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Vérité et Poésie, troisième et quatrième parties, passim

Lettre du pasteur à ses collègues, une de ces petites compositions de sa première jeunesse que Goethe appelle lui-même sibyllines, et qu'il avait écrites sous l'inspiration de la théologie équivoque de Hamann, le mage du Nord. Certain passage de cette Lettre, où se trouvaient indiquées des vues sur un christianisme romantifjue, avait beaucoup frappé Lavater, qui écrivit à l'auteur. Sa correspondance devint Jjientôt très active avec ce jeune homme, qui pouvait devenir un brillant adepte. Il entreprit de le convertir d'abord au christianisme pratique, expérimental, sans doute pour l'amener ensuite au système physiognomonique ; mais il rencontra une résistance inattendue dans la première partie de son programme. — « Mes relations avec la religion chrétienne étaient tout entières d'intelligence et de sentiment, et je n'avais pas la moindre idée de cette parenté physique, de cette identité réelle avec le Christ à laquelle Lavater inclinait. Je trouvai donc fâcheuse la vive importunité avec laquelle il me poursuivait, soutenant qu'on devait être chrétien avec lui, chrétien à sa manière, ou bien qu'on devait le convaincre aussi de la vérité dans laquelle on trouvait son repos. Quand il finit par me présenter ce dilemme rigoureux : ou chrétien ou athée, je lui déclarai nettement (pie, s'il ne voulait pas me laisser mon christianisme tel que je l'avais nourri jusqu'alors, je pourrais bien me décider pour l'athéisme, d'autant plus que personne ne me semblait savoir exactement ce qu'étaient l'une et l'autre croyance. » La vivacité de cette repartie ne troubla point la bonne harmonie des deux correspondants, qui étaient devenus amis à distance. La foi

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de Lavator dans sa doctrine, sa douce obstination ne se décourageaient pas pour si peu. D'ailleurs, religion à part, Goethe prenait un vif intérêt au système de Lavater, et il fut ému comme le |)uljlic à la nouvelle de la prochaine arrivée de l'honnue célèbre dont les idées étaient devenues le sujet de toutes les conversations, le texte de toutes les controverses. « Notre première eqtrevue fut cordiale, nous nous embrassâmes avec la plus vive affection. Je le trouvai tel que de nombreux portraits me l'avaient déjà fait connaître. Je voyais devant moi, vivant et agissant, un personnage unique, distingué, tel qu'on n'en a point vu et qu'on n'en verra plus. Lui, au contraire, il laissa paraître dans le premier moment, par quelques exclamations singulières, qu'il s'était attendu à me voir autrement. Je lui assurai de mon côté, avec mon réalisme naturel et acquis, que, puisqu'il avait plu à Dieu et à la nature de me faire ainsi, nous devions nous en contenter. » Malgré tout, malgré la confiance de Goethe en lui-même et dans sa nature originale, je suppose qu'il eût été flatté de produire une autre impression. Il avoua lui-même plus tard qu'il avait toujours éprouvé auprès (h; Lavater une certaine angoisse. « En s'emparant de nos qualités par son art de divination, il devenait dans la conversation le maître de nos pensées. » L'impression que produisit Lavater en Allemagne fut vive. « Son regard doux et profond, sa bouche expressive et gracieuse, et jusqu'au naïf dialecte suisse qu'on entendait à travers son haut allemand, bien d'autres choses encore qui le distinguaient, donnaient à tous ceux auxquels il adressait la parole le calme d'esprit le plus agréable; son attitude même, un peu

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