‹ La philosophie de H. Taine [microform]Chapitre 14 sur 29 · I.A IMIILOSOPIIIE DE H. TAINE · texte numérisé non relu

I.A IMIILOSOPIIIE DE H. TAINE

soleil, malade de critique, de journaux et de parlements, ne paraît plus pouvoir désormais s'imaginer dans Tart d'autre type humain que celui d'un vaincu dans la lutte pour l'existence, d'un esclave d'impulsions et d'instincts irrésistibles, d'un impuissant à supporter le fardeau de la vie. L'abdication de la volonté individuelle, incapable d'initiatives devant la fatalité de la race et du tempérament, dans Tinfluence du milieu et de la contagion sociale; le tarissement de toutes les sources intimes de l'action personnelle et libre chez l'homme de nos jours, malade de la volonté, est devenu, dit M. Paul Bourget, le thème habituel de Técole dite naturaliste, depuis les Concourt et Zola, « qui a édifié ses Rougon-Macquart sur l'hypothèse d'une névrose héréditaire», jusqu'à Alphonse Daudet, Huysmans, Paul Alexis et Guy de Maupassant (i). Cette littérature est une grande clinique des maladies du siècle. Elle s'en alimente elle-même, puis les reproduit, les ramène, par une lente contagion morale, de la fiction dans la réalité. On ne peut affirmer qu'elle s'est inspirée uniquement du déterminisme delà science positive ; mais elle s'est rencontrée* avec elle par la môme voie sur plusieurs points, elle l'a eue pour complice dans son action sur les esprits. Entre une doctrine, d'un côté, qui ne laisse 5 la volonté humaine aucune initiative dans la série des causes dont elle n'est qu'un anneau, tendant ainsi à faire de la foi dans la liberté morale une pure illusion; et un art, d'un autre côté, qui nous montre la créature hu-

(i) P. Bourget, Nouveaux Essais de psychologie contemporaine y pp. 177-178.

If

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maine <( dominée par le milieu et devenue incapable de réaction personnelle », à peine y a-t-il un pas. Et il n'est pas étonnant qu'au lendemain de 1870, dans cette ombre épaisse de découragement qui passa sur la France, le pessimisme ait envahi la littérature, et que les romanciers naturalistes, Emile Zola en tête, aient cherché dans l'idée déterministe de l'universelle nécessité des choses un fond brumeux pour leur sombre vision des maux humains.

Taine était d'accord avec eux, au moins en partie. Mais quel jugement portait-il sur la valeur artistique de leur œuvre? On peut l'induire de plusieurs passages de ses écrits, et en particulier de son recueil posthume. Derniers Essais de critique et d'histoire. Ils renferment un article sur Ceorge Sand, écrit en 1876. Pour arriver à parler de Tidéalisme, dont s'inspira l'illustre femme-auteur, et pour en mettre en relief les mérites, le critique commence par lui opposer la direction nouvelle de l'art réaliste. « L'esprit positif et scientifique, dit-il, a gagné la littérature... Le roman est aux mains des successeurs de Balzac, et il ne faut pas s'en plaindre, si, avec les minuties et la conscience du maître, les élèves ont les grandes vues d'ensemble, la profondeur d'analyse, la puissance de combinaison et la pénétration philosophique qui font de Bal/ac, comme de Rembrandt, l'un des grands peintres de l'humanité ».

Il ne semble cependant pas avoir beaucoup admiré Emile Zola, à en croire ce qu'ont dit à ce sujet quelques-uns de ses amis et biographes (1). Parmi les pré-

