‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 21 sur 140 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tant à une action commune, et s'emparant dtVjà en pensée de l'avenir qu'ils comptent dominer, toute cette scène n'est-elle pas en harmonie avec cette tranfpiillité superbe qui sera le caractère même du génie de Goethe? Nous le voyons ici, à ce moment de sa vie où le chaos ih ses idées se débrouille, où, l)acifié dans ses troubles intérieurs, réconcilié avec ses instincts, il sent tressaillir en lui des facultés presque infinies que, jusqu'au dernier jour d'une longue vie, la plus heureuse fécondité ne devait pas tarir. Dans l'écroulement de ses croyances passées, m angoisses ni désespoir ; au contraire, une sécurité complète qui se fait en lui en face du problème des choses, fondée non sur l'espoir de le résoudre, mais sur une confiance absolue en soi, sur une foi dans son génie assez forte pour se dispenser de tout point d'appui extérieur , sur l'orgueil presque olympien de la pensée, qui se console de ne pas remplir toute la sphère des idées, ni celle de l'art, par la certitude q«i aucune pensée mortelle ne la remplira. Encore une fois, ce n'est pas là un rapprochement factice que nous avons cherché, c'est un pur contraste de sensations qui nous poursuit. 11 y a ainsi de ces associations singulières d'iuq)ressions qui s'imposent à vous, que cormaissent bien tous ceux qui ont passé leur vie dans les livres, et dont on ne se délivre un jour qu'en les exj)rimant.

Onel était le sujet habituel de ces entretiens de Pempelfort dont on nous a transmis l'immortel souvenir ? C'était, nous le savons, la doctrine de Spinoza. Plus avancé que lui dans la méditation philosophique et même dans l'étude de Spinoza, Jacobi

cherchait à dirigor, à éclairer les efforts de son jeune ami vers son affranchissement déliiutif. Ici cependant se pose naturellement une question qui nous a souvent arrêté dans l'étude de Goethe : par quelles affinités électives Goethe s'est-il senti attiré de c(. côté? Comment a-t-il pu devenir spinoziste ? Luimême a hien aperçu cette singulière anlniomie de sa destinée philosophi([ue, et il a essayé de la resoudre en (luehiues mots. « On ne peut méconnaître, dit-il. qu'en cette circonstance encore la plus nitnue union résulta des contrastes.... Le calme de Spinoza, qui apaisait tout, contrastait avec mon élan, (pu remuait tout ; sa méthode mathématique était l opposé de mon caractère et de mon exposition poetupie, et c'était précisément cette; méthode régulière, jugée impropre aux matières morales, (lui faisait de moi son discii)le passionné, son admirateur le [dus prononcé. L'esprit et le cœur, rintelligence et le sentiment, se recherchèrent avec une sorte de sympathie nécessaire, et par elle s'accomplit l'union des êtres les plus différents. » Cette explication jetée en passant est incomplète et superficielle. Goethe s'approche de plus près de ce que je crois être sur ce point la vérité psychologique, lorsqu'il dit ailleurs « qu'il n a pas eu la présomption de croire entendre parfaitement un homme qui, disciple de Descartes, s'est élevé par une culture mathématique et rahhinique a une hauteur de pensée où l'on voit, jusqu'à nos jours, le terme de tous les efforts de la spéculation, » et surtout lorsqu'il ajoute « qu'il n'aurait pas voulu signer tous les écrits de Spinoza et les avouer littéralement, ayant trop hien reconnu qu'aucune personne

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