‹ La philosophie de Goethe [microform]Chapitre 93 sur 140 · CHAPITRE VITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VITI

âmes qui sont arrivées au plus haut degré de la perfection humaine par la culture esthétique ou scientifique, à celles qui se sont le mieux identifiées avec la nature. Il sera, par certains cotés de sa morale, stoïcien décidé. Des deux préceptes du Portique, sustbie H ahsfin(\ il accej)te énergiquement le premier, celui qui Ibililie le c(lmu' de l'homme contre l'inévitable et l'irréparable dans h\ vie; il rejette le second, celui qui recommande à l'homme le mépris de la jouissance. Ici nous retrouvons « cette moitié d'épicurien » dont il nous j)îulait tout à l'heure; il veut bien souffrir en silence quand il est aux prises avec les sévérités de la nature ; mais en attendant que la maladie, que la souffrance arrive, il jouira de toutes les faveurs de l'indulgente mère; il goûtera avec joie les dons brillants de la vie, qui en soi est belle et divine. Il sera spinozistc à ses heures, lisant avec passion VÊlhique, s'enivrant avec Spinoza de la contemplation mystique de l'unité, méditant le grand mystère de la Substance, remplissant son àme d'éternité et l'habituant aux joies austèjes du renoncement, du sacrifice, si facile, paraît-il, puisqu'il ne s'agit pour l'individu que de mourir à lui-même pour revivre dans l'infini. Puis quittant Spinoza pour son grand adversaiï-e, pour Leibnitz, il s'enchantera de sa théorie des monades, il s'assimilera autant que i)ossible ses vues sublimes et ses divines harmonies, sans trop se soucier des dissonances trop sensibles entre la théorie qui fonde la personnalité et celle qui l'absorbe dans la suprême unité.

Jusqu'à son dernier jour, il se tiendra au courant de toutes les idées nouvelles, et sa passion de savoir, toujours jeune, se renouvellera avec toutes les

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doctrines et tous les noms nouveaux. Ses préventions contre l'esprit français avaient déjà cédé en paitic devant réblouissantc apparition de cet esprit luimême, personnilié dans Mme de Staël. Il avait lini, après quelques craintes et (pielques hésitations, par apprécier, connue il le méritait, ce projet si vaillamment poursuivi |)ar la brillante visiteuse, de connaître à fond la société allemande, d'en coordonner les éléments, de s'éclaircM' sur les relations sociales, de pénétrer et d'approfondir « av(*c son grand esprit de fenune » la philosophie elle-même. On ne peut pas croire qu'au contact de cette vive et mobile éloquence, prodij^uc de sentinuînts enthousiastes et d'idées générales, il n'ait pas lui-même gagné (pudque chose. Au récit détaillé qu'il nous a donné de cette visite, on sent que rinq)iession en a été profonde et durable. — Puis, (piand éclate en France le mouvement littéraire et philoso])hi(pie de la restauration, il faut voir comme le poète devient attentif à ce brillant et fécond tunndte d'idées, dont il pressent aussitôt les grands lésultats. Il lit avec ardeur le Globe et en fait fré(juemment le sujet de ses conversations. Depuis \SW, il ne cesse |)as d<' s'occuper du journal initiateur et promoteur des idées nouvelles en France et de ses principaux rédacteurs. « Ce sont tous, disait-il, des gens du monde enjoués, nets, hardis au suprême degré. Ils ont une manière de blâmer fine et galante... Je suis vraiment épris d'eux : ils nous donnent le spectacle d'une société d'hommes jeunes, énergiques, jouant un rùle important. Je croyais apercevoir leurs buts principaux : leur manière d'y marcher est sage et

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