CHAPITRE V ii
imposent les particularités de son organisation. Le natuialiste étudie le jeu de ces appareils, et s'il a le <h-oit d'admirer les |)erfections du plus grand nombre, il a aussi celui de constater l'imperfection de quelques autres et l'inutilité pratique de ceux qui ne renqiliî^sent aucune fonction. Un organe ne peut donc se caractériser par son usage, car le même organe lemplit les rôles les plus divers, et récijuoquement la même fonction peut être accomplie par des organes très dilTérents. De plus il y a des organes atrophiés ou incom|)lets (pii, dnns certains animaux, ne servent absolument à lien. Ces faits et d'autres analogues sont la condamnation des causes finales. Telle est la doctrine constant*' de Geolîroy Saint-llilaire et de son école. Goethe se garde bien d'y contredire, et dans ses entrcv tiens il abordait volontiers ce sujet. In jour entre autres, il le traita avec des développements qui mérih'nt d'être étudiés. S'il n'ajoute pas d'arguments à ceux de Geolîroy Saint-IIilaire, il les résume et les renouvelle avec une verve singulière. « 11 est naturel à l'homme de se considéier comme le but de la création et de n'estiuKM* les choses que par rapport à lui et qu'autant qu'elles le servent et lui sont utiles. Il s'empare du monde végétal et animal, et, trouvant que les autres créatures sont pour lui une nourriture agréable, il reconnaît là son Dieu et glorifie sa bonté. . . . Raisonnant en particulier comme en général, il ne manque pas de transporter dans la science cette vue prise dans la vie, et dans les parties diverses d'un être organisé il cherche le but, l'utilité. Cela peut aller ainsi quelque temps, et parfois dans la science réussir; mais bien vite il rencontrera des phénomènes
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qui dépasseront son systèuic, qui exigeront un point de vue plus élevé, ou sinon le laisseront engagé dans d'évidentes eonlnidiclions. Ces professeurs d'ulilifr disept bien ; Le hœura des eornes pour se dél'endir: mais moi je demanderai ; Et le mouhMi, poun|U(H n'en a-t-il pas, et lorsqu'il en a, pourquoi scml-elles enroulées autour de son oreille, dételle lacon qu'elles ne lui servent à rien? Mais e'est autn^ clu)se si je dis: Le bœuf se défend avec ses vonw^ parce qu'il les a. — La (pu'stion du but, la question ^^oz/yv/z/o/ n'a absiduuient rien de scientifique. On va plus loin avec la (juestion comment, car si je demande : Couuuent les cornes viennent-elles au bœuf? ma (pu'stion me conduit à examiner son organisation, et j'apprends alors pmuquoi le lion n'a pas et ne peut ]»as avou' de ornes.... Les professeurs d'utilité croiraient pci'drc leur Dieu s'ils ne devaient pas ad(uer celui qui a donné au bœuf des cornes alin qu'il s'en servit pour sa défense; mais on me permettra d'adorer ce//// dont la force créatrice était si giande, (pi'ayantfait desunlliers de plantes, il en lit encore une qui les contenait toutes, et qu'ayant fait des milliers d'animaux, il en lit un (lui les contenait tous ; l'bomme. — Oue l'on vénère celui qui nous doimc à manger et à Iwure autant qu'il est nécessaire, moi j'adore celui qui a déposé dans l'univers une telle force productrice, que la millionième partie seulement de cette force arrivant •I la vie, aussitôt un monde de créatures fourunlle de lelle sorte, cpic ni la guerre, ni l'eau, ni le feu ne peuvent rien contre lui! Voilà mon Dieu". »