(i) M. Zola lui-môme Ta reconnu dans une interview publiée par

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curseurs immédiats de la nouvelle école, il eut en haute estime Gustave Flaubert, et, dans ce même article sur George Sand, en parlant du roman, il s'exprime ainsi à son sujet : « Il faut un thème général, une sorte de lien commun moral qui serve de matière au récit. Quand ce thème philosophique rencontre un personnage capable de le porter jusqu'au bout et de l'exprimer tout entier, le roman est de premier ordre; c'est ainsi que M. Flaubert a fait Madame Bovary, un chef-d'œuvre ». C'est là un jugement d'accord avec les conclusions de la théorie qu'expose Z'/d'ea/ dans VArt, Pour tâcher de deviner ensuite quelle a pu être, aux yeux de l'auteur de cette théorie, la mesure de la véritable valeur littéraire de l'œuvre de Zola et des autres successeurs de Balzac, on n'a qu'à lire la belle étude consacrée à ce dernier. Taine nous le donne comme le type de l'écrivain naturaliste, préoccupé de représenter de préférence non le bien et le beau, mais le réel et le vrai de la vie, avec une forte tendance à en dépeindre les aspects les plus bas et les plus ignobles, pourvu qu'ils s'expriment dans des caractères puissants, dans des « monstres grandioses », dans des « bêtes de proie ». Tels sont en effet presque tous les personnages qui se pressent sur la vaste scène de la Comédie humaine, et sur lesquels le critique porte sa fine analyse, pour aboutir à cette conte Figaro le jour de la luoit de Taine. « i\ y avait entre nous, dit-il, des malentendus littéraires. Je crois qu'il uaimait pas beaucoup ce que je faisais, et cela m'a toujours chagriné. Je me suis présenté à l'Acadcmîe, jamais il n'a été de mes parUsans. Quelque chose nous séparait, que je n'ai jamais compris »».

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clusion : si Balzac est presque toujours inférieur à luimôme quand il dessine des caractères de femmes, s'il ne parvient pas à représenter avec vérité la vertu et à nous mettre sous les yeux les formes les plus élevées, parce que « son idéal est ailleurs » et que « partout où il y a une difformité ou une plaie, Balzac est là», cependant la richesse, la vigueur de l'invention, la profondeur de l'analyse compensent chez lui ces défauts; les figures de ses plus grands scélérats « échappent à la laideur par leur puissance ». Ainsi son art, semblable en cela à celui de Shakespeare, en nous montrant sous des formes grandioses et émouvantes ce que le drame humain a de plus laid et de plus ignoble, nous soulève au-dessus de nousmêmes, infuse à toutes nos facultés une vie plus intense et plus large.

Voilà pour Balzac. Quant à Zola, je ne crois pas que, en dépit de Fart incontestable avec lequel il nous fait constamment sentir le « milieu », et de la vaste et riche trame de son œuvre, qui voudrait nous donner une sorte d'histoire naturelle de la société contemporaine, cette œuvre ait pu représenter, aux yeux de Taine, une de ces valeurs esthétiques qui ne diminuent pas malgré les changements de modes et de goûts, et supportent le jugement de plusieurs générations. Ce que cette œuvre a en elle de laborieux et de pénible, de trop cherché et voulu, refroidit la spontanéité vivante de l'écrivain. Sa thèse^ empruntée à la doctrine de Vhérédité, n'a pas, transportée dans le roman, l'importance d'un de ces grands problèmes humains dont l'art devra toujours s'inspirer. Et puis, la représentation conli-

iiuellc et lo plus souvnil répugnante de caractères «malfaisants», comme les aurait appelés Taine, n est pas compensée dans les Bougon-Macquari] comme dans la Comédie humaine, par une extraordinaire puissance de conception et d animation des figures des personnages. Presque toutes celles de Zola sont autant d'aulomates en proie h la fatalité des forces naturelles et sociales qui les dominenl. Semblables à des bas-reliefs inachevés, leur pliysionomie individuelle semble souvent se perdre sur le fond du tableau et parmi les lignes générales «le celle du groupe humain au milieu duquel lauteur len fait mouvoir.

Cela est à coup sûr très conforme à la manièix' dont Zola conçoit et voit la nature liumaino, mai!^ ne prouve pas qu'il Tail vue tout entière mm chacun de ses aspects, ni que l'angle vij^ucl sous lequel sa Ihèse la lui fait regaixler puisse lui en donner rimpression la plus vraie, L'éludrr sur Halzac se termine par ces mois: «Avec Shakespeare el Saint- Simon, Balzac est le plus grand magasin de dcnnimcnts <pH^ nous ayons sur la naluiv Ininiaine h. Je doute beaucoup que» ce choix pr^onru rlun crrluin it/pe humain, dont semble sVMre inspirée lo^uvre entière de M. limilc Zola, n nit p$ enlevé à celle-cî, dans lopinion de Taine, une bonne portion du mé^ rite qui! devait au reste lui accorder, d'élre, elle aussi, un vaste recueil de documents mr la vie coutemporairie.

