CHAPITRE Vr
à lui et en acceptassent l'idée comme le lien le plus doux qui pût les unir avec le ciel; mais ce grand être, que nous nommons la Divinité, ne se manifeste pas seulement dans l'homme, il se manifeste aussi dans ime riche et puissante nature et dans les immenses événements du monde. Une image de lui, formée à l'aide des seules qualités de l'homme, ne peut donc suffire, et l'observateur rencontrera bientôt des lacunes et des contradictions qui le conduiront au doute, même au désespoir, s'il n'est pas assez médiocre d'esprit pour se laisser calmer par une défaite spécieuse*.
Osons nous élever à un point de vue plus large. S|)inoza nous en donne l'exemple et la leçon. Que les œuvres et les manifestations de Dieu dans le monde, l'étendue et la pensée, nous servent de point d'appui pour arriver jusqu'à l'intuition de la substance qui les soutient et les produit. « Aucun être ne peut tomber dans le néant, s'écrie Goethe dans la belle poésie intitulée Testament; l'essence éter* nelle ne cesse de se mouvoir en tous sens. Attachezvous à la Substance avec bonheur. La Substance est impérissable, car des lois protègent les trésors vivants dont se pare l'univers. » Du reste, n'espérons pas de grandes lumières sur cette substance. Goethe se retranche dans l'obscur et l'impénétrable pour n'en rien dire ou pour en parler d'une manière si vague, qu'en vérité le silence serait aussi clair. C'est ici que l'on surprend la faiblesse et l'inanité d'un des plus beaux génies du panthéisme dans ses inu-