PRÉFACE DE LA TRA00CTION FRANÇAISE *S
ouvrages qui parlèrent alors longuement de lui, succéda pendant plwiriears années, surtout en France, un silence presque absolu. A ce propos, M. le vicomte Melchior de Vogué m'écrivait, au mois de juin 1896^ une lettre dont je me permets de détacher ce passage : « En vertu d'une loi étrange et constante, il se fait un silence ab&olu sur nos grands morts, au lendemain de leur disparition. Vous ne trouveriez pas. vingt lignes dans nos journaux et revues sur Renan,. Taine, Alexandre Dumas, et on ne les trouvera pas de longtemps. Hugo lui-même n'est pas encore ressorti de la tombe. On dirait qu'il y a une période d'incubation nécessaire pour préparer leur seconde vie ; la discussion et la glorification recommencent ensuite, témoin Lamartine. Mais tant que cette période dure, l'attention publique demeure réfractaire à tout essai prématuré pour ranimer leur souvenir. Les critiques ont conscience de ce phénomène et n'abordent pas les sujets ainsi réservés ».
Pour Taine, cette période de retour semble actuellement s'ouvrir; comme je le disais; la critique revient à l'étude de ses œuvres et de ses idées, et l'attenlioiï du public est ramenée sur lui. Gela provient, pour une bonne part, de l'intérêt toujours nouveau qu'éveillent dans Tesprit contemporain les problèmes moraux et scientifiques qui ont été agités par sa psychologie historique; et cet esprit paraît, depuis quelque temps, vouloir prendre une direction ôiflférente, pleine de grandes expectatives.
La publication récente de quelques-uns de ses écrits inédits, par M"**' Taine, permet de juger mieux encore le penseur et l'homme. Quels motifs d'examen et de
recherches la pensée el la personne morale de ce (( frère abstrait de Hugo » peuvent suggérer à la critique contemporaine, c'est ce que nous montrent un assez grand nombre d'écrits qui lui ont été récemment consacrés en France et à l'étranger. Bornons-nous à signaler les suivants : Y Essai sur Taine, son œuvre et son influence^ que M. Victor Giraud, professeur à Fribourg, a commencé à publier dans la Quinzaine ; le Grundriss der Geschichte der Philosophie, de F. Ueberweg, Berlin, 1897 ; la large analyse critique que le professeur W. Welz, de Giessen, fait dans la Zeitschrifl fiïr franzœsische Sprache und Liiieratur, dirigée par M. Behrens, des principaux travaux récents relatifs au philosophe français (Uber Taine, aus Anlass neuerer Schriflen) ; les belles pages sur celui-ci que renferme le livre de M. E. Courtenay Bodley : France (Londres, 1899) ; enfin l'examen pénétrant qu'un critique de la valeur de M. Emile Faguet, s'inspirant de principes et de critériums divers et opposés, nous donne des idées, de l'art et du fond même de la doctrine professée par riiistoricn des Origines de la France contemporaine {Politiques et Moralistes du xix^ siècle, 3^ série, 1900, pp. 237-814).
Le jugement sur Taine philosophe, historien et écrivain, que je me suis toujours efforcé de faire marcher de front avec l'exposition de ses théories, m'a été suggéré par une critique qui sort du fond du sujet traité par elle, et qui cherche dans ce sujet seul les raisons l'autorisant h l'envisager sous quelque point de vue supérieur. Si j'accepte entièrement la féconde et géniale application de la psychologie à l'histoire, inaugurée par la méthode de Taine, je ne suis pas d'accord