De Nalura rerwn, lili. III
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(]<» n'VJ'uii- avt'C [)lns de (I('V('I(H>j)(Mii<'iiI sur r<;s curieuses aualogios qui, à travers tant de siècles, dans des civilisations si ciitTérentes, avec des maîtres aussi oj)posés ({u'Kpi(Mue et Spinoza, permettent de placer en regard (cis deux grands noms, Goethe^ et [.ucrèce.
Goethe essave en vain de se soustraire à la mêlaphysicpie. A moins d'être seepli(pie absolu, on n'y échappe |)as. La né«>ation même, dans cet ordre de prohh'Mues, im|)lique une certaine manière de les résoudre, une solution teMe (pielle, mais enfin une solution. Goethe a beau dire ({ue a nous vivons en deçà des phénomènes dérivés et que nous ne savons en aucune façon comment parvenir à la questi(Ui première ». Il V parvient pourtant; il a uu'uie sa façon très personnelle de la résoudre. 11 avoue aussi « (pfon ne saurait parler pertinemment sur maints j)rohlèmes ([ue présentent les Sciences naturelles, à moins d'appeler à son aide la métaphysique, mais non celle de l'école qui se paye de mots : ce (jue nous avons en vue a existé avant la jdiysique, existe avec elle et subsistera lonf^tem()s après'. » Il faut donc bien, quoi qu'on en ait, en passer par là. Il faut arriver à une philosophie première. Leseul |)oint estdiî ne pas se payer de mots. Pour cela, Goethe prend contre lui-même deux précautions : la première est de se tenir aussi près que j)ossible de la réalité, de ne pas sortir de ce; monde que lui révèle re\[)érience, de ne pas placer en dehors, dans des espaces «pie peisonne n'a p('Miétrés, les causes primordiales qu'il eroit saisir. Kn second lit'U, il s'enage à ne pas attribuer une force démonstrative à cet
1. Pensées sur les Sciences naturel fes. Ré flexions et Aphorismes,
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oi'dre de «MMiceptions (pii ne reposiMd |)as directement sur un |)hénomène sensible, sur une expérience positive. Il ne veut pas se priver des ressources de tout ,i>enre (jue donne à l'esprit la puissance qu'il a de croire ; mais il s'«d)li<i(î à ne pas confondre ce qu'il croit et ce qu'il sait. Même dans les hautes spéculations aux- (pielles sa j)ensée se laisse parfois entraîner, dans cette ma^nili(pie inspiration (bmt il fut connue saisi et possédé le jour des funérailles de Wieland, alors même il n'oublie pas et Délaisse pas oublier aux autres «pie ce ne sont là «pie «le belles inductions dont l'enchaînement et la sj)lendeiir le raviss<Mit. « Pour savoir avec précision «juehpie chose, répète-t-il sans c«'sse,il faudrait tout savoir. Les idiVs «pii ne trouvent pas dans l«' monde «les sensiina|)pui sidi<le. cpielie que soit touh' la vah'ur qir«'lh's «'onservent pour moi, ne sont pas «lans mon esj)rit des certitud«'s, |)arce qu'en face de la nature, je ne veux pas supposer et croire, mais savoir Vli î si nous c(umaissions bi«Mi notre cervelle <'t h' lien «pii l'unit à Uranus, et les milliers de lils entri'UK'lés sur les«piels passe et repasse la |)ens«^e! Mais nous n'avons le sentiment des éclairs de la pensée qu'au moment où ils nous fiaj)pent. Nous ne connaissons «pie les ^an«ilions, les parties extérieures de la cervelle; de sa nature intime, nous ne sav«)nspour ainsi dire rien. Oiie voul«)ns-nousdon«' savoir de Dieu?» La foi, c'est-à-dire dans le langage de Goethe, l'intuition philosophique, non fondée sur les expéii«'n«*«'s positives, vient combler les lacunes d(i la science. Il ne la re[)ousse pas, bien au contrains mais il lui trace son rôle et ses limites. A la base même de toute théorie physique, il y a des plu'nomènes primitifs
PIIILOSOIMNi: hK tlOKTIIE
« dont il est inutile de vouloir, par des recherches, tronhler et dénni^^er la divine simplicité, et qu'il faut hien ahandoiuier à la raison pure ». Demèuie à l'orioine de toule philosophie, il y a tout un ordre de senfimenis divins cpii s'imposent à nous d'unt^ façon innnédiate. Il est nalund d'admettre f[ue la science ne [)eut exister (pie comme unfra<iinent iid'orme dans un(^ planète connue la notre, (jui n'est elle-même (jue y fra^çment d'un monde hrisé; toule ohservation y reste forcément imparfaite, mais les limites imposées à notre ohservation ne s'imposent |)as à notre foi. « Taisons d'ardeids elîorts pour [)énétrer par les deux ecMés; maisen même temps conservons sévèrement entre eux la li^nie de démarcation. Ne cherchons pas les jM-euves de ce (pii n'est pas susceptihle d'être prouvé, car autrement nous laisserons dans notre construction prétendue scientiti([ue des témoignages de notre insuflisance <jue la postérité découvrira tôt ou tard. Où la sciences suflit, la foi nous est inutile; mais où la science perd sa force et paraît insuflisante, il n(^ faut pas conh'ster ses droits à la foi ^))
Et ailleurs, résumant sous une forme familière et vive les services intérieurs, secrets (pie cette foi philosophique rend à chacun de nous, « c'est un capital ])articulier, une réserve, disait-il, comme il existe des caisses puhliques (r('*pargne et de secours où l'on puise pour donner aux gens le nécessaire dans les jours de détresse. Ici le croyant se paye, dans le silence, à luimême ses intérêts^ ».