CHAPITRE VI
cissement de la divine splendeur. Ailleurs il semble bien que l'on doive au contraire concevoir la vie, la pensée, comme la production lente des règnes inférieurs, montant par un progrès constant vers la lumière. La création pour lui est-elle l'acte d'une nature supérieure dans la nature ? est-elle au contraire, comme pour Hegel, une ascension? On n'en sait rien.
Ce qui semble du moins constant dans la pensée de Goethe, c'est que Dieu est là seulement où est le mouvement actuel, la transformation, la vie, et qu'ailleurs Dieu n'est qu'en puissance. « La Divinité est agissante dans ce qui vit, mais non dans ce qui est mort ; elle est dans tout ce qui naît et se transforme, mais non dans ce qui est né et dt\jà immobile. » La minéralogie n'a rien de divin, si on la compare aux sciences de l'organisme, parce qu'elle ne porte que sur des objets morts. Et reprenant à son compte cette parole de Diderot : « Si Dieu n'est pas encore, il sera peut-être, » Goethe s'écriait : « Pourquoi a-t-on pris de l'ombrage de cette parole ? On conçoit très bien l'existence de planètes que les monades supérieures ont abandonnées déjà, ou dans lesquelles les monades n'ont pas encore reçu le don de la parole. Il ne faut par exemple qu'une constellation qui ne se rencontre pas tous les jours, il est vrai, pour que l'eau disparaisse et que la terre se sèche. De même, qu'il y a des planètes d'hommes, il peut y avoir très bien des planètes de poissons et des planètes d'oiseaux où Dieu n'existera pas. L'homme est le premier entretien de la nature avec Dieu ; mais je ne doute pas que sur d'autres planètes cet entre-
tien ne se fasse d'une manière bien plus haute, bien plus profonde, bien plus raisonnable*. » Si nous comprenons ce langage légèrement sibyllin, il semble qu'il ne puisse avoir qu'un sens, c'est que Dieu est la vie universelle, partout et toujours agissante, mais que cette puissance, cette technique suprême ne se connaît que là où se produit une intelligence pour la recueillir errante, dispersée à travers les mondes, pour la réfléchir et la fixer au foyer de la conscience. Dieu n'existe, au sens propre du mot, qu'au moment où « le coup de dé de la nature » amène le chiffre le plus haut, quand, par le concours de toutes les énergies créatrices, une forme supérieure s'est rencontrée, et dans cette forme une pensée qui nomme Dieu, et en le nommant le crée; mais ce Dieu, nou? le connaissons, c'est le Dieu-nature. 11 n'était pas besoin d'invoquer S])inoza pour le donner au geme humain et le substituer « à celui que le Christ appelait son père. » — « Que l'on me demande s'il est dans ma nature de témoigner au Christ une respectueuse adoration, je réponds: Certainement. Je m'incline devant lui coumie devant la révélation divine des plus hauts principes de moralité. Que l'on me demande s'il est dans ma nature de révérer le soleil, je réponds encore : Certainement, car il est aussi une révélation dé la Divinité suprême, et même la révélation la plus puissante qu'il nous soit doimé de connaître, à nous, enfants de la terre. Je révère en lui la lumière et la force fécondante de Dieu, par laquelle nous vivons, nous nous mouvons, nous som-