour l'anéantissement, il n'y a pas à y pensermais être saisi par une monade puissante et cependant d'ordre inférieur, el .ester sous sa soumission c est la un danger réel pour nous, el la simple obser-
PHILOSOPIIIE DE GOETHE
APPENDICE
vation de la nature n(» m'a [)as, pour ma part, mis tout à fait à l'abri de cette crainte. »
A cet instant un chien dans la rue iit entendre plusieurs aboiements. Goethe, qui a une antipathie innée contre les chiens, s'élança vivement à la fenêtre et cria : « Fais tout ce que tu voudras, larve, je saurai bien m'airanger de manière à ce que tu ne m'attrapes pas et ne me soumettes pas à toi î » Saillie bien étrange pour celui qui l'aurait entendue sans connaître l'ensemble des idées de Goethe, mais au lect(îur qui ne l'ignore [)lus, elle paraîtra toute naturelle.
Goethe se tut quelques moments, puis il reprit avec un ton i)lus calme : « Cette basse racaille de notre monde se permet vraiuuMit trop d'orgueil : dans ce coin de l'univers où roule notre planète, nous nous soumies trouvés avec toutes ces créatures inférieures, vraie lie (h's monades; et si on apprend sur d'autres planètes que telle a été notre société, elle nous fera
peu d'hoiuieur. »
Je lui demandai si, selon lui, les monades, passées dans un nouvel état, conseivaient conscience du passé. Goethe iiu^ répondit : « Il y a certainement pour elles «ne vue générale de leur histoire, connue il y a aussi parmi les monades des natures plus hautes ([ue la notre. La monade d'un monde peut, du sein obscur de ses souvenirs, faire sortir beaucoup d'idées qui auront les a|)parences d'idées prophéti(pu's et qui cependant au fond ne seront que les souvenirs confus d'une vie antérieure écoulée, et par conséquent un acte de la mémoire. C'est ainsi (jue le génie de l'honnue a mis à nu les tables s'ur les(ju(dles étaient inscrites les lois qui ont ])résidé à la naissance de l'univers: une
forte tension de Tesprit n'aurait pas suffi; il a fallu un souvenu- qui, comme un éclair, est venu briller dans nos ténèbres, souvenir de la création à laquelle notre àme assistait. Il serait téméraire de vouloir fixer une mesure précise à ces lueurs subites et passagères qui viemient briller un instant dans la mémoire des hautes natures. - Je ne vois rien dans notre pensée (pii répugne à accorder à la monade d'un monde cette persistance de la conscience, entendue ainsi d'une façon générale et historique.
« Quant à ce qui nous regarde nous-mêmes, il semble que les existences que nous avons déjà traversées sur cette planète soient, considérées dans leur ensemble, trop peu importantes, trop médiocres, pourqu une grande partie de leurs événements ait été jugée cligne par la nature d'entrer dans une seconde mémoire. Même dans notre état actuel, il faudrait, parmi nos souvenirs, faire un grand choix, et il est probable que, plus tard, notre monade principale n'aura de cette vie qu'un souvenir sommaire, c'est-à-dire n'en gardera dans sa mémoire que quelques grands moments liistori({ues. »
Ces paroles de Goethe me rappelèrent tout à coup vwMi pensée analogue que ilerder, dans un moment de sombre humeur, avait un jour exprimée devant "101 : — « \ous sommes maintenant, disait-il, sur cette place de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, tous les deux I un en face de l'autre, et j'espère que nous nous reverrons de même ailleurs, peut-être dans Uranus; niais que Dieu me garde d'emporter dans cet autre monde, par exemple, l'histoire de mon séjour à Weimar et le détail infini de l'existence que j'ai menée,
■fi
"76 Î'IIII.OSOIMIIK OK GOETUK
(|uan(l \v pmcourais ces rues hàtics \v loii'i i\v rilni ! Un pareil [uésent l'ail à mon «'Ire nouveau serait pour moi le plus grand des lournienls et le i)lus -rand des eliàtinientsî »