L'application la plus directe que Taine ait faite de ses théories sur Tart se trouve dans les deux volumes de son Voyage ^en Italie, publiés en 1866, que M.. G. Monod qualifie avec raison d' « étincelanU p. C'esl une de .se« wuvix^s leg plus populaires el lesplu.s lucî^ en tout pays; nu.ssi cela me dis|>en.*i4V l-il de m'élendrc longuement sur elle. Il n'est pas de |>erbonnc cullîvée, on peut raffirmcr, qui n ait pré* sentes h l'esprit Ioîç superbes pages consacrées par Taine à Naples» à Rome, avec sa campagne, ses musées, ses galènes cl ses églises, h Assise cl à Florence, à Sienne et ù Pise, el à ce magnificpie spectacle des lagunes, d'où le grand arl .vénitien a tiré tant de ses couleurs cl de ses formes.

Le livre esl sorli d*un jet des noies prises par Tauleur au cours d'un voyage fail en Italie, du mois de février au mois de mai 1864, pour se reposer de l'achèvcmcnl de son I/isioirt de ta Littérature anglaise. Comme celle-ci, il nous donne une éloquente illustralion, par des exemples, de sa doctrine relative aux races el au^ effets des milieux naturels el sociaux; doctrine qui, ici peut-être plus qu eu aucune autre de 9e9 œuvres, s*anime devant lui, se colore dans sa pensée de la môme vie des choses qu'il a observées avec un sentiment d*artisle.

L'Italie aussi cl son histoire, il les observe, comma

bARXRLLOTTt. ift

il a d'abord observé l'Angleterre, dans le cadre idéal qu'il porte en son esprit ; mais si ce cadre circonscrit à ses yeux le champ de la vision dans lequel lui apparaissent les choses observées, cela n'empêche pas la vision d'être vraie et puissamment exprimée. Cette valeur incontestable qu'a en soi, malgré quelques excès de critique, sa façon sociologique (c'est le mot de Guyau) de considérer l'art comme le reflet de la vie et de l'histoire entières d'un peuple, s'affirme ici avec son plus grand relief.

Ce voyage en Italie eut lieu l'année même de sa nomination comme professeur à l'Ecole des Beaux- Arts, et lui servit en quelque sorte à vérifier les idées fondamentales qu'il avait déjà dans l'esprit. C'est autour d'elles que se déroulèrent ses leçons. Il avait réparti son enseignement sur un cycle de cinq années, dont trois consacrées à l'art italien, et les deux autres à l'art hollandais et à l'art grec. Quoiqu'il ne soit jamais allé en Grèce, la représentation par excellence de la beauté humaine lui est toujours apparue sous la forme que la patrie de Phidias nous en a laissée en sculpture. Mais nulle autre histoire de l'art ne pouvait, comme celle de l'art italien, lui rendre en entier, avec une aussi grande richesse d'exemples, son concept de l'idéal esthétique, résultant pour lui du choix du caractéristique et du typique, de ce qui fait parler à la grande âme des choses et à leur forme corporelle le langage le plus significatif pour nous. Il arrivait en Italie déjà disposé — il nous le dit lui-même — à penser et à goûter le beau ainsi, et conséquemment à le voir plus dans certaines œuvres .et dans certaines époques de son histoire, que dans

certaines autres. Rien d'étonnant donc que, parmi les aspects si nombreux sous lesquels l'art italien l'a manifesté, il n'en ait senti et bien compris qu'un seul : l'expression idéale grandiose des belles formes du corps humain, telle qu'on la trouve chez les cinquecentistes ; et aussi qu'il n'ait guère vu ni cherché, chez les plus grands d'entre ceux-ci, que cet aspect seul. Il y sentait d'une façon plus évidente le contact de leur art avec l'élégante sensualité de la vie italienne, déjà en décadence alors, bien que dans toute sa fleur.

