‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 39 sur 140 · Vérité et Poésie, p · texte numérisé non relu

Vérité et Poésie, p

-'• Œuvres d'histoire naturelle de Goethe, trad. Cli. Martins, p. 188.

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(lo vo sol rouvert de l'orèts aussi vieilles que le monde. Le docteur Bueholz, riche, plein d'ardeur et d'activité, excellent naturaliste et chimiste hahile, tondait, sous les auspices du princ(^ une école pratique de botanicpie dans (h vastes terrains aérés et bien exposés au soleil. Goethe s'intéressait vivement à ces essais, avec le grand-diu^ lui-même, avec toule la belle société de Weimar. « bes sciences et la poésie, les études profondes et la vie active se parbi- ^eaient notre temps, et nous rivalisions entre nous. » Il emm<'nait avec lui aux bains de Carlsbad un jeune paysan, Dietricb, botaniste de race, comme beaucoup de ses compatriotes, et petit-lils d'un naturaliste de campagne, connu du grand Linné lui-même. Dietricb était avant le jour dans les l)ois et les prairies, et a|)portait, au milieu de l'élégante société réunie près de la source, un riche butin de fleurs. « Tout le monde, mais surtout ceux qui s'occupaient de cette l)elle étude, prenaient part à mes plaisirs. C'était en effet une science bien faite pour séduire celle qui se présentait sous la forme d'un beau jeune homme, les mains chargées de plantes en fleur et donnimt à chacune d'elles son origine grecque, latine ou barbare; aussi la plupart des hommes et même quel- (jues dames cédèrent à l'entraînement général. » C'est tout un petit tableau, qui nous donne les impressions de l'artiste mêlées aux premières joies du savant. — Dietricb ne savait rien au monde que la botanique, mais il connaissait la nomenclature de Linné et l'apprenait à Goethe par routine plutôt que par méthode. « J'entrai ainsi, d'une manière nouvelle, en communication avec la nature ; je jouissais

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de ses merveilles, et en même teuq)s les dénominations scientifiques qui frappaient mon oreille étaient l'écho lointain de la science, qui me parlait du fond de son sanctuaire. »

Bientôt <M»pendantLiimé ne lui suffit plus. Cette terminologie, fondée sur les apparences extérieures, lui semblait être d'une utilité purement (Mn[)irique, toute pratique; elle n'ap[)ortait aucune lumière avec elle sur le luode de production et les vrais rapports des (liantes. Caractériser les genres avec certitude et leur subordonner les espèces d'a|)rès cette méthode lui parut un problème insoluble. Il lisait bien, dans les manuels linnéens, comment il fallait s'y prendre, mais il ne pouvait espérer que jamais une seule d<''termination resterait incontestée, puiscpie, du vivant même de Linné, ses genres furent divisés, morcelés et quelques-unes de ses classes détruites. Il en concluait que le plus sagace, le plus ingénieux des naturalistes n'avait soumis qu'6?n gros et d'une manière tout artificielle la nature à ses lois. « Mon admiration pour lui n'en fut pas diminuée, mais j'estais dans une perplexité singulière, et l'on peut se figurer quels efforts un écolier autodidacte comme moi dut faire pour sortir d'embarras. » Il conqirit (fu'au lieu de passer sa vie à poursuivre et à coordonner péniblement les phénomènes innombrables (pie présente un seul règne, il lui restait une autre voie plus conforme à la nature de son esprit. Les phénomènes de la formation et de la transformation des êtres organisés l'avaient vivement frappé. « La nature, dit-il énergiquement, lui semblait lutter avec l'imagination à qui des deux serait plus hardie et

plus conséquente dans ses créations. » Les séjours fréquents qu'il faisait alors à la campagne, furent utilisés j)our l'étude autant que pour le plaisir. Ces deux sortes d'occu[)ations si contraires s'accordaient sans peine dans la vie de Goethe, et n'en troublèrent jamais l'harmonie. Il remarqua que chaque plante choisit le sitcî qui réunit toutes les conditions propres à la faire prospérer et à la multiplier. Il observa en outre que placées dans certains lieux, exposées à certaines inlluences, les espèces semblent céder à la nature en se laissant modifier; elles deviennent alors des variétés. L'idée de la métamorphose des espèces et des genres se formait peu à peu dans son esprit, timidement d'abord. « Je pressentis ces vérités en étudiant la nature sauvage, et elle jeta un jour tout nouveau pour moi sur les jardins et sur les livres. » Mais son voyage en Italie fut une ère décisive dans l'histoire de ses idées. Goethe note ici, en passant, une observation générale d'une grande portée. « Tous les objets dont nous sommes entourés dès l'enfance conservent toujours à nos yeux quelque chose de commun et de trivial; quoique nous ne les connaissions que très superficiellement, nous vivons près d'eux dans un état d'indiftërence tel que nous devenons incapables de fixer sur eux notre attention. Des objets nouveaux et variés éveillent au contraire l'imagination et excitent un noble enthousiasme ; ils semblent nous désigner un but plus élevé, que nous nous sentons dignes d'atteindre. C'est là que réside le grand avantage des voyages, et il n'est personne qui n'en profite à sa manière. Les choses connues sont rajeunies par les rapports inattendus qui

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