CHAPITRE Vin
nous pas les conceptions les plus importantes de Goethe sur le principe vital, sur les forces et les lois natuielles, sur les énergies créatrices dispersées dans le monde; enfin cette grande conce[)tion de la métamorphose univei'selle, qu'Heraclite avait exprimée avant lui dans ces deux mots : 'A^J.ciwj'.;. — HavTapéîi? Le panlhéisnie de Goethe n'est pas le panlhéisnie doginati(pie et idéaliste des temps modernes, il est prtn tondémenl naturaliste; j'oserai dire que c'est un panthéisme païen. Voilà le signe delà lace dont il d(»scendà liavers les âges. Nous avons nonnné ses vrais aïeux.
Goethe a donc raison de ne pas vouloir acrej)ter le nom de panthéiste, si on ne rex|>lique pas, si on ne le définit pas. D'ailleurs, peut-on dire que, même expliqué et défini, ce nom dorme une idée conq)lète de sa phil(>sophie? Ce |)anthéisnie naturaliste se combine avec un éclectisme d'une liberté [)resque illimitée. L'es|)rit de Goethe est peu exigeant envers lui-même sur les conditions logiques d'accord et de convenance entre les diverses vues qu'il recueille. Le trait essentiel qui s'y marque à coté de la tendance signalée vers l'unité absolue, c'est l'universelle curiosité. Goethe se juge bien quand il dit : « Je ne puis, quant à moi, me contenter d'une seule façon de penser. » C'est là le vrai. H send)le que, pour accomplir en luimême la loi d'évolution riui est à ses veux la loi maitresse de la nature, il se transforme dans les idées ((ui lui ])laisent, et il devient difficile à certains moments de suivre sa pensée ondoyard(» dans le caprice infini de ses métauiorphoses.
Il ne fiiut pas se tronquer sur la valeur et la portée
VJi
PHILOSOIMilE DE GOETHK
scicntilique de l'éclectismo dans Goethe ; il en a plutôt ressenti le besoin personnel qu'il n'en a compris la [H'ofondeur historique. Lui-nicMue nous a donné la llu'oriede son éclectisme quand il a dit (pie rien n'est plus légitime poiu* chacun de nous que de choisir dans ce qui l'entoure, dnns ce (pii se ])asse autour de lui, dans ce qu'il lit, tout ce (]ui est en lunuKuiie avec sa propre nature, [)onr se l'appropiier, — de s'assimiler ainsi tout ce (pii, soit dans la théorie, soil dans la pratique, peut servir à son progrès et à son déveloj)|)(îment. « Coud)ien d'honuues, par lem*s j)enchanls naturels, sont moitié stoïciens et moitié é[)icmiens ! Je ne serai donc pas étonné si ces hommes acceptent les principes des deux systèmes et cherchent, autant qu'il leur est possihle à les concilier dans leur esprit '. » (let échîctisme, il le pratique sans sciiqiule, transportant dans sa pensée tout ce qui lui j)lait des divers systèmes que traverse sa mobile curiosité. Un jour il empruntera quelque belle pensée à Platon, j)our qui il a une prédilection marquée, et dont il dit, avec un vrai bonheur d'expression, « qu'il ne cherche guère à connaître ce monde, qu'il s'en est fait d'avance une idée, que s'il pénètre au fond des choses, c'est bien plutôt poui' les renqilir de son àiue que pour les analyser, que sa méthode, sa parole semblent fondre, réduire en vapeur les faits scientilicpies qu'il a pu euq)runter à la terre. » Un autre jour c'est Aristotc qui payera le tribut. Goethe prendra chez lui l'idée et le mot iVenléléc/iie, l'idée d'une réalité achevée, accomplie, d'un acte arrivé à sa perfection, et il appliijuera ce mot aux
1 Conversations, t. H. p. 524.