CHAPITRE I
penchée en avant, qui tenait à la conformation de sa poitrine, contribuait sensiblement à établir une sorte de niveau entre cet homme supérieur et le reste de la couq)agnie. » La mystique amie de Goethe, Mlle de Kletlenberg, ne fut pas la dernière à fêter l'arrivée du pieux personnage. Ces deux folies douces se comprirent aussitôt. Elle quitta son laboratoire, ses fourneaux et l'espoir de la pierre philosophale pour ces plaisirs d'un ordre supérieur, ces voluptés toutes spirituelles de l'extase en conuuun. Goethe était le confident, mais mi confident bien dissipé, un peu mécréant, tantôt frivole, tantôt sceptique. «Les relations mutuelles de mes deux amis, leurs sentiments l'un pour l'autre, m'étaient connus, non seulement par leurs entretiens, mais aussi par les confidences qu'ils me faisaient tous deux. Je n'étais parfaitement d'accord ni avec l'un ni avec l'autre, car mon Clirist avait aussi emprunté à ma manière de sentir sa figure particulière. Et comme ils ne voulaient nullement me passer le mien, je les tourmentais par toute sorte de paradoxes et d'exagérations, et, s'ils me témoignaient de l'impatience, je m'éloignais avec une plaisanterie, quelquefois avec un raisonnement. En matière de croyance, leur disais-je, l'essentiel, c'est de croire ; ce que l'on croit est complètement indifférent. La foi est un grand sentiment de sécurité pour le présent et pour l'avenir, qui repose sur la confiance en un être infini, tout-puissant et impénétrable. L'essentiel est que cette foi soit inébranlable. Quant à la manière dont nous nous représentons cet être, elle dépend de nos autres facultés, des circonstances mêmes, et elle est tout à fait indifférente. La foi est un vase saint dans lequel chacun est prêt