‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 23 sur 140 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

s'acconunoder à la diversité infinie des intelligences, plus fiuile aussi à saisir dansJa généralité des idées qui le résument et le traduisent pour tous ceux qui ne font pas de l'étude de la philosophie une étude de précision. Voici quelques-unes de ces idées qui constituent une sorte de spinozisme à l'usage des profanes. C'est, par exemple, ce principe qu'il faut bien se gard(»r de rien déterminer en Dieu, que déterminer Dieu, ce serait le limiter et le détruire, qu'il faut l'adorer comme l'Ineffable sans ajouter un mot à ce nom qui est le vrai. Ou bien encore ce sont ces' maximes : que l'iidini est tout, qu'il n'y a rien hors (le la sul)stance, que l'être infini est tout l'être, qu'il est cela en dehors duquel il n'y a rien, qu'il n'y a d'autre absolu que l'universalité des choses, que la substance est unique et qu'il y a contradiction et scandale pour la raison à essayer de concevoir la phnahté des substances, — que Dieu et le monde sont un seul et même ol)jet conçu sous deux aspects (hfférents, ici dans l'unité de son essence intelligible, là dans la multiplicité de ses déterminations. Dieu n'étant que le monde vu du c(Hé des idées, le monde n'étant que Dieu vu du c(jté de la réalité, — que hi nature n'est ainsi que la vie divine, le développement nécessaire, la manifestation de Dieu. Enfin ce sont ces axiomes du déterminisme absolu, à savoir que r(jrdre qui règne dans le monde est l'harmonie nécessaire résultant des actions et des réactions des phénomènes entre eux, que tout ce qui est doit (Hre et a sa raison d'être, qu'il n'y a pas plus de place pour la liberté, la noble chimère des métaphysiciens, «jue pour le hasard, la triste idole des (épicuriens ; que

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la contingence est une i>uie illusion aussi bien dans le monde de la conscience (lue dans le monde des sens, les deux mondes n'en formant (ju^un seul, re-»! par une loi unique; qu'ainsi la vraie piété consiste à adorer Dieu dans le monde et la vraie sagesse a se résigner à Tordre universel, lequel, n'ayant rien d'arbitraire, n'bumilie persoime, à subir la loi des choses qui n'admet pas de résistance, écrase les obstacles chimériques de l'orgueil rebelle sans même les connaître, et demande comme seul culte raisonnable à la moralité de l'homme de savoir se soumettre à la

divine fatalité.

Yoilà le spinozismc dans son inspiration générale, le spinozismc exotérique. C'est l'esprit du système moins le système. Tel nous l'avons vu renaître parmi nous. Le "spinozisme contemporain, celui (pii tend à prévaloir dans les esprits, est un naturalisme plus ou moins scientifique, plus ou moins poétique, selon la diversité des intelligences, bien plutôt que la sévère doctrine du Juif hollandais. En AUemagnt^ au tMnps de Goethe, on vit s'accomplir le même phénomène, la renaissance du spinozismc, mais transformé. Comme les formules sont incommodes par leur rigueur même, comme la déduction est pénible à suivre et les abstractions difficiles à saisir, on abandonna les théorèmes et les abstractions. La substance indéterminée de Spinoza ne se concevait guère ; on la transforma en une puissance plus sensible et plus saisissable à l'esprit, la nature. On dirait aujourd'hui que le monisme immanent ?,e substitua m monisme transcendant du maître. Ce fut quelque chose comme la métamorphose accomplie par ce Mélissus, un disciple iniidèle

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(le Parménide, que raille Aristote au premier livre de la Métaphysique, et qui, dénaturant la pensée du maître, changea runité selon la raison, l'unité abstraite et idéale du pur éléatisme, qu'il ne pouvait comprendre, en unité concrète et matérielle, Vunité selon la matière (io Iv xaià Xovov, to ev y.axàTYjv GXy;v). C'est un peu là l'histoire de cette brillante et tumultueuse résurrection du spinozismc au delà du Rhin avant l'heure des grandes épopées métaphysiques de Schelling et de Hegel, qui vinrent changer le cours des choses et porter sur d'autres formules, sinon sur d'autres idées, la passion des esprits.

Il semble que Lessing, initiateur puissant dans la <Tili(jue d'art, promoteur de la littérature originale i[n\ éclata tout d'un coup dans l'Allemagne etralîranehit de l'imitation française, fut en même temps le r«^élateur de ce spinozismc transformé. Il eut vers 1779 des conversations célèbres avec Jacobi, dans l«'S(pielles il ouvrit le f(md de son amc. « ^Ev xal Tuav, runité et le tout, le tout dans l'unité, je ne sais pas autre chose, » répétait-il sans cesse dans ces intimes entretiens. Ce qui ravissait son esprit dans les vues de Sjunoza telles qu'il les comprenait et les expliquait a Jacobi, c'était la subordination de toutes choses au principe universel, la soumission nécessaire et mora-

i^^ment sainte, quand elle est acceptée, de l'invidualidité Immaine à Puniversel, à l'infini. Lorsque, après la mort de Lessing, Jacobi, qui depuis quelques années Il était plus spiiioziste pour son propre compte, raconta dans de brillantes lettres ses entretiens avec l'auteur du Laotoon, ce fut le signal d'une polémique fameuse qui agita dans ses profondeurs IVuiie de rAHerna-ne

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