‹ La philosophie de H. TaineChapitre 15 sur 51 · AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR XXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR XXI

hauts et Tun des essayistes les plus distingués de la génération précédente. Né à Giessen, dans le grandduché de Hesse, d'un père professeur à l'Université, il prit en 1849, n'ayant guère que dix-neuf ans, les armes pour la défense de la liberté, échappa à grand'peine aux sbires qui le recherchaient pour le livrer à la cour martiale, c'est-à-dire à la mort, et finit par gagner la France, où il passa ses examens universitaires, fut quelque temps secrétaire de Henri Heine, et devint successivement professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux, puis à celle de Douai. Celui qui écrit ces lignes l'eut pour maître dans cette dernière ville, où il préparait sa licence en droit et sa licence es lettres. Avec un dévouement d'autant plus méritoire qu'il était tiraillé entre de nombreux labeurs professionnels et littéraires, Karl Hillebrand fit trois années de suite chez lui (en dehors de son cours officiel), tout à fait bénévolement, à l'usage de deux ou trois privilégiés, dont nous étions, des conférences successivement consacrées à la langue et à la littérature allemande, anglaise et italienne, qui, étant donnée sa haute compétence, ne pouvaient qu'ouvrir de nouveaux et larges horizons devant les yeux de ses auditeurs, et être fécondes en résultats. Ah ! nous nous le rappelons, avec quelle impatience, avec quel feu sacré — le feu sacré de la vingtième année ! — nous nous rendions à la leçon du maître, qui nous lisait et nous faisait comprendre tour à tour Lessing, Herder et Gœthe, Spencer, Shakespeare et Milton, Dante (tout entier), l'Arioste et Machiavel! Ce furent là, sans conteste, les meilleures joies de notre jeunesse. Dans la Préface d'un livre qu'il publia en français vers ce temps-là, Études ita- Barzellotti. b

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tiennes^ réminent professeur voulut bien rendre hommogo à notre assiduité, ce qui, on le concevra sans peine, fit agréablement battre notre cœur d*adoIescent studieux. Karl Hillebrand occupait dans notre pays une situation intellectuelle déjà enviable. Il se rendait chaque semaine de Douai à Paris, et fréquentait les salons les plus distingués de la capitale, entre autres celui de la comtesse d'Agoult, plus célèbre sous son pseudonyme de Daniel Stern ; il collaborait à la Revue des Deux Mondes et au Journal des Débais, ot était lié avec Sainte-Beuve, Philarète Chasles, licman, Taine, etc. ; il était aussi, comme ce dernier, examinateur à Saint-Cyr. En i865il fut avecM. AHred Mrzièrcsl'un des deux délégués du ministère de Tins- Iriiction publique aux fêtes du sixième centenaire de la naissance de Dante, célébrées en grande pompe à Florence. Malheureusement, la guerre franco-allemande rendit son séjour impossible en France : la grande majorité de nos compatriotes voyait alors> en tout Allemand d'origine un traître et un espion^ alors que le vrai coupable était le gouvernement impérial, avec son ignorance de Tétat des choses do rAllemagne, avec son impéritie criminelle. L'exprofesseur de la Faculté de Douai alla s'établir à Florence, où il fonda, un peu plus tard, une revue, Vfialia (elle s'imprimait à Leipzig), destinée à établir un lien entre la patrie de Dante et celle de Gœthe, et qui acquit bien vite une très grande importance. C'est à Florence qu'il mourut, à cinquante-cinq ans, le 18 octobre 1884. Le fruit des principaux travaux de Karl Hillebrand, depuis 1870, est renfermé dans, les sept volumes de ses Zeilen, Vôlker und Menschen

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