,( __ Si nous voulons iKrns lancer dans les eonjerlures, continua Goethe, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait empêcher la monade à hupielle nous devons rapparition de Wieland sur notre planète de pénétrer, sous sa nouvelh» l'orme, les lois suprêmes de cet univers. Le travail assidu, le /Me, l'intelli-enee à Vaidc» desquels elle s'est assimilé tant de siècles de rinslonv de ce monde, la rendent dignede tout. — Je ne serais nullement étonné, et toutes les vues que j'ai seraient pleinement eonlirmées, si, dans des siècles, je rencontrais un jour Wieland monad<' d'un monde, étoile de première j^randeur, éclairant tout ce qui l'entoure d'un jour aimahle, répandant tout autour d'elle le rafrai- 'chissement et la joie. — Vraiment î donnerla Immère et la clarté à cpielque nuageuse comète, ce serait la une mission faite pour plaire à la monade de notre AVieland. Quand on pense à l'éternité de ces monades des mondes, on ne peut accepte]' pour elles d'autre destination (pie celle de prendre une part éteinelle aux joies des dieux, en s'associant à la l'élicité dont ils jouissent comme l'orces créatrices. A elles est conliéi' la naissance perpétuellement nouvelle de toidc la création ^ Appelées ou non appelées, elles viennent
I. Uns Werdni der Scha'pfuHy. Cc^l a\U'rcr un peu lo sous .Ir Werden que d'v voir seuloiniMit l'idée «le <léveloppenienl. Werden doit faire entendre que le monde naîtéteruellenient ; «lire que le monde rs/. eo n'est pas assez ; il iv7 ; et comment vit-il? Il vit éternellement a
l'état naissant. Donc il est au-dessus ilu temps. , , .
[Sotc du traducteur.
APPEMHCi:
|lell,.s.,nèmes ,.„• loules l.s loules, ,1,. I„„l,.sl,.s, nonlaines, (le toutes les mers, ,1e toutes les étoiles- „„i !-l l.'s arrèler? Je suis sur que là où vous „,e vôv,', rs"isJe,,.ve,„Muille(oisel,,uej-y,.evi,.n.l.-,.i.ni|i;.
ms encore. ,,«|'.nU.,lis-je,,„.isjV ne sais,,,, s s. .1 appellerais ,u, retour „„ r..t„ur sans eonseienre car celu.-la seul levient ,,ui sait .,u-il a .léjà élé iei" Kn observant la „alu,-e, dites-vous aussi, ,ies souvenirs voi.s sont venus comme des lueu.s brillantes so l.-..,l de ces étals anlcrieurs du u,on,l,. anx,,nels votre monade assistait peut-être, mail.esse alors dellememe; m.n.s tout cela ne repose enfin ,„e sur un peut-etre. Pour.L.s questions aussi imposantes, jai.nera,s m.eux ,ne coire capable darriverà une plus grande .■orl.tude que celle qui est donn.V par ces n.-essenti- ..HM.ts et ces éclairs du génie, .«clairant pa.lbis les scnbres abunes ,1e la cV-alion. Kst-,e ,,„' „ous ne senons pas pi,,. ,„,. ,1e ce bu,, en supposant au cen- '; ''"' '" «•'val.on une mona,le principale, douée 'I amour, et se servant de to„l,.s les ,nona,l,.s de cet ".n.veis placH-s au-dessous .r,.|le connue notre âme se sert des u,ona,Ies iniï.,ie,u-es sou.nis.-s à notre d<n,endance? ^
- « Je ..'ai ,ien à opposer à ,ctte conception, repond. Goethe, .-onsi.lé.ée conmie foi; mais je n'ai pas I hab.tude ,1e don,,,.,, une force dén.onslrative à des ,dees qu. ne leposent pas sur un j.hénomène sen- Mi' e Ou,, s, nous connaissions bien notre ,.ervelle et lehen ,j„i Punit à IVanus, et les millieis de fils entrcnèles sur Ies,,uels passe et lepasse la pensée ' Al.nis nous n'avons le sentiment des c-clairs de pensée -1" au n,o„„-nt où ils nous Irappent ! \ous ne connais-
578 rniLOSOPHIK [)E GOETHE
sons que les ganglions, les parties extérieures de la cervelle, mais de sa nature intime nous ne savons pour ainsi dire rien! Que voulons-nous donc savoir de
Dieu?.... ^ ,
« On a pris beaucoui) d'ombrage de cette parole
