CHAPITRE vu
avance des sentiments qui doivent remplir un jour les plus nobles ùmes * . » On sait si Goethe a été fidèle à ce précepte.
Mais il est une autre fatalité plus difficile à vaincre que celle qui nous vient des hommes, c'est celle qui nous vient de la nature. Et je ne parle pas seulement de cette fatalité purement physique que nous subissons durant tout le cours de notre vie, et à laquelle les conditions de cette vie nous livrent sans défense : les influences diverses des jours, des nuits, des saisons, du climat, les désordres ou les troubles de notre organisation, toutes les circonstances de la nature animale qui font la souffrance, la maladie, la mort. Je parle de cette fatalité qui frappe en nous plus haut, celle qui frappe au cœur : la passion, la douleur, le sentiment de l'irréparable dans les biens perdus, la nécessité de sacrifier ce qui nous est le plus cher, d'immoler ce qui nous semble même plus précieux que la vie, le bonheur. C'est ici qu'il faut faire appel à toutes les énergies intérieures dont se compose notre liberté.
Goethe ne nous donne pour cela aucun des conseils que prêche l'ascétisme. Il ne nous recommande pas l'abstinence. Au contraire, il nous invite à jouir librement des biens de la nature, qui est notre mère, des dons de la vie, qui est divine. Ce qu'il pardonne le moins au christianisme, c'est sa morale mystique, irréconciliable ennemie de toute sensualité. Ce qu'il lui reproche avec une amertume passionnée, c'est d'avoir « assombri en une vallée de larmes et de misère le lu-