CHAPITRE YIII
et me lyai'laiii de panthéisme; comme il touchait juste î Je lui ré|)ondis avec mie grande simplicité : « Je n'ai pas encore rencontié une personne sachant ce que ce mot signifie ^ » Il semble bien cependant qu'il en avait quelque idée, puisque dans une lettre à Jacobi il s'applique à lui-même cette cpialification qu'il repousse ailleurs : « Quant à moi, je ne puis me contenter d'une seule façon de penser; connue artiste et comme ]>oète, je suis polythéiste; comme naturaliste au contraire^ je suis panthéiste, et l'un aussi décidément que l'autre; les choses du ciel et de la teire forment un ensemble si vaste que, pour l'embrasser, ce n'est |)astrop de toutes les facultés de tous les êtres réunis. » S'il y a là une sorte d'énigme, nous croyons cpi'il n'est pas impossible de la résoudre.
Panthéiste, (ioethe l'est assurément : il l'est non seidement dans ses conclusions générales en histoire naturelle, comme il l'avoue lui-même et comme nous l'avons assez clairement montré; il l'est aussi dans la plupart de ses conceptions sur la philosophie première, puisque lui aussi a sa métaphysique, et que « la base saintes » de son dynamisme send)le bien être l'idée de l'unité absolue. Seulement de quelle façon est-il panthéiste? Ce mot est si vague, il prête à tant de malentendus qu'on ne saurait l'enqiloyer avec trop de précautions, ni se trop assurer de ses motifs quand on l'emploie. De plus l'esprit de Goethe est si libre et si large , si indépendant des formules, et si compréhensif , si hospitalier à toutes les nobles et belles conceptions qu'il rencontre, que c'est parfois une ih-
i. Conversations, t. II, p. 206.
Ij^g PHILOSOPHIE DE (iOETIIE
che assez délicate pour le critique qui l'étudié de saisir l'unité, OU du moins riiannonie des nuances, au milieu de tant d'idées qui s'entre-croisentsur la trame changeante de sa pensée.
Des de\ix grandes doctrines de panthéisme que connaissait l'AUemagne au ti^mps de Goethe, le spinozisme et le système de l'identité, ni l'une ni l'autre ne donneraient une juste idée de la philosophie de Goethe. Elle a quelques points communs avec chacune de ces doctrines, niais elle procède à leur égard avec une entière indépendance. Nous avons montré déjà qu'il y a plus de différences que d'analogies entre Si)inoza et Goethe, et que le dogmatisme géométrique de l'ahstraction pure est en opposition sur tous les pomts, sauf un seul, avec ce lihre et poétique naturalisme qui se joue des forumles, et qui prétend puiser toutes ses inspirations dans la réalité vivante du cosmos. 11 serait facile de montrer la même opposition entre la philosophie de Goethe et celle de Schelling ou de Hegel. Il ne pouvait pardonner à l'un, ni à l'autre de prétendre construire l'ensemble des choses, si riche, si complexe, si varié, « si peu systématique, » disait-il, et (piand parut en 1798 l'ouvrage de Schelling sur la philosophie de la nature, il railla amèrement ces mterprétations, qui ne lui paraissaient que de brillantes fiuitaisies^ Goethe ne souffrait à aucun prix ces témérités d'un philosophe inventant le monde réel et le créant à priori au nom de Vidée, c'est-à-dire au nom de son idée . « On ferait bien de rester, répète-t-il à
1 Voir plus liant, chapitre iv, la sévère sentence que Goethe porte contre la méth«lo i.lôalisle dans les sciences «le la nature. On remarquera avec quel soin il en distingue sa méthode personnelle, la me.