CHAPITRE II
et a se porter au loin. Peu à peu il voyait fuir les rivj's de sa pensée et la sentait elle-même, apaisée, |;lai-g.(N drscndre avec Spinoza vers cet autre océan 1 inlini. '
Il .uriva ainsi à Peu.pcllort, dans la famille du oHobre Jacobi dont il nous a laissé «„c peinture .-n.lianferesso. On .sont à rémotion de récrivain 'f";md, après tant d'années écoulées, après tanl d -ven.Muents .pu «levaient séparer Goethe et Jacobi |l -•<;...,•.> les jours passés au nnliou de cette aimable fannlle, dans le plus riant séjour, ,,uil y eut là queI(p,es-unos de ces heures privilégiées de la jeunesse, de I ani.li.., ,p,i ne reviennent plus. 11 n'v n vrannent rpi^un moment dans la vie pour ces '•lusmns, pour cet épanouissement de lame, pour cette plénitude de bonheur intellectuel et d'harmonie morale II faut pour cela non seulement une ren- '■'""!■;■ '•'■ '•'.'•«•"«'«"'■«^s inesi,érées, la saison propice 'H. s,te n.spnateur, de longs et doux loisirs, ratmospl.,.re sya.path,que d'une société affectueusement -l-see, .1 fa., aussi cette liberté d'espH qu age enl,.ve. Plus fard, la vie accentue un ieu tîon I.;h .nlelhgences et les caractères; chacun a' "i 1 I" •!<• son Idée ou de son habitude morale; les in-' lelhgences peuvent s'harmoniser encore, les Ames ne ponvent plus se fondre. D'ailleurs, la période d„i! .al,on une fo.s achevée dans l'existence de chacun d.' nous, ou trouver ces ardeurs candides et fraterneles, ces élans en commun vers la vérité à peine entrevue ou enco,e invisible, celte émulation des nobles |nr.os,tes qu. cherchent ensemble bien haut, aussi liant qu elles peuvent monter, cette bonne foi absolue
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en face de l'inconnu inuuenso ou cetto cl.arito de la pensée qui ne croit J.as s'appauvrir en partasioa.it In divin trésor? Heures inspirées, jours remplis des plus poétiques travaux, soirées affectueuses où chacun communique librement ses inspirations du jour nuils consacrées aux entretiens les plus graves, prcdouges lusqu'au matin, Goethe a co.uni vos belles ivresses, et dans quel style ému il en a fixé le souvenu-
« Je trouvais infiniment attrayante et agréable la tendance naturelle de Jacobi à pomsuivre 1 impénétrable. Ici ne se produisait aucune conlioverse chr.>tiennc comme avec Lavater. Les pensées .lue me communiquait Jacobi jaillissaient directement de son cœur, et comme j'étais pénétré, lors.p. il me révélait avec m.c confiance absolue les plus intimes aspnations de son àmc ! Dans la première action et reaction des idées contradictoires qui s'étaient succède dans mon esprit, tout fermentait et boiuUomiait en moi. Jacobi, ;. qui je laissai apercevoir ce chaos, ui qui était nalurelument porté à descendre dans les profondeurs, accueillit avec cordialité ma conliance, Y répondit et s'efforça de m'initier à ses idées. Lui aussi il éprouvait d'inexprimables besoins spirituels, lui aussi il refusait de les apaiser par des secours ctran-'ers: il voulait se former et s'éclairer lui-mcuuc. Cettc"pure parenté intellectuelle .p.e je sentais avec lui était nouvelle pour moi, et m'inspirait un ardent désir de continuer ces échanges d'ulees. La mut, quand nous étions déjà séparés et retirés dans nos chambres, j'allais le visiter encore; le reflet de a lune tremblait sur le large fleuve, et nous, a la fenêtre, nous nous abandonnions avec délices aux
CIIAl'lTUE U
(4)ancheiaents mutuels qui jaillissent avec tant d abondance dans ces heures admirables d'épanouissement.... Je jouissais ainsi profondément d'une laison formée par ce qu'il y a de plus profond dans les âmes. Nous étions animés tous deux par la plus vive espérance d'exercer une action commune. Je le l'icssai d'exposer vigoureusement sous une forme quelconque, tout ee qui fermentait dans son esprit- «■Vlait le moyen dont je m'étais servi pour m'arra' dm- aux troubles qui m'avaient obsédé : j'espérais aussi qu'il trouverait le moyen de son goût. Il ne larda j.as à se mettre à l'ouvrage, et que de choses bonnes et belles et satisfaisantes pour le cœur n'a-t-il pas produites ! Nous nous quittâmes enfin dans le délicieux sentiment d'une éternelle union) bien éloigiK's de pressenlir que nos tendances suivraient l'iK- direction o|)posée, comme il ne parut que trop I';"- la suite '. ,> Je ne sais trop par quelle affinité d idées cette page de Goethe me rappelle irrésisl.biement celle de M. Jouffroy où le mélancolique l-'-nseur raconte par quelle suite d'impressions, dans «'"c Insle et longue nuit d'hiver, il se vit dépossédé de son tran.juille bonheur, de la foi de son enfance, Il sentit « sa première vie, si riante et si pleine, s éteindre, et derrière lui s'en ouvrir une autre sora- '•'•-■ et dépeuplée où désormais il allait vivre seul se.d avec cette fatale pensée qui venait de l'y exiler Cl qu il était tenté de maudire. .. Je m'empresse de le dn-e, les impressions que produisent ces deux pages, eelle du poète et celle du philosophe, sont des im