CHAPITRE VIII
créer le monde avec la raison pure, c'est aussi le systématique, le voulu, le i)arti-pris. Il y sent l'effort et par conséquent le faux. S'il fallait ahsolument trouver un analogue à son panthéisme dans l'histoire des idées, ce n'est pas en Hollande ni en Allemagne que j'irais le chercher, c'est en Grèce, dans la véritahle patrie de sa pensée, dans une des premières écoles de la philosophie, celle de Thaïes et d'IIéraclite. Il ne faudrait pas trop presser ces délicates analogies; mais enfin, parmi les explorateurs de ces origines de la philosophie grecque, à qui ne sera-t-il pas sensihle qu'il y a entre l'héraclitéisme des anciens âges et la philosophie moderne de Goethe un fonds couunun d'inspirations, même d'idées? Si l'on tient conq)te des progrès de la méthode, de la quantité infinie des phénomènes et des lois, des richesses de la science positive qui sont à la disposition de Goethe, et qui manquaient ahsolument à ces premiers philosophes, ne pourrait-on pas signaler plus d'un trait de resseud)lance : l'empirisme passionné, le sentiment vif de la réalité des choses, une certaine conception générale de la nature, l'ahsence de toute vue systématique, de dogmatisme régulier? Oui, Goethe a je ne sais qu'elle parenté poétique, à travers les siècles, avec ces grands ancêtres de la philosophie, enivrés, éhlouis des splendeurs du monde naissant. Son panthéisme a quelque air de ressemblance avec cette philoso|)hie primitive, qui ne sou[)çonne pas la distinction des êtres, qui [)oursuit partout le mystère d'une seule et même existence vaguement entrevue à travers les phénomènes, qui multiplie les forces créatrices et les répand à
flots dans Tunivcrs divinisé, mais en même temps qui essaye de ramener toutes ces forces diverses à une force primordiale, universelle, dont les changements expliquent la variété, l'apparition et la disparition des êtres, force, substance ou élément contenant en soi la vertu de ses transformations infinies, sous le symbole de l'eau, comme chez Thaïes, ou du feu, chez Heraclite, mais de l'eau animée, vivante, du feu divin, du feu ailiste, àme universelle et principe des choses; qui enfin, se jetant d'im bond énergique aux antipodes du quiétisme oriental, s'efforce de développer dans les cœurs le sentiment de la vie libre en faisant de l'infatigable activité l'idéal de la vie des dieux. — Oui, Goethe dirait comme Thaïes : « L'àme divine est mêlée à la masse des choses, à l'universelle substance. — Le monde est animé et vivant, il est plein de dieux ^ » 11 dirait avec Heraclite : « La vie et la mort sont le résultat des mouvements alternatifs de la force universelle. — Toute la nalme s'explique par l'harmonie qui résulte du concours des forces. — Le combat des forces entre elles est le père de toutes choses. — L'àme de l'homme est une étincelle du feu universel, de la raison générale répandue dans le monde. — Notre vie n'est pas une vie véritable, mais la mort de la vie divine, qui vient s'éteindre dans la notre. — Rien n'existe en repos ; tout s'écoule, tout change et naît continuellement. » Sous le langage symbolique de la sagesse primitive, ne reconnaissons-
K.Ô7/A0V ifiipvxoj xat Sxnxôvcav ff).>}/5>j (Thaïes).