On a plus d'une fois reproché avec raison à Taine cette façon de préjuger les choses. Elle lui fait voir le tableau historique de la peinture et de la sculpture italiennes pour ainsi dire en entier sur un seul plan de perspective, et l'empêche de bien mettre à leur place chacune des figures principales, en en relevant toute Toriginalité. Ce reproche s'applique spécialement à la manière dont il parle des quattrocentistes, de Léonard de Vinci et de Raphaël. Les Vénitiens me paraissent plus sentis, plus finement étudiés. Et puis, tandis que le critique, dans ce livre aussi (comme dans son étude sur la Hollande), veut voir une coïncidence constante qui n'existe pas, ou qu'il exagère, entre les périodes de l'art et celles de la vie politique italienne, il n'aperçoit pas suffisamment les relations bien plus étroites qui ont eu lieu entre les arts figuratifs et l'architecture, entre ceux-là et celle-ci et l'histoire littéraire. La littérature italienne ne lui était d'ailleurs pas aussi familière que les littératures anglaise et allemande. Ce qui contribua peut-être à la lui faire moins étudier, ce fut

l'idée qu'il avait de la valeur historique de la culture italienne dans son ensemble. A lui, comme à d'autres critiques étrangers, cette culture est apparue incomparablement plus grande dans les arts du dessin et de la musique que dans son œuvn» littéraire. C'est là une idée vraie en substance, mais qu'il ne faut pas prendre trop au pied de la lettre, de façon, par exemple, à limiter presque uniquement à la pure sensation des choses, comme le voudrait tel critique, le génie d'un peuple qui a eu Dante et Léonard de Vinci (i).

(i) Le livre sur la Philosophie de l'Arl montre que la connaissance el la pratique de Taine, en matière de littérature italienne, étaient inférieures à celles qui lui firent pénétrer à fond la littérature anglaise. Il y emprunte fort peu d'exemples aux écrivains italiens, ne nomme même pas Manzoni, et ne mentionne qu'une seule fois Leopardi. J'ajouterai que, quoiqu'il n'entre pas dans le dessein de mon travail de me livrer à une critique détaillée et technique des livres de Taine sur l'art et du Voi/age en Italie, dans ce dernier, en particulier, on rencontre assez souvent des inexactitudes et des erreurs de fait. Celle-ci, entre autres. Parlant des trois églises d'Assise, » l'une sur l'autre, toutes ordonnées autour du tombeau de saint François », l'auteur semble avoir supposé (t. II, pp. 2a-23) qu'un seul et même architecte a fait « les trois sanctuaires », comme pour « représenter les trois mondes : tout en bas, l'ombre de la mort et l'horreur du sépulcre infernal ; au milieu, l'anxiété passionnée du chrétien qui prie, lutte et attend dans notre terre d'épreuves ; en haut, la joie et la gloire éblouissante du paradis ». Or, réglise la plus basse, comme le prouve d'ailleurs son genre d'architecture, est moderne et a été creusée autour du tombeau du saint, qui avait été pratiqué dans le rocher massif.

Nous laisserons toutefois un critique d'art français nous dire son avis sur le Voyage en Italie. Au lendemain de sa publication, le livre a été pris assez vivement à parti par le vicomte Henri Delaborde, dans un article de la Gazette des Beaux-Arts ayant pour litre : Des opinions de M. Taine sur Fart italien [i^' juillet 1866). Le futur secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts signale d'abord, dans l'ouvrage, quelques erreurs de fait, mais il passe vite condamnation sur ces « peccadilles », qu'on pourrait cependant noter « en assez bon nombre >>. Ce qui lui semble bien plus