de Diderot : « Si Dieu n'est pas encore, il sera peut- « être. » Mais suivant les vues que j'ai sur la nature, et d'après ses lois, on conçoit pourtant Urs bien l'existence de planètes que les monades supérieures ont di^à abandonnées, ou dans lesquelles les monades n'ont pas encore reçu le don de la parole. Il ne faut par exeuq)le qu'une constellation, qui ne se rencontre pas tous les jours, il est vrai, pour (pie l'eau disparaisse et que la terre se sèclie. De même (pi'il y a des planètes d'bouunes, il peut y avoir très bien des planètes de poissons et des planètes d'oisismx où Dieu n'existera pas. Dans une conversation avec vous, j'ai aj)pelé un jour riiomme le premier entrelien de hi nature avec Dieu. Je ne doute pas (pie sur d'autres planètes cet entretien ne se fasse d'une manière bien plus baute, bien i)lus profonde, bien plus raisonnable. Il nous manque aujourd'liui, à nous, mille connaissances. La première qui nous manque c'est la connaissance de nous-mêmes; toutes les autres ne viennent (ju'après celle-là. A parler rigoureusement, je ne peux rien savoir sur Dieu au delà des conclusions que me permettent de tirer les pbénomènes sensibles dans le cercle assez étroit desquels je suis enfermé sur cette planète. - Mais cela ne vent pas dire du tout que, par cette limite imposée à notre observation de la nature, une limite soit imposée a notre foi. Au contraire, en pensant à ces sentiments
AIM'EXDICE 7,79
divins qui s'imposent à nous d'une façon immédiate, il est naturel d'admettre que la science ne peut exister que commet un fragment informe dans une planète comme la notre, airacliée violemment aux liens qui la réunissaient au soleil; toute observation y reste forcément imparfaite, et justement pour cette raison, la foi vient la compléter et combler ses lacunes. Déjà, à l'occasion de ma tlic-oric des couleurs, j'ai remarque'' qu'il y a des plu^nomènes primitifs dont il est inutile de vouloir, par des recliercbes, troubler et déranger la divine simplicité: on doit les abandonner à la raison pure et à la foi. — Faisons d'ai'denls efforts pour pénétrer par les deux C(Més; mais en même temps conservons sévèrement au milieu d'eux la ligne de démarcation î Ne cliercboiis pas les j)reuv(>s (leœ qui n'est pas susceptible d'être prouvé; car autrement nous laisseions dans notre construction, pnUendue scientifique, des témoignages de notre insuffisance que la postérité découvrira tôt ou tard. Où la science suffit, la foi nous est inutile: mais où la science perd sa force et ])araît insuflisante, il ne faut pas contester ses droits à la foi. — Dès que l'on part du principe (|ue la science et la foi ne sont pas là pour sedtHruire, mais ponr se compléter, on arrive partout à la connaissance du vrai. »
Il était lard lors(pie je quittai Goetlie. A mon depait, il m'embrassa le front, ce qu'il ne faisait jamais. Je voulais descendre les escaliers sans lumière, mais il ne le souffrit pas : il me retint par le bras jusqu'à ce (pie quelqu'un, qu'il avait sonné, vînt m'éclairer. — J'étais d('jà à la porte, il m'avertissait encore de bien me garantir de l'air froid de la nuit. Je n'ai
jamais vu et plus tard je ne vis jamais Go<»the dans une disposition aussi attendrie que ce jour des funérailles de Wieland. Dans la conversation (pi'il m'a tenue ce jour-là se trouve l'explication de bien des traits originaux et aimables de ce caractère, si souvent méconnu.
{Conversation avec Falk, traH. do )I. Délorot.)
APPENDICE
ÔSl
qui vit et opère et existe en lui ne soit jamais dépourvu de sa force, de son esprit.
Dans l'intérieur est aussi un univers : de là l'usage louable des peuples, que chacun nomme Dieu, ''et même son Dieu, ce qu'il connaît de meilleur, lui abandonne le ciel et la terre, le craigne et, s'il est possible, l'aime.