‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 17 sur 140 · ET SPINOZA · texte numérisé non relu

ET SPINOZA

Goethe s'était séparé brusquement de Lavater. En même tenq)s et du même coup s'était terminée pour lui cette période, remplie d'obscurités et de contradictions, pendant laquelle l'illuminisme et le scepticisme se disputent l'orageux empire de ce grand esprit en voie de formation, et que l'on pourrait appeler d'un mot qui lui est cher, les années d' apprentissage (lu jeune Wolfgangàla recherche d' une philosophie . Après quelques tentatives avortées pour s'entendre avec les Moraves, dont la doctrine commençait à poindre, Goethe renonça définit^ement aux voix mystiques, pour lesquelles il n'était pas fait. Le résultat le plus clan- de tous ces efforts contradictoires fut que le vieux fond de christianisme conservé depuis son enfance se décomposa dans son esprit, et que la dernière barrière était tombée, quand il se mit à re, lire et à méditer Spinoza. Si \ix poésie, comme il aimait à le dire, fut sa délivrance pour tous les cha.

^rins et les désespoirs de sa jeunesse, le spinozisme fut, à cette lieure de sa vie, son affranchissement pour les incpiiétudes et les a<;itations sans but de sa pensée, pour toutes les tentations de cette mobile et fantas(|ue curiosité (pii l'égarait dans le chimérique en poursuivant l'inconnu. Après tout, pour ce libre génie, que le Christianisme n'avait pu retenir, qui ne connaissait la vraie métaphysicpie que par des traditions affîiiblies d'école, mi«;ux valait cet entretien viril avec un penseur du premier ordre qu'un commerce affadissant avec l'alchimie sentimentale de Mlle de Klett(ud)erg ou la Chrisfologie humanitîure de l'onctueux Lavater. Avec Spinoza, il s'imagina qu'il rentrait enlin dans la j)leine possession de luimême et dans la direction naturelle de son esprit. Sa nature crut se reconnaître dans rins[)iration générale de VÈlhique. Ce fut véritablement pour lui un apaisement et une délivrance.

C'est dans un séjour à la cauq)agne, chez Jacobi, que cette claire révélalicm du spinozisme se fit ou plutôt se conlii'ma dans son esprit. La date de cet événement resta mémorable pour lui, et il la célèbre avec une sorte de solennité dans ses annales. Il s'était dt\jà senti vivement attiré de ce coté. A Francfort*, il avait trouvé un jour dans la bibliothèque de son père un [)elit livre dont l'auteur coud)altait avec passion Spinoza, et, pour produire plus d'effet, avait placé le portrait du juif hollandais en regard du titre avec cette inscription : Signiini reprobationis in viiltu gerens. « Et certes on ne pouvait le nier à

i. Vérité et Poésie^ quatrième partie.

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