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Je ne dis pas que Taine va aussi loin. Mais il dépasse en tout cas la mesure, en se représentant l'art presque entier de la Renaissance — par une analogie trop étroite qu'il prétend trouver entre les mœurs et les sentiments des Italiens d'alors et ceux des Grecs d'autrefois — comme né de la jouissance esthétique, du culte et de la reproduction des belles formes physiques, du spectacle de la nudité héroïquement campée. Ne prétendre apercevoir, parmi les facteurs de l'art italien, que la prédominance à peu près unique de cet élément, c'est, me semble-t-il, envisager cet art par un seul côté, ne pas étudier et ne pas comprendre suffisamment les différences des écoles d'où il sortit à ses débuts et se développa avec les qifattrocentistes. Mais il faut noter que, dans ce livre, Taine se montre, plus peut-être qu'historien et criimportant, c'est d'indiquer « le principe sur lequel repose la doctrine esthétique de M. Taine et le genre d'admiration que lui inspirent les plus nobles monuments de l'art ». Or, ce principe, qui tend à remplacer l'analyse des talents et des sentiments personnels qu'ils expriment par des « appréciations détournées », par une « méthode plus synthétique que de raison », et qui est empreint de « fatalisme », lui apparaît comme tout à fait condamnable. « Rien de mieux, dit le critique, si l'on n'avait d'autre dessein que d'amuser notre curiosité... Mais puisqu'on entend nous expliquer aussi le génie et les œuvres des maîtres, encore serait-il bon que, suivant une métaphore zoologique trop familière d'ailleurs à la plume de M. Taine, nous ne fussions pas réduits, la plupart du temps, à « comprendre l'animal d'après sa coquille ». Cet « animal » est l'art italien après tout, c'est-à-dire un être assez bien organisé en lui-môme, assez noble et assez varié dans ses mouvements, pour que les naturalistes, quels qu'ils soient, ne se contentent pas de nous en représenter les enveloppes et d'en inditiuer seulement la vie passive ». D'ailleurs, affirme Henri Delà" borde, que de travaux et de talents, en Italie, qui sont en désac cord avec la physionomie historique de l'époque où ils ont paru Mais de pareils contrastes, ajoute-t-il, n'embarrassent pas l'auteur du Voyage en Italie, « ou plutôt il oublie de les remarquer, et cela

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tique de l'art, un véritable artiste, un mallre génial dans la description. Le psy^nge italien est admiramenl senti par lui sous »e» aspects les plus divers; et ce qui ruierveille toujours quand il parle d'un chef-d'œuvre, c'est peut-être encore moins la pénétration et la finesse de son esprit, que Tari avec Ic- ((uel il s'entend à reproduire ce chef-d'œuvre, à le ressusciter par les mois.

Le VoijQffe en Hnliv. se distingue aussi <le la plupart des livres que les Français en iMiriiculier ont écrits sur le même sujet, par le tableau que lauteur y trace de la physionomie morale, des mceun^, de la vie politique de ce pays» qu*il visitait & un moment si important de son histoire.

01>Hervateur et psycholo^j^uc de vocation comme il Tétait, il ne pouvait laiiitser échapper Toccasiion, qui s'oiïrait î\ lui, de suivœ attentivement des yeux le fait non encore accompli de la reconstitution nationale de l'Italie. A Naples. au milieu des agitations qui

d^Milaal filii* ftlnèmient, «lu'il ^*arrél« aïoinH devAnt k>. ii*«vns lis l>lu« proi^rc^, par leur iikgnillcailfon H fuir leur <lntr. ik le liien ren- -^•g»er h CCI ^lînrO. M. Taliie, <«n ir^^néral. repnrdc peu Wa pciiH l«re* ttAlicnncH «|uo noun «>nl léfnt^* te xiv» cl le %x» 8i^<le. cl, «luind i\ lui nttyvti dVii |uiri<«r, c>»l en lerme> %i ilA^lniitnetix «m •i brer*v <|u'ttn »tilence :ib-<ilii iwii» lniMiteniN fT«inKtnl iiHiinii d& regretM », Ce%i <l« la r»c<in b pltut Miiie^Hlelelle qull j«f?e. cuire Aulrt)^^ lee peit^tun^H de fkidiU. île Piicfin Capaïuio. e4c.. lUn»^ r^ftlUo infi^rieure du comeiit de Sjiinl-Krtti»roiH. à Aj^itisic; loi^ freMpjie* du Campo-SAnlA de Pi»»c ; len flirurcH |)cinle»» h Sicniio ol à Florence jmr le* Ire^rmiUli, lonqncllei il 4|ujilLllc ite • mitièr«l»lc» nMinnequigkf •. || %\^ dit |k»% iin mot de ee» Mi:iilp4««rH forcée à rèc«lo o« Krriup^M ^iiioiir de IV>nntcllo. - dofit le» travaui» lore«Uns |^ i<S€«llcfioe. exprin»enl mI neltemcM le» inrlinnUocin, Im couttinNtft, le iténie mèiiM de Tari nalkn»»! à Mm nielllcur iiiomcnt «. 9i*ellc inai^cre fiari il fnll AiifiHi ft tlt^^ Inimnie* (cltfqu'André!! dcl Sarlo et Fra BartoloatinM, ■ deux de^i plua faraud» in.\!tret,do«t »e iHoriAe ritnWe î •. 0«iaat aux |Ki|re» c<iffiMcr6eti

