‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 135 sur 140 · TESTAMENT · texte numérisé non relu

TESTAMENT

Aucun être ne peutt(jmber dans le néant: l'essence ohn'nelle ne cesse de se mouvoir en tous; attachezvous a la substance avec bonheur. La substance est nnpérissable, car des lois conservent les trésors vivants dont l'univers a liiit sa parure.

La vérité était trouvée depuis longtemps ; elle a réuni

es nobles esprits; l'antique vérité, sachez la saisir.

l'ils ( e la terre, rendez grâce au sage qui lui apprit à

circuler autour du soleil, et prescrivit à sa sœur la

rouie qu'elle doit suivre.

Et maintenant portez votre vue au dedans de vousmême: vous trouverez au fond de votre être le guide dont aucun esprit ne saurait douter. Vous ne manquerez pas de règle, car la conscience indépendante est le soleil de votre jour moral.

Vous devez ensuite vous fier aux sens; leurs impressions ne sont jamais fausses, si votre raison vous tient éveillé. D'un vif n^gard, observez avec joie, et marchez avec fermeté comme avec souplesse, à travers les campagnes de la terre féconde.

3Xi l'HlLOSol'IllK DE (iotTHK

Usez modérément de l'abondance; que la raison soit partout présente, quand la vie jouit de la vie; ainsi le passe est stable, l'avenir est d'avance vivant en nous, le moment présent est réternité. Et, si vous avez enlin réussi à vous persuader pleinement que cela seul est vrai, vraiment existant, qui rend l'esprit fécond, alors, observez le cours général des choses et, le laissant aller son train, vous, associez-vous au petit nombre. \A comme de tout temps, le philosophe, le poète, suivant leur propre choix, ont aimé à travailleren silence aux œuvres intérieures de leur espiit, (pie ce soit là votre sort; il n'eu est pas de plus beau assurément : ([u'y a-t-il de plus enviable que de jouir d'avance i\vi^ joies réservées aux plus nobles âmes?

PARAilASE

Yoici bien des années que mon esprit, avec joie, avec zèle, s'était efforcé de rechercher, de découvrir, comment la nature vivante opère dans la création : et c'est l'éternelle unité cpii se manifeste sous mille formes; le grand en oetit, le petit en grand, toute chose selon sa propre h ; sans cesse alternant, se maintenant, près et loin loin et près; formant, transformant Pour admirer je suis là.

LA MtTAMOiU'HOSE UKS PLANTES

appk.vdicf:

Ma bicn-aimée, il te confond, le mélange infini

Hes n..,.« ,,,„ peuplent en Coule ce jardin; tu er,ends beaucoup de noms, et avec leurs sons barbares. ' "■; "■''••"^^^ ■'-"■•e .le ton oreille. Toutes les formes sont se.„blabl,.s. et aucune n'est pareille à l'autre • ;'."S. I ensemble décèle une secrète loi. une sainte

l^n.gme. Oh! s. je pouvais, n.on aune, feu livrer d'àbord le mot heureusement ! Observe la ,,lante dans sa naissance : connue, conduite par dcfirés, elle se forme peu a peu en Heurs et en fruits ! Elle se développe <le la semence, aussitôt que le sein mvstérieusement fécond de la terre fait doucement pasM-r le «erme à la vie, et conlie d'abord à l'action de la lumière sacrée incessamment mobile, la frêle structure .les fcMiilles naissantes. La f.)rce sommeillait simple dans la semence; comme un type naissant, renfermés en euxmêmes, demeuraient plies sous l'envelopp,.. r,.„i||ps racines et germes demi-formes, incolores: la -rainé s.;che renfeiiue et gar.le une Iran.juille vie: ,.||e surgit, s élance, se fiant à l'humidité propic-, et se dégage aussitôt de la nuit .pu r.-nvironne; mais la forme de la première apparition reste simple, et, même parmi les plantes, se remarque aussi reniant. Aussitôt après, une autre impulsion succède et renouvelle toujours, nœuds sur nœuds échafaudée, la première igure : „on pas toujours pareille, il est vrai; car la feuil e suivante se développe toujours, tu le vois, avec une forme diverse, plus étendue, plus dentelée, plus découpée en pointes et en lobes, qui, sou.l.'s auparavant, reposaient dans l'organe inférieur. C'est ainsi seulement que la plante arrive à sa plus haute perfection qui, dans mainte espèce, excite ton étonnemcnt Oeployee en nervures et en 'dentelures sans nombre

