‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 55 sur 140 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cieuses des spéculatifs purs. « Il faut une tournure d'esprit particulière, disait Goethe, pour saisir dans son véritable caractère la réalité sans forme et la distinguer des chimères qui s'imposent vivement à nous avec une certaine réalité. » Cet empirisme pc^ut se résumer ainsi ; la conteuqdation des grandes lois générales j)ressenties par la raison, conlirmées par l'expérience.

En lisant les Prnsces de Goethe sur les sciences naturelles, on croit assister à cet entretien d'Iéna, (pli après avoir comuiencé |)ar une discussion vive entre Goethe et Schiller sur les princi[>es de la méthode, finit par une immortelle amitié. (Juehpiesjours iiprès cett(^ rencontre mémorable, Schiller, le grand disciples de Kant, Schiller l'idéaliste, encore sous l'impression de cette activité universelle et de cette puissance du génie qui ce soir-là lui avaient été révélées avec tant de force, essayait de s'en rendre compte à lui-même en écrivant à son ami : « Nos derniers entretiens ont remué la masse entière de nos idi'es — Votre intuition est si juste qu'elle contient largement et parfaitement tout ce que l'analyse a tant de peine il chercher de tout coté.... Pour vous ('clairer sur les détails de la nature, vous en eml)rassez l'ensemble et c'est dans l'universalité des j)h(''nomènes que vous clifrchez l'explication de l'individuel. » Et Schiller dans la perplexité de sa conscience philosophique, disputée par l'ancienne foi qui y règne encore et la nouvelle influence qui s'est révélée à lui, fait les plus ingénieux efforts pour établir « une belle concordance », une harmonie vraiment préétablie entre les principaux résultats de la méthode de Goethe et la

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philosopliio qui lui viont do Kœnigsborg. Toute celte lettre mérite d'être étudiée de près et avec la plus grande attention : on y entend comme l'écho de cette parole harmonieuse et puissante à laquelle on ne résistait pas et dont Schiller lui-même a senti un jour, mal"^ré certaines préventions, l'ascendant vainqueur. Goethe voyait un des heaux modèles de l'esprit synthétique dans Platon, dont il devinait le génie par une sorte d'aHinité à travers les siècles plutôt qu'il ne le connaissait avec précision. Pour échapper à la diversité iniinie, au morcellement et à la complication des sciences naturelles telles qu'elles ont été laites par les modernes, pour se réfugier dansla simj)licité, il faut toujours se poser cette question : <( Comment Platon amait-il procédé en présence de la nature telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui dans la diversité ])lus grande (pi'elle déploie, nonobstant son inaltérable unité*? » L'auteur du Timre s'offrait à lui comme un des esprits les mieuv faits « ])(mr s'identifier avec la nature par l'intelligenctu't le sentiment», tandis quWristote ne se l'appropriait que par l'observation, et encore, dit-il, par une observation précipitée cpii passe iuuuédiatement des ])hénomènes à l'explication, « ce qui amène (l(»s décisions théoriques tout à fait insuflisantes ».

Mais c'est surtout dans Geoffroy-Saint-llilaire et dans Cuvier que se sont révélés avec éclat les dissentiments profonds qui séparent ces deux races éternelles d'esprits. Le savant qui analyse, nous dit Goethe dans un paralèlle très étudié, a besoin d'une perspi-

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