‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 8 sur 140 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

instants la touche mystique d'un Fénelon légèrement germanisé. C'est bien l'histoire d'une àme. Les premières impressions de l'enfance, le premier éveil d'une sensibilité presque maladive, les influences imperc(»ptibles à l'œil du vulgaire, mais profondément ressenties et se mêlant au fond inné pour composer l'essence subtile et rare d'un cœur qui ne respirera que du côté du ciel et qui ne connaîtra la passion de l'amour que pour en sentir le néant et s'élever plus haut, toutes les joies de la terre un jour sacrifiées sur l'autel de plus en plus épuré de ce cœur et ce sacrifice récompensé par le don d'une illumination soudaine, par une joie vive, infinie, dans la lumière et la paix, qui le croirait? Voilà ce que nous retraçait, avec des raffinements d'analyse et des tendresses incroyables d'accent, le poète ironi(pie et hautain, le superbe et dédaigneux Goethe, longtemps après avoir perdu sa mystique amie.

« Je souffris et j'aimai, nous dit cette âme qui se dévoile devant nous dans le récit de Gœthe : ce fut dès mon enfance le véritable état de mon cœur. » — Mais avant de se donner tout entière à Dieu, elle eut à traverser plus d'une délicate épreuve, la dissipation de la vie mondaine, l'enivrement factice d'un premier amour. Tout cela l'éloigna pendant plusieurs années « de l'invisible et unique ami. » Une crise salutaire, de violentes secousses la ramenèrent à son consolateur secret : « Mais hélas ! notre commerce s'était refroidi pendant ces années de dissipations : je ne lui faisais plus que des visites de cérémonie, et comme je ne paraissais devant lui que dans mes plus beaux habits, que j'étalais devant lui avec satis-

faction, ma vertu, mon honnêteté et les avantages que je croyais posséder par-dessus les autres jeunes filles, il seud)lait ne pas prendre garde à moi, sous mes riches atours.... Cependant Dieu ne me repoussait point. Après le moindre mouvement vers lui, il laissait dans mon ame une douce impression, qui me portait à le rechercher toujours davantage. » Mais il y avait toujours un ohstacle entre le Soleil mystique et cette Ame encore à moitié plongée dans l'omhre : il y avait quelque ohjet (jui interceptait la divine lumière : c'était le monde avec ses préoccupations et seè frivolités. A l'âge de vingt-deux ans, elle comprit enfin par des expériences répétées et poursuivies dans le silence, que le comhat ne pcmvait durer toujours et (pie l'heure du choix définitif, suprême, approchait. Elle sentit que ce qui lui manquait encore, c'était la foi, non pas cette foi d'apparat et de suiface qui suffit aux âmes mondaines et qui les trompe siu- leur état intérieur plutôt qu'elle ne les rem[)Iit, mais cette foi qui est une vie transformée, le renouvellement de la suhstance, un état inaccoutumé pour l'homme naturel.

On sent que Goethe est encore sous l'inpression vive de la parole ardente et des extases de son amie, quand il raconte, d'après elle, l'heure suhlime où la foi descendit dans cette âme purifiée par la douleur. « Eh bien! Dieu tout-puissant, donne-moi la foi! m'écriaije un jour dans l'extrême angoisse de mon cœur. — Je m'appuyai sur une petite table, devant laquelle j'étais assise et je couvris de mes mains mon visage baigné de larmes. J'étais dans la situation où nous sommes rarement, et où nous devons être pour que

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