380 riiiLosuriiiL DE goi:tiii:

sur la iï'iiille vi^oniensc ci hixurianlv, la richesse de la vé';élalioii seiiihle èlic lihie et inlinie : cependant la jialme, de ses mains |)iiissaiites, arrête la croissance, et la mène doucement à un état pariait. Klle conduit plus modérément la sève, élrécit les vaisseaux, <'l la iorme annonce d'ahord des elTets plus délicats. L'essor des [)arlies extérieures se réduit jk'U à peu, et les cotes de la tiiie achèvent de se former : mais soudain s'élève, sans leuilles, le pédoncule délicat, et une merveilleuse ima^e attirt^ l'observateur. Des folioles, en nondjre iixé ou indéterminé, se disposent en cercle, chacune à côté de sa pareille; serré autour de l'axe, se distinj-ue le calice protecteur, ([ui laisse sortir, pour le développement suprême, les pétales C(dorés. Ainsi triomph(! la nature dans sa haute et complète manileslalion ; idie montre, membre à m(Mid)re, h)us ses oj'ganes avec oidre étages. C'est toujom> avec juie surprise nouvelle <pu' tu vois, sur la tige, la lleur se balancer au-dessus du frêle échafaudage des feuilles changeantes. Mais cette magnilicence est Faugure d'une création ncmvelle. Oui, la feuille colorée sent la main divin»* et se replie soudain ; les formes les plus délicates se produisent deux à deux, destinées à s'unir; les voilà secrètement asseuddés les c()U|des charmaids; ils se rang(;nt nombreux autour de l'aulcd sacré; hymen arrive à lire-d'aile, et les émanations exquises, puissantes, répandent un doux parfum qui anime tout alentour. Alors se séparent et s'enflent soudain des germes innoud)rables, tendrement enveloppés dans le sein maternel des fruits turgescents. Ici la nature clôt le cercle de son étern(dle activité, mais un nouvel être é.'enldct d'abord lu précèdent, atin que la chaine se

APPENDICE 587

prolonge à travers tous les âges et que l'ensendjle vive comme l'individu. Tourne à présent, ô mon amie, tes regai-ds vers cette foule bigarrée, (pii ne s'agite plus confuséuient devant ton esprit. Chaque plante faimonce les lois éternelles; chaque lîeur te parle un langage de plus en plus disthict. Mais, si tu déchilTres ici les caractères sacrés de la déesse, lu les vois ensuite partout, même quand le trait est changé : que la chenille rampe lentement, (pie le papillon vollige em|)ressé, (pie l'homme lui-UKMue change par l'art sa figure naturelle. Oh! songe aussi, connue du germe de la connaissance se forma chez nous peu à peu la douce habitude; l'amitié se développa avec force dans notre sein et l'amour produisit enfin des fleurs et des fruits. Songe avec quelh; variété la nature, déployant mille formes tour à tour, les a prêtées à nos sentiments ! Jouis aussi du jour présent ! L'amour sacré aspire à la siqn'ême jouissance; de sentiments [)areils, de vues pareilles, sur h's cli(>s<'s, afin (pie, dans une harmonieuse cont(^nq^lation, le coiqde s'unisse et trouve le monde supérieur.

Li'lUlWILMA

])ans la contenq)lation de la nature, vous devez toujours considérer l'individu comme unenseudjle; i ien n'est dedans, rien n'est dehors, car ce qui est dedans est dehors. Conq)renez ainsi sans retard le mystère saint et manifeste.

Prenez plaisir à r;q)parcnce vraie, à lamuoemenl

3S8 niILOSOPHIR DE GOETHE

sérieux; millt' chose vivante n'est jamais une, elle est

toujours plusieurs.

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