I. Œuvres d'histoire naturelle de Goethe, p
PHILOSOPHIK DE GOETIIK
restitué au squelette humain. 11 écrit h Mme de Stein qu'il en est ému jusqu'au fond des entrailles. Malheureusement les partisans de Camper et Camper hnmême restèrent incrédules. Ce n'est que plus tard que la modeste découverte du poète ohtint droit de cité dans la science. Une idée heaucoup plus importante, l'analogie du crâne et de la vertèbre, conçue par lui dès 1790, ne fut développée qu'en 1820. La conséquence de ces divers travaux était la conception du type ostéologique. C'est dans cet ordre d'études que l'esprit généralisateur du poète pouvait se déployer à l'aise. Dans une foule de mémoires, dont le plus important est V Introduction à ianatomie comparée fondée sur Vostéologie, Goethe, poursuivant pour l'organisme animal cette vue d'unité qu'il a montrée réalisée dans le monde végétal, s'efforce de ramener tous les animaux à un seul type et tous les os du squelette à un os unique (la vertèbre), comme il a ramené tous les organes des plantes au cotylédon. Dans ce travail, comme dans ceux qui le suivirent à différents intervalles, tous consacrés à la zoologie, se trouvent répandus, à travers bien des témérités et des opinions paradoxales, une multitude de principes simples et larges (jui depuis ce temps ont passé dans la science. N'oublions pas parmi les travaux scientifiques du grand poète, le mémoire important sur V Expérience considérée comme médiatrice entre le sujet et V objet (1795).
Il fallait bien que la part du poète se marquât même dans le savant, et que l'imagination, cette faculté maîtresse de la poésie, troublât, au moins une fois, dans cet ordre d'études, l'équilibre de cette
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belle intelligence. Il y eut toujours, on l'a vu, dans ce cerveau si merveilleusement organisé, un coin pour le chimérique. C'est là qu'avait régné, dans sa première jeunesse, la chimie mystique de Mlle de Klettenberg; c'est là qu'avait dominé pendant quel- (juc temps Paracelse, là enfin que l'illuminisrae Inunanitaire de Lavater avait pénétré un jour. Plus lard, par l'effet d'une combinaison singulière entre l'esprit scientifique et l'esprit de chimère, c'est là (pie prirent naissance les illusions systématiques, les exp(''riences ingénieusement fausses, les raisonnements pleins d'une ruse innocente sur lesquels se tondait dans l'esprit du poète la trop célèbre théorie (les couleurs. On le surprend encore une fois abandonnant la voie des belles découvertes pour se jeter (l.ins de véritables aventures d'idées avec cette intré- (M(lité qui ne sert qu'à mener plus loin dans le faux lin vigoureux esprit. Il n'entreprend rien moins que de faire la guerre à Newton, de renverser sa théorie >iir la composition du rayon lumineux et de renouveler l'optique*. Tandis que toute la physique moderne est d'accord pour admettre, d'après l'expérience l'ositive du prisme, que la couleur provient de la '"'iiière, et que les objets diversement colorés ne font <|"c réaliser les conditions diverses à l'aide desquelles le rayon lumineux est décomposé en ses couleurs jHiinitives, Goethe imagine et pose en principe que l'obscur a une réalité aussi bien que le clair, et que la clarté et l'obscurité sont dans une perpétuelle
1- Voir l'analyse détaillée et l'histonque de celte théorie des cou J'^'iis d,.,p,l,.e, IV, V, VI, VII, dans la deuxième partie des Œuvres scientifiques de Goethe, par M. Ernest Faivre.
opposition. Tout son système s'ensuit. L'obscur ayant une valeur objective comme le clair et se trouvant en antagonisme perpétuel avec lui, les couleurs s'expliquent par un mélange de l'obscur et du clair à différents degrés. Du coté lumineux naissent le jaune, le jaune orangé et le rouge, par suite d'un affaiblissement graduel de l'intensité lumineuse; le jaune n'est donc qu'un blanc légèrement obscurci. Du coté de l'obscurité se développent le bleu, le violet, le rouge; le bleu n'est donc qu'un noir légèrement éclairci. Le rouge établit la transition entre la lumière et l'ombre; il est la syntbèse de l'une et de l'autre. Ce système et les expériences illusoires par lesquelles il essaye de le soutenir remplissent plusieurs années de sa vie. Au milieu du bouleversement de l'Allemagne, pendant (pie sa patrie est en feu, à l'beure suprême de la bataille d'iéna, Goetbe ne rêve que cbambre obsciin^, microscope solaire, prismes, lentilles. L'ennemi de la patrie n'est pas pour bii Napoléon, c'est Newton. En 1810 enfin, après d'innombrables travaux, il publie le Traité des Couleurs, ouvrage considérable par la force de conception dans les détails, par les ressources d'esprit, par les recherches historiques, par l'ingénieuse variété des expériences et les ravissantes applications que l'auteur fait de sa théorie aux beaux-arts, autant qu'illusoire par son hypothèse fondamentale et stérile pour le vrai progrès de la science. Hegel seul, parmi les hommes célèbres de son temps, adopte avec un enthousiasme compromettant cette théorie, qui semblait inventée pour fournir à son système une application inespérée. Quelle bonne fortune pour l'antinomie fondamentale