‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 62 sur 140 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu'il ait ignoré le péril, voyez cependant comme il s'y jette de gaieté de cœur. Comment comprendre par exemple ce passage, sinon dans le sens de l'évolution et de la mobilité perpétuelle de l'être sous des apparences qui n'ont rien de fixe ni de déterminé? Au début de la Morphologie, il essaye de définir la forme, objet presque exclusif de ses études anatomiques : « L'Allemand, pour exprimer l'ensemble d'mi être existant, se sert de ce mot forme {gestalt) ; en employant ce mot, il fî'it abstraction de la mobilité des parties; il admet que le tout, qui résulte de l'assemblage de celles qui se conviennent, porte un caractère invariable et absolu. Pourtant, si nous examinons toutes les formes organiques, nous trouvons qu'il n'y a rien de fixe, d'immobile, ni d'absolu, mais que toutes sont entraînées par un mouvement continuel. Voilà pourquoi notre langue a le mot formation (bildiuig), qui se dit aussi bien de ce qui a été déjà produit que de ce (pii le sera par la suite. Si nous employons ce mot forme, il ne sera pour nous que le représentant d'une notion, d'une idée ou d'un phénomène réalisé et existant seulement l>our le moment. Ce qui vient d'être formé se transforme à l'instant, et pour avoir une idée vivante et vraie de la nature, nous devons la considérer comme toujours mobile et changeante. » Un pm- hégélien ne parlerait

pas autrement.

La métamorphose est partout, selon Goethe; elle est dans chaque être organisé, plante ou animal. Seulement, dans les êtres inférieurs, elle s'indique et ne s'achève pas; toutes les parties demeurent assez semblables entre elles pour que l'une puisse rem-

|)lir les fonctions do rantre ot se substituer à elle. Il n'y a de différences tranchées que dans les animaux les plus parfaits. Ici la loi de la niétamori)hose va juscpi'au i)ont, elle commence dès le moment de la conception; l'être complet résulte d'une transformation des parties identiques. Dans ces organisations régulières, tous les organes ont une forme, une place, un nombre déterminés. C'est cela qui nous explique cette barmonie parfaite que nous attribuons à une intention bienveillante de l'activité créatrice. Nous ne cessons d'admirer l'accord parfait entre toutes ces parties, qui nous seud)lent non seulement hétérogènes, mais encore antagonistes, tant leurs formes, leur destination, leurs fonctions, sont différentes; mais nous sommes ici sous reuq)ire d'mie illusion. Au fond, toutes ces parties sont homogènes : originellement identi(pies, elles se sont modifiées insensiblement, mais elles n'ont cbangé que d'apparence*. Ainsi le principe des métamorphoses réduit chaque être organique à sa plus simple expression ; la fleur n'est qu'un cotvlédon transformé, l'animal une vertèbre modifiée; chaque être est dans un travail perpétuel de formation et de transformation. Néanmoins ce travail suit certaines lois universelles, constantes : c'est ce qui {)ermet d'établir un hjpe. Ce type lui-même est d'une telle élasticité, d'une telle docilité aux circonstances extérieures de sol, de climat, d'habitudes, de nourriture, qu'il en résulte des genres et des espèces.

Tels sont les principes d'où dépend toute la science des êtres organiques. Identité originelle des parties,

1. Œuvres d'histoire naturelle, trad. Marlins, p. 16. 78, etc.

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