‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 57 sur 140 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de la nature, Cuvier, dont le nom nous paraissait être placé dans l'admiration publique à cette liauteur qu'aucun autre ne dépasse, pas même celui de son illustre adversaire! Ces sortes de parallèles sont-ils aussi exacts qu'ils sont habiles? Elocpients comme la passion, sont-ils justes comme doit l'être une sentence rendue dans un des grands débats qui ont divisé et (pii divisent encore le monde savant? Est-il vrai que Cuvier dans cette querelle mémorable soit le représentant exclusif de la méthode analytique? ne représente-t-il que cela? Et pour généraliser la question, peut-on admettre que de grands esprits, versés profondément dans l'élude de la nature et passionnés pour elle, aient été privés de ce sens supérieur de l'universel, l'esprit synthétique, le sens de l'unité dans la variété? Nous ne pouvons le croire. Aristote, que Goethe nous représente comme voué au travail inférieur de l'analyse minutieuse à laquelle il n'échappe que par des observations précipitées, sans aucune des intuitions et des pressentiments de Platon, — Aristote, dont Geoffroy-Saint-lIilaire attaque avec tant de vivacité, dans ses Principes de philosophie zoologique, la méthode superficielle, fondée sur les analogies purement extérieures (ce que son critique appelle dérisoirement les à peu près semblables) , c'est lui, — ne l'oublions pas, — qui, infiniment plus instruit (jue Platon dans les sciences naturelles, maître d'une quantité incroyable de détails, mais assez fort pour ne pas s'absorber dans l'énumération de ces stériles richesses, en a su tirer, par le travail fécond de l'esjn'it, le véritable trésor qu'elles contenaient, les lois générales cachées sous cet amas de faits. Le véritable

iU l'IlILOSOPHIE DE tlOETHE

Aristote, non pas cet Arislote de la sculasti(|UL', dont Descartes nous a fait un cpouvantail, ni cet Aristote de fimtaisie que GeoflVoy- Saint -Hilaire et Goetlie ont construit arhilraireincMit pour se donner à eux-mêmes dans l'antiquité un adversaire considérable, je ne crains pas de dire qu'il est le précurseur sinon de l'anatomie conq)arée, au moins de la philosophie zoologique. Il n'est pas vrai, comme le lui reproche Geofl'roy-Saint-llilaire, qu'il ne soit pas allé, dans l'étude comparée des animaux, au delà des /brmes extérieures et des fonctions. Et sans accorder à son redoutable critique que la considéiatiou de la fonction soit un préju<^^é antiscientifique, sans faire un reproche à Aristote d'y avoir voué une partie considérable de ses études et de ses observations, ne devons-nous pas ra|)|)eler toutes ces jurandes idées (pii régissent la foule des détails rassend)lés dans Vllistoire (les animaux, dans le traité des Paities des aniînauXj dans le petit écrit sur la Génération"! Si l'on se reporte à la date, c'est pour nous le cond)le de l'étonnement (pie <1<; nitrouver, à travers tant d'erreurs ou d'ignorances h'(q) concevables, ces pressentiments des plus belles lois, des plus hautes généralités que la science moderne devait établir, telles que ridée du plan symétrique suivi dans l'organisme animal, la fixité et la permanence des espèces, la loi de continuité (pii unit les espèces entre elles et les genres les uns aux autres, la loi de la dépendance des parties, celle de l'économie organique qui n'accroît une partie qu'aux dépens d'une autre, l'identité de la nutrition et de la génération, l'une renouvelant le type dans l'individu, l'autre le renouvelant dans l'espèce,

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