‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 51 sur 140 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de la totalité, ramenant enfin la lilu-e variété des phénomènes et des êtres au système le plus rigoureux de l'identité comme Schelling et ses disciples naturalistes, Oken et Spix, comme Hegel, rpiand il déclare « que la nature étant l'idée réiléchie hors d'elle-même, déterminée et comme antcriorisée, ses beautés ne jieuvent avoir rien de supérieur à nos oeuvres ». C'est là évidemment ce (pii faisait dire à Goethe que « les Ihéories sont d'ordinaire l'œuvre précipitée d'un esj>rit imj)atient (pii voudrait se débarrasser des phénomènes et qui leur substitue des images, des conceptions, souvent même» des mots et rien de plus.... Ouel([ue effort, ajoutait-il, (pie fasse l'idéalisme contre les choses telles qu'elles sont en soi, il se heurte toujours contre les objets extérieurs qui ne cessent d'embarrasser sa route.... Los idéalistes font de vains efforts [>our arriver du moi au non-moi ».

Mais il se tient à égale distance de l'empirisme baconien et les timidités de l'expérimentation exclusive ne lui plaisaient guère plus que les excès de l'idéalisme. Une pouvait souffrir cette méthode fragmentaire (jni s'enferme dans quehpie étroite spécialité, notant les détails, classant, élicpietant, sans jeter jamais ses regards au dehors, et dans le bonheur un peu vulgaire des classifications artificielles, perdant de vue les rapports et l'harmonie des êtres. C'est là le triste état où se trouvait la science de l'anatomie, quand il commença de l'étudier. Les observations isolées s'accumulaient, nous dit-il; quelques-unes étaient le résultat de recherches suivies, d'autres le produit du hasard; mais bien des erreurs s'y étaient glissées, l)arce que ces observations n'étaient ni coordonnées

entre elles ni généralisées. D'autres étaient tout à fait incomplètes et une terminologie vicieuse imposait des noms différents à des organes analogues — Le défau le plus grave était le manque d'un point central, autour duquel on [)iit grouper les faits, d'im point de vue d'où il fût possible de prendre des idées d'ensemble De plus, on partait de principes dont la

vérité n'était pas suffisamment établie. Les uns s'en tenaient platement aux faits matériels, sans les féconder par la réflexion; les autres cbercliaient à sortir d'embarras au moyen des causes finales, et tandis que les premiers ne s'élevaient jamais à l'idée d'un ensemble vivant, les autres s'éloignaient sans cesse du but (prils croyaient atteindre, se perdant en vaines spéculations sur Tànie des animaux, sur d'autres questions aussi iimtiles, au lieu de s'attaclier au témoignage des sens et à l'observation*.

Ces vues criticpies sontex|)osées dans un j)otit traité dont le titre significatif est : De V expérience considérée comme médiatrice entre Vot)jet et te sujet (1795). La conclusion s'annonce d'elle-même. Dans l'observation minutieuse, l'esprit est absorbé par les détails de l'objet : il ne réagit pas sur ce qu'il examine, il ne le domine pas; il devient le conteuq)lateur passif du fait. Dans la spéculation j)ure, l'esprit tout entier a la prétention insensée de créer l'olijet, de le tirer avec sa réalité et ses |)liénomènes des piofondeurs de sa pro|)re pensée. Cette grande querelle du sujet et de l'objet, c'est l'expérience bien couq)rise, bien dirigée, qui la termine. Elle se fait médiatrice entre

Page 1