‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 85 sur 140 · Conrersatioîs, p. 270, Trio et passim · texte numérisé non relu

Conrersatioîs, p. 270, Trio et passim

CHAPirUE Vil

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couronne toutes ses conceptions sur la comédie humaine. Il a sa th(^orie de l'inmiortalité; mais c'est une immortalité tellement aristocratique qiuî bien peu j)armi les mortels peuvent en être les candidats sérieux. « Je ne doute pas de notre durée au delà de la vie, disait-il, car dans la nature une entvléchie (un être arrive à sa perfection) ne peut pas disparaître; mais nous ne sommes pas tous immortels de la même façon, et, pour se manifester dans l'avenir comme grande entOlëchie, il faut en (Hre d(''jà une ici-bas. » En langage vulgaire, cela signifie que pour mériter de vivre dans l'avenir, il faut avoir déjà vécu dans ce monde, et l'on n'a pas vécu, si l'on n'a pas pensé. Il était de ceux qui ne voient pas pourcjuoi un Paj>ou serait inunortel. ^

Dans les vingt dernièn^s annexes de sa vie, il revenait souvent sur ce grand sujet, s'efforçant, non sans peine, de concilier cette croyance avec ses instincts panthéistes. Un jour qu'après une promenade dans les bois il revenait à Weiinar, il remarqua la beauté du soleil couchant qu'il avait en face de lui ; il cita ce mot d'un ancien : « Même lorsqu'il disparaît, c'est toujours le même soleil ! » Et il ajouta avec une grande sérénité : « Quand on a soixantequinze ans, on ne peut pas manquer de penser quelquefois à la mort. Cette pensée me laisse dans un calme parfait, car j'ai la ferme conviction que notre esprit est d'une essence absolument indestructible; il continue d'agir d'éternité en éternité. Il est comme le soleil, qui ne disparaît que pour notre œil mortel. En réalité, il ne disparaîtjamais; dans sa marche, il éclaire sans cesse. » Sa conviction se fondait sur l'idée

d'activitô, car si jusqu'à la fin, disait-il, j'agis sans repos, la iiatiuo est ()l)li<'ée de nie donner une autre fonne d'existence, lorsque celle que j'ai maintenant ne pourra |)lus retenir mon espiit. La morale de fioetlie est essentiellement la morale de Faction : c'est celle du second Faust^ dans lequel nous verrons le grand coupable agir sans repos et sans trêve et se relever aux veux de Dieu par l'elTort incessant de sa mâle volonté. — Par là Goetluî semble être en contradiction avec la logique de son principe sur l'origine des choses, la doctrine de l'unité absolue, qui semblerait ne devoir produire (|u'une morale mystique, prècbaid Tinerlie de l'atome humain au milieu de ce tourbillon de la fatalité dans lequel il est comme enveloj)|)é, entraîné, englouti.

Toutes ces idées, vagues et. dispersées, vinrent un jour se concentrer dans son esprit; elles s'y ordonnèrent, et daiis une grande circonstance de sa vie, sous le coup de la mort de Wieland, qu'il chérissait et vénérait, elles éclatèrent dans une magnilicpie inspiration. — \on, une àme comme celle de Wieland, qui avait pu conduire une vie de quatre-vingts ans avec dignité et avec bonheur, qui s'était reuq)lie et comme enivrée de tant de belles pensées, qui s'était élevée à de telles hauteurs de spéculation et d'art, cette àme qui (h'jà par son essence même était un trésor, douée si richement dès son entrée dans la vie et bien plus riche quand elle en sortit^ cette àme ne peut rien souflVir d'indigne d'elle, rien qui ne soit en harmonie avec la grandeur morale qu'elle a montrée pendant de si longues années sur la ten#! Jamais, en aucune circonstance, il ne peut être question dans la

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