CHAPITRE m
mais un ensemble de forces dont il a pénétré les actions et les réactions réciproques, dont il a saisi l'harmonie, dont en une certaine mesure il dispose. Connaître la nature, c'est la seule manière de la posséder.
Cette connaissance a ses limites sans doute, Goethe le sait, mais des limites mobiles qui reculent continuellement devant l'effort de l'homme. L'illusion de la métaphysique est de vouloir s'élancer par la pensé(^ au delà de ces bornes. La science positive se contente, im tout ordre de réalités, d'arriver à un phénomène-principe, auquel se suspend toute la chaîne do^ l)hénomènes secondaires. Aristote avait dit, après Platon, que l'étonnement est le commencement de la philosophie. A peu près dans le même sens, Goethe disait : « La situation d'esprit la plus élevée, c'est l'étonnement, » sans doute par opposition à cette situation vulgaire et basse d'intelligence où Ton accepte les phénomènes sans même les remarquer. L'ignorance étonnée est déjà un progrès sur l'ignorance qui ne s'étonne de rien. Le second état, l'état scientiiique, c'est celui où l'on contemple non plus des phénomènes secondaires, mais un phénomène primordial. « Quand à arriver plus haut, quant à aller plus loin, cela nous est refusé, ici est la limite; mais d'ordinaire ce simple spectacle ne suffit pas aux houunes : ils croient qu'ils pourront pénétrer plus avant, et ils ressemblent aux enfants qui, lorsqu'ils ont regardé dans un miroir, le tournent aussitôt pour voir ce qu'il y a derrière ^ » — « L'homme