‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 71 sur 140 · I. Conversations^ \s.'ùA · texte numérisé non relu

I. Conversations^ \s.'ùA

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PlIILns«H»HIE r»F r.OETIIK

lUMissulliso (le saisir dans son cnstMiible cette pliilosoj)liie (le la nature très brillante, très spécieuse quand elle jaillit en ajx'irns étineelanls de la pensée lorte- Hienténnie du poète, mais assniJMiient peu solide dans son eneliainenieni et sa struetui'e. Coiuuient concilier cette théorie leiluiil/ienne des monades, qui semhlent fonder l'individualité des êtres, avec l'unité ahsfdue dont (ioetlie jjoursuit (d)slinémenl la tyiainn(|ue chimère? Comment comprendre ces points initiaux, ces lorces inunaterielles, amtvs- an monades antériemcsau développement des |)hénomènes, ces éléments spiritualisés qui s<Muhlent c(MU|)oser un(^ matière idéale dans une doctrine si jH'ol'ondément empiiicpie, attachée par tant d'autres principes et de si ardentes convictions, à la réalité concrète, palpalde, visible! La matière idéale se conçoit dans la thécuie de Leibnitz; elle en est la |)lus haute conception. Le monde i\{'^ monades est un monde sjuritualisé, puis(pie h's monades soid des atomes métajdiysiques, selon l'expression si l'orte dv Leibnitz. Il ne peut en être ainsi dans la philosophie de Goethe, (pii professe une si «irande horreur pour les êtres métaphysiques. Faudra-t-il admettre (pie les im». nades soient présentes, intimes à la matière sans être la matière elhMuême? Mais alors en soi (pie peut-elle (Hre?Elle est donc non ])as vivante j)ar elle-mi'Uïc, mais seuhMnenl |)ar ce principe de vie qui lui vient du dehors? La difliculté revi(^nt toujours. Ou la matière s'(;xpli(pi(; pai' la monade, qui en sera rélém(^nt même, et dès lors la mati(Te se subtilise, elle se dissipe et s'évanouit dans une substance |)urement idc'ale; ou bien elle r(»(:oit la monade du dehors et lui obéit, mais alors elle n'a pas la vie en soi, elle est

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inerte, elle est morte, ce que Goethe ne j)ouvait souffrii-. Au fond, C(» que Goethe voulait rendre sensible à tous en empruntant à Leibnitz cette théorie des monades, c'est l'idée du dynann'sme universel, (pii est l'àme de sa philosophie naturelle; ce (piil voulait montrer énei'«'i(piement, c'est son éhuonement pour h}s thé(uies atomisti(pies (»t m(Vani(pies. Là se ujanifeste clairement l'opposition éternelle entre deux exjdications delà nature aussi anciennes (pi(> la j)hiloso|)hie, puis(ju'elles sé|)araient(]('*jà les j>hilosoplies ioniens, — Ih-raelite, (pii voyait partout la foire sous le symbole du feu dans l'univers, — Démocrite, (|ui faisait naître h» monde d'une combinaison d'(''léin(nits inertes. Le mécanisme expli(pie tout par des combinaisons et desgrou|)ements d'atomes ])rimitifs, ('ternels. Toutes les variétés i\v^ phénomènes, la naissance, la vie, la mort, ne sont (pie le résultat mécanique de couq^ositionsetde d(^coiiipositions, la manifestation de systèmes d'atomes qui se réunissent ou se séparent. Le dvnaujisme au contraire ramène tous les phénomènes et h)us les êtres à l'idée de force. Le monde est l'expression soit de forces oppos('es et harmonis(''es entre elles, soit d'une force uni(pie dont la métamorplu^se ])er|)étuelle fait l'universalité des (Hres. On comprend du reste, sans ((u'il soit iK'cessaire d'y insister, que run(; ou l'autre de ces explications puisse (Hre dans une ceitainc relation avec les deux philosophies opposi'cs du mah'rialisme et du panthéisme. Et bien (pie l'explication seconde dos choses soit jusqu'à un certain point ind(';pen(lant(; de l'explication y>/'cm/è;r (ui métaphysique, l'histoiie atteste ce fait constant qu'il y a alTinité naturelle — d'une part (^ntre l'explication nukanique

