‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 90 sur 140 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

chaque instant, à l'état de nature quand il s'agit d'une philosophie de la nature. » Et, résumant spirituellement sa pensée sur ces tentatives, qui mettent une nature chimérique et creuse à la place de la vraie nature, il les assimilait au crédit, qui n'est que la re- ])résentation idéale de la richesse, et qui, exagéré, finit par la détruire. « l'idéal, disait-il, tinit par dévorer et le réel et lui-même. C'est ainsi que le papier-monnaie dévore et lui-même et l'argent. » Il ajoutait prophétiquement vers 18*20 : « Voici bientôt vingt ans que les Allemands font de la i)hilosopbie transcendante; s'ils viennent une boiuie fois à s'en apercevoir, ils devront se trouver bien étranges. »

lïeiTol, que cependant Goethe estimait personnellement, n'était pas mieux traité pour sa uiéthode et pour l'enseudile de ses idées. Un jour (ju'il passait par Weimar, il eut fort à faire pour défendre sa chère dialecti(pie contre l'ironie du poète, ami de Texpérience et de la réalité. En vain prétendait-il que la dialecti(pie n'est que la régularisation et le perfectionnement méthodique de cet esprit de contradiction qui est au fond de chaque honmie, et que cet espiit est donné à l'homme pour montrer sa grandeur dans la distinction du vrai d'avec le faux. « Oui, disait <;oethe; mais il faudrait seulement que ces artifices de l'esprit ne fussent pas si fréquemment employés à faire paraître vrai le faux et faux 1,. vjai. — \:ela arrive bien, répondit Ilegel, mais seulement chez les gens qui ont à l'esprit une infir-

Ihmle svnlhétique, qui ne se prive pas des ressources de l'idée mais qui appuie l'intuition sur l'expérience, stimulant et lecondant 1 expérience sans cesser de se régler par elle.

l'illLOSOPlllE DE GOETHE

mité. — Aussi, repartit vivement Goethe, je me félicite d'avoir étudié la nature, qui empêche ces infirmités de naître, car, avec elle, nous avons alTairc à la vérité infinie, éternelle, et elle rejette aussitôt comme incapahle tout honune (pii n'ohserve pas et n'agit pas toujours avec une scru[)uleuse pureté. J(» suis sur que plus d'un esprit chez lequel la faculté dialectique est malade trouverait un traitement salutaire dans l'étude de la nature*. » Et quelle vive peintme je rencontre ailleurs de la jeune Allemagne^ vouée au culte pédantesque de Télre, du non-ètre et du devenir! « Si je disais que j'éprouve grand plaisir à voir les Allemands, surtout les jeunes savaids qui vierment d'un certain pays du nord-est (Ueiliii), je mentirais, [.a vu(» hasse, le teint pâli, la ]>oitrine affaissée, jeunes sans jeunesse, voilà le portrait di^ la plupart de ,ceu\ (pii se présentent. Et lors([ue je me mets à causer avec eux, je vois tout de suite cpie ce qui nous plaît leur semhle trivial et de nulle valeur. Ils sont tout entiers plongés dans l'/V/cr, et ne savent s'intéresser qu'aux plus hauts prohlèmes de la spéculation. 11 n'y a pas trace en eux de cetti^ santé intellectuelle qui nous fait aimer les choses qui agissent sur les sens ; tous les sentiments jeunes, tous les plaisirs de leur âge sont partis |tT)ur eux, et ils ne peuvent plus revenir, car celui qui n'est pas jeune à vingt ans, que sera-t-il à quarante! " »

Dans toutes ces philosophies, ce qui l'éloigné, c'est non seulement la méthode idéaliste qui prétend

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