CHAPITRE III
mSTOIRE DE SON ESPRIT (sCITe). - SA PASSION POUR l'ÉTUDE DE LA N.VTUREv — SA VIE SCIENTIFIQUE.
S >l y a une philnsophie do Goethe, ce n'est pas "Innout ,l,ms l'étude des motnphysiciens qu'il faut -.. ehcrchor les origines contestables, la source plus •'» "mu.s lointaine et troublée; c'est dans l'étude <l'.ec e, assidue de la nature, c'est dans les réflexions '|u elle provoque, dans les vues générales qui en résu- ■Hont les pr.ne.paux aspects, que l'on peut espérer t-ouver le de.-nier mot de cette philosophie, l'histoire 'I- sa naissance et de sa formation. Le monde extérieur ' voila, selon Goethe, la source unique, éte.nellement '-;-'onde po,.r l'esp.-it. C'est le grand mystère qu'il -vvel,., sous mille formes variées, à ses amis, à ses ""In's, dans ses correspondances ou ses entretiens. Juand 1 honnête Eckermann presse de ses questions e poète I luteirogeant sur son a.t, sur la méthode ■' l'l"s haute et la plus sûre qu'il puisse appliquer à '"'l'..e de son esprit, pour solliciter l'inspiration "" acq„e.-.r la vraie science, je crois entendre à
02 PHILOSOPHIE DE (iOKTIlK
(lijKinc page Wagner, le serviteur lettré, le fainii us (le Faust. « S'entretenir avec vous, monsieur le docteur, quel honneur et quel avantage ! Demain vous me permettrez encore une ou deux (luestions. Je me suis applniué avec zèle à Tétude; je sais beaucoup, il est vrai, mais je voudrais tout savoir. » Les réi)onses diî Goethe soiit moins troublantes et plus clnires (pie celles de Faust. « Étudiez la nature, lui dit-il sans cesse, tout est là. Procédez toujours objectivement, comme ']eV m t'ait moi-même. On ne mérite ni le nom de po(Meni celui de savant tant qu'on n'exprime que (h^s sentiments, des idées personnelles. Celui-là seul nudité ce titre qui sait s'assimiler le monde et le peindre, s'il ('st pocHe, ou le décrire, s'il est savant. » 11 attaqnîiit avec vivacité la méthode et la culture d'esprit abstraite, int('rieure, qui a produit dans la poésie l'intiituation [wrsonnelle, l'attéctation, la manière, dans la i)hilosophie les rêveries de l'idéalisme. Pour lui, les épo- ([iK^s où cette tendance triomphe dans la pensée humaine, où chaque àme se replie sur soi, au lieu de s'épanouir et de se répandre au dehors, sont des (yo- (jues d'analyse, de préoccupation persoruielle, d'invention cliiméri(iue, sans réelle grandeur, sans fécondité véritable. « Soyez c(Ttain que l'esprit humain recule ou se dissout quand il cesse d(» s'occuper du monde extérieur... Notre temps est un temps de décadence, ajoutait-il en pensant aux excès de l'esprit spéculatif et de l'idéalisme abstrait qu'il n'aimait guère ; il se détourne de l'étude de la nndité, il est de plus en plus subjectif. Dans tout effort s(^rieux, durable, scientifique, il y a un mouvement de l'àme v(Ms le monde; vous le constatez à
toutes les époques qui ont vraiment mareiié en avant par leurs œuvres; elles sont toutes tounKvs vers \v UKUide (extérieur*. »
« l'on,- moi, jai toujours I.ioc,'.,looh.je(tiv,.H„.„t; ,, v.Hia 1 olo^^,. supnMuo que Gootl.c ai,„e à se décerner < ""S .... Ia.,g,,ge ,,ui „c penLait rien à èfc moins ';!''l>"q"'': ^l y a en lui abondance inépuisable <1 .nspn-atmn, vigueur calme et sans efforts, activité sans repos et sans fatigue, n'alfibuez pas à quelque <l"n oxeept.onuel un si rare privilège, vainqueur du ••'-'l's et ,,resque de la condition buu.aine; att.iiH.ez-le surto..t à la s.q.ériorité de sa niéli.od,. ,t de sa n. ture n.teile.tuclle, tout entière touinée ve.s I,. ''••l>o.s, réparant les .léfailianees et les appauv.isse- ""•<.ls do 1 esprit ,,ar un commerce assidu avec la '•'•alite vivante du monde, toujours jeune, qui lui <'<-mm,.nu,ue quelque cl.ose de sa fécondité et de ^<m elenuté. Si sa force d'àuie et de génie se renouvelle .nc..ssa.nment, c'est qu'elle participe dans sa "'••sure aux énergies créatrices qui renouvellent, sans s ep.nser jamais, la vie cosmique. Il ne s'est pas ""'<••■'>"• .lans renc<.inte glacée des mond.'s abstraits |n><- crée av,-c une stérile puissance la raison pure- " "« s est pas condamné, comme tant d'autres de ses conte.uporains, à vivre, si c'est là vivre av..c les pâles abstractions qui pe.iplent les espaces 'les, sans forme et sans lu.uièrc, de la j.enséc '.'teneu,v, ,solée, séparée de l'espace hospitalier et '•"■"faisant où se déploient les magnificences du -"onde sensdde. S'il y a eu chez lui quelque supé-
I. Couvcr>„lio,,s avec Eckermann, l. t", ,,. 235, l. H, „. ^M.
,^ MIILOSOPIIIE DK GOETHE
riorito .le talent, elle s'explique par ce fait soûl, qu'il ..'a jamais déserté la source où le talent s avive rt s-alinuM.lo. Il a toujours vécu dans la nature, avec elle, par elle; son éternelle tentation, c'a ete 1 universalité des .-lioses qu'il a ,.oursuivie avec des alternatives d'ardeur et de désespoir. Sa passion de connaître a é^-alé au moins sa puissance de créer. Sa sci..nce est pres.p.e aussi ambitieuse «pie son ,„-,,ie. Dans le long espace d'années .p.'.l remplit de M^s travaux poéti.p.es et de sa gloire, il ne cessa pres- ,„,o pas un jour de solliciter la nature par ses méditations, par ses expériences, de l'épier pour sur-
prendre ses révélations.
• Deux des plus brillantes manifestations du monde sensible la forme et la lumière, surtout, sembl..it ..voir eu' ..our sa curiosité d'artiste et de savant un In-ési.lible attrait. C.'s deux luanileslations sont liées entre elles dans la réalité comme elles le furent dans les "oùts et les études de Goethe. Sans la forme, «|ui donne les surfaces, la lumière n'existerait pas ,iour nous. Sans la lumière, que serait la fomie? 1 ure révélation d'un sens unique, le toucher, elle n aurait plus pour nous ce cliarme des ensembles harmonieux et des proportions élégantes qui ravit n..s regards. La l.Muière ne crée pas la forme, mais elle la ivvele. Lumière et forme, ces deux mots expliquent la beauté du monde visible : ils contiennent toute l'esthétique de la nature, j'oserais presque dire qu'ils résument le ..énic de Goethe. N'est-il pas un adorateur de la forme celui que les Allemands appelèrent le grand païen ! (> qu'on nomme son b.'llénisme, n'est-ce pas son amour passionné de la beauté physique, épurée,