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(lii iiiondi* et riiypothi'so qui supprima D'umi, — dînitii' |)înl nûiv la tliôorio (lyiiami(pu' du iikmuIc cl riiypotlii'sc (pil le divinise dans son principe. On comprend d'ailleurs sans ti(>[) d<' peine (jue la théorie Miécaniipie, «'(ahlissanl la pure nécessité niatliéinatirpie dans les actions et les réactions rpii lornienl la vi(» du monde, rende inutile la notion (Tun [uincifu' divin, et au contraire ([ue, dans la tliéoiie d'une force unique, universelle, toujours en acte, lormant la variété des êtres |)ar ses métamorjjlioses, il n'y ait pas loin de concevcnr l'universalité mvstérieuse de cette Force à la diviniser.

La force cosmi((ue, le monde animé, vivant de toute éternité, voilà l'idée clièi-e au poète. Son altacliement à cotte idée nous donne la raison de certaines syuq)athies et anlipalliies |)hilosopirKpies (pii sans cela resteiaienl iiu'Xj)lical)les. A un point de vue superficiel, il seudde (pi'il n'y ait que des nuances bien lé«^ères entre les dilTérenles théories de la nature (pie la philosophiez t'ran(;aise vit éclore de toutes part dans la dernière moitié du di\-huitièuie siècle, entre celle de d'IIolhach par exeuqile et celle de Diderot. Comment donc com[M*endre (jue l'un des noms attire tous les anathèmes de (loethe, et que l'autre au contraire soit traité par lui avec les plus grands égards? Ouand il rencontre dans ses souvenirs le 8î/.<?/cmp(/^/rr Nahirc. il n'a [)as assez de mé[)iis j)our ce manuel de matérialisme vulgaire, « véritable (juintessence de la vieillesse, fade et insi|)ide ». (Juel désert, quel vide il a* senti dans ce triste et nébuleux athéisme, où disparaissait la terre avec la variété infinie de ses figures, le ciel avec toutes ses étoiles, où toute chose, tout

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être, même ce qui aj)paraît connue plus élevé (pu^ la nalui'e, ou du moins comme une nature })lus élevée dans la nature, se réduisait à une matière pesante, qui se meut, il est vrai, mais sans direction et sans fonne, et qui, par ce mouvement purement mécani(jue à droite, à gauche, de tous côtés, aurait produit sans autre secours les iuuuenses phénomènes de; rétre M Goethe llétrit, comme il convient, celle philosophie « cadavéreuse ». Diderot, malgi-é quehpu's ap|)arences etde tristes concessions à ses amis, [)ense tout autrement, avec une tout autre vigueur, et sa philosophie n'aboutit j)as à ce matérialisme lourd. Dans plusieurs passages de ses derniers ouvrages phil()so[)hiques, tels que le lit've de cVAleinhert, se révèlent des vues (|ui n'ont plus rien de couununavec la philosophie mécanicpie : ])ar exeuq)le la théorie de la molécule douée d'une force active, (jui explique bien des choses, la conception « d'un seul grand individu vivant, le tout, » qui a une singulière analogie avec le dieu de Lessing, de jNovalis, et, si l'on ne raffine pas trop, avec celui de Goethe. Le poète ne s'est donc pas trouqx'; dans ses syiiq)athies pour Diderot. 11 a reconim en lui un esprit de sa famille; mais, selon lui, ces esprits sont rares en France, et Diderot |)eut être considéré comme une excej)tion dans sa patrie. Toute la philosophie du xvin'" siècle, selon Goethe, a été infestée par ce grossier matéiialisme, et celle du xix'' a beaucoup de peine à s'en affranchir. — Chose étrange! (piarante ans [dus tard, en 1821), le spiritualisme de M. Cousin lui-même ihî semblait pas encore à Goethe assez purilié de la con-

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