‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 65 sur 140 · Conversations, t. II, p · texte numérisé non relu

Conversations, t. II, p

rHAPITHE V j5|

Ce n'est pas le moment de discuter cette éternelle, celle grande (jiK^stion de la finalité dans la nature! Xous nous garderons bien de tiivr un troj) sévère parti ronirc (ioetlie de (pndques contradiclions dans les(pi('lles il est aisé de le surprendre, comme busqué, exammanl. dans une série d'analyses com|)arées, le

lu'asdcriionimeellesmembresantérieursdesanimauv, il arrive à j)arl<'r des mains vi des avant-bras de Técureuil. Voiei un passageque signerait le plus déterminé partisan des causes linales : « (]'('st le lieu de faire remarquer (jue les deux dents de devant (b^s longeurs sont attacbés à l'os inlermaxillaire. Il estbien eurieux que, j/ar une ?nj/sfcrieusc harmonie, le développement des dénis de devant soit ici en rapjmrl avec la souplesse de la main. Cbez les autres animaux, les

dents saisissent directeraenl la nourriture: ebez ceux-ci, elle est portée adroitement à la boiiebe parles mains; les dents n'ont donc plus qu'à ronger, et ce travail devient en quelque sorte tecbnique. » Oelques pages plus baut, dans ce même mémoire où il exaiuina les dessins du grand ouvrage de d'Alton sur l'osféologie au j)oint de vue de ce qu'il appelle lui-même Va fonction des parties, je rencontre ces lignes curieuses : « Nous voyons d'abord présenté sous divers asj)ects cetos(|ue nous considérons comme le premier de la strudui'e animale (l'os intermaxillaire); cet os est celui à l'aide duquel cbaque créature prend la nourriture qui lui est bî mieux a[)propriée ; il doit donc différer comme diffère celte nourriture elle-même. Cbez le cbevreuil nous trouvons un petit arc osseux sans dents, pour arracher l'iierbe et les feuilles ; cbez le bœ»uf, nous trouvons à peu près les mêmes formes, mais plus

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J.2 nilLOSOPHii: DE GOETHE

1,,,.,. plus ônuisses, plus fortes, en harmonie avec bs besoins de Taninlal/ » Tant il est difilcile en histone naturelle, quand on veut s'éclairer sur les analogies et les dilTérences des êtres, de se; priver absolument de la considération de la fonction que (loetbe lu.-meme délinit admirablement « l'être en activité ».

Nous ne voulons pas engager le débat; nous nous contenterons de poser une cpiestion aux partisans absolus de GeolTroy Saint-llilaire - Le raisonnemen i>,r bHuiel ils excluent de leur méthode la considération d, la tlnction, pcmr sVn tenir à l'unité organ.(p.e et l, la h>i des connexions, est-il d'une logique aussi sohde «uelle est spécieuse? Au t^)nd, l'unité de dessem, ^ûvie aussi h>in que possibh» dans la nature sans compromettre les difhWences spéciques est-elle conl,ain' aux causes linales? Est-il vrai quelle en s.>a la condaimiation? On nous dit ((u'un organe remplit dans deux êtres les rôles les plus divers, (p.e réc.pnxpieme.d la même f^mction peut être reuiplie par des orgîu.es très différents, ((u'on rencontre certains organes si peu développés che. quehpies animaux qu'ils ne leur servent absolument à rien. Soit. Qu'on accumule autant que l'on voudra les exemples .h^ cas ana ogues, cnii seraient, ajoute-t-on, des antinomies dans la théorie des causes iinales et (pii s'accordent a merveille avec le principe de l'unité organicp.e ; cpi est-ce que cela prouve? C'est que la conformation de chaque animal peut s'expliquer de deux manières, (pn tanto so rencontrent, tantôt se suppléent réc.i>ro(p.ement

1 Sceonao partie .lu mnoirc sur les Principes de Vkilosopkie J/oS-, abcutés au sein de l'Académie des science.

CIIAPITUE V

dans ranalomie comparée : d'abord par sa propre fin, par sa fonction, puis [>ar la forme du genre aïKjuel a|)partient son espèce et qui a laissé de lui-même comme un témoignage, un indice j)ersistant dans beaucoup de cas, même cpiand ce commencement d'organe ne peut plus être d'aucune utilité. Ces deux points de vue se concilient sans peine dans une méthode moins exclusive et plus analogue à la nature, parce (pi'elle est m(»ins systématique. Qu'une j)ièce osseuse en effet soit à la fois rinstrument d'une fonction et l'élémentd'un plan général, les natmalistes les plus autorisés démontrent qu'il n'y a là aucune espèce de contradiction. On comprend aussi (pi(» cette pièce puisse se modiiier sous une double inlluence, et que ces modifications puissent êti*e indépendantes l'une de l'autre. Tantôt la fonction suffit à expliquer les déviations, les changements survenus dans l'organe; tantôt c'est l'unité du type (pTil faut suivre pour en rendre compte : il semlile alors que la nature ait voulu nous ra|)peler par ces inodilications la constances de ses lois et marquer là l'em- ])i*(^inte de son dessein primitif. Goethe a traduit ces deux principes avec une précision qui ne laisse rien à désirer quand il a dit : « L'ostéogénie est constante en ce qu'un os est toujours à la même place et en ce cpi'il a toujours la même destination.» I^ourquoi donc alors attaquer si vivement les causes finales, qui, bien comprises et sagement expliquées, ne sont que la recherche de cette destination?

En prenant la question à un point de vue purement philosophique, on ])ourrait dire, sans offenser assurément la religion de Goethe, ce grand adorateur de la nature, que l'unité de composition, de plan, de type,

15i l»llllJ)S(H>ll[i: l>K (inl/niK

est t'Ilc-nièiiM' uuo cause liiinle de Tonliv le pins élevé, qu'elle eontieiit eu soi toute uue eslliétique du uioude organique, qu'elle eu ex[)li(iue les aduiiiahles liaruionies, qu'elle sutlirait pour justiller toute la création, qu'elle révèle, à qui sait la saisir, cette raison (\\\ meill«Mn- (pi'Aristote impose coiuiue renie au déveloj»[>euient du monde; (ju'enlin à elle seules elle rendiail compte; des beautés d(; ce ros/uos qu'Alexandre de llumholdt a délini avec une poéti(|ue grandeur « l'ordn; dans l'univers et la uiaoïiificence dans l'ordn;. » Nous nous étions pro[)osé de montrer dans les travaux scienlirupies de Goethe une des sources les plus autlienti(piesdesa pliilosopliie. Toutes ces conceptiims que nous venons d'analyser, sur la uiétliode syntliétique, sur la tonne et la métamorpliose, sur l'unité du type, les espèces et les causes linales, nous ont amené insensiblement d<; la pbilosopbic naturelle à la métapbvsi(pie. Nous y pénétrerons à la suite de Goethe. Il y a en elTet une uiétaphysi(pie de la nature, nous dit Goethe, u mais non celle do l'école cpii se paye de mots*. » Goethe nous doit son dernier mot. Il nous le donnera, n'en doutez pas. Il nous dira quel est le vrai nom de ces énergies créatrices, de cette activité uinverselle cpii reuq)lit la nature, et (pii, agitant, animant la substance vague du monde, l'auiènt; successivement, à travers des évolutions variées, à la lorme, i\ la vie, à la pensée.

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