l,A i*sv<:iioi.ii<;tH Kr i.a i*iiiM»sor*iiiK ihî l'art a^?

suivirent Icntirprise garihaldirnnc/tandis que le brigandage sévissait; Il Rome, sous le gouvernement du p«pe; fi Florence, alors capitale provisoire du nouveau royaume, Taine fr^(|uenlait la îçoci^t^, interrogeait ses com[>agiions de voyage, et notait dans son esprit tout ce qui lui semblait le plus caractéristique» le plus significatif pour Tétat d*âmc des Italiens. Les jugements qu^il nous donne à ce sujets et qui complètent ses jugements artistiques et historiques, ne sont |»as toujours exempts des préjuges que les étrangers, et surtout les Français, apportent avec eux en Italie; ils S4» ressentent çii et la d'un fwu de précipitation : ils ne s'appuient pas sur une connaissance aussi large et aussi sûre de ce pays, que celle qu'avait Yaine de TAngleterre. Mais, dans len-

par Taine 6 i'ft>olo vénitienne, Hloa sotil |»etitHiHiv de tiHit 1^ livre, h en rnciire aon critiiiiie, celles i|ui<xinlteni>enl,Mjr le mérite iulrina^que o«i relatif i\t^ aravre». « le plu» de vivacMétf paru* «fnialea et de ni^pri»e^ bruyantes ». Puit» celui-ci apprécie en cea Icnnes le fond rnOone de» tcndanced de Tainc «lana son livre: • l| y a un elliiH iKiiir déplacer et réduire Icm condUion*» ite Tari luiméine, |K>urcnind(t>rialkiMr IVHprtt, |N»wr en d«rnvtiirer U fonction ; il y n je ne «nie <ii»e|le ^Kiuliition die nouM cinnviiinçre île riiuinitê de l'iilénl. de supprimer |>«H<ii»l ce qui t»e vteni |Hiur y «iibtitîlucr ce i|ui «« voél. €^ qui tte lonche, de rena|>lacer l 'ima^^ du beau par feUlsie du r^'cK r.^mc |)ar le corp*«, riioinnie par rnaAiMil humain •. b'nlln. conchit Henri Delà borde. • le talent littéraire, inOmc le pluK Miupte et le pins brillAnt, n'eM pan propre k toi» Icfi oOlcoit. I*nrcc «(u'on n fait ncte d'écrivain Imblle, il ne *>n>>iiit pa« qu'on »<iit en incMire d'enseigner re«4héti4|ue o«) de. «rrtliqucr les OMvrf»* de Tnii... M. Tainn, 44ourii .m «itirique >?<irto par Wé fuii te IrnidiUon et de la litlôraUirv*, InMnJcIiedantfledoaiuine

de l'art et distribue un |k*u à favenlur^ »on entlMlU^iasn»e et ««n dédain ■# — Il noss m semblé intére-wimnl «le faire cotmallre celte a|>pr6ciati<in d'nn crit»<|ue comp^^lcnl «air le» idée» c«tlioti<{uc» qui C4iiii4itucnl le fond du VojfQge en ttalie^ d'aiilani plus que celle appréciation concorde en ^OMme av'ec la nôtru ei avec celle, plu» dé^elofip^, de M. AdolfoVenturi. qu'on lira ii la fln de ce ixilnoM. ';.\p|»cn(ike III.)

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semble, ils sont •parmi les plus impartiaux qu*un étranger ait jamais émis sur le compte de Tltalie et (Jes Italiens. Je dirai même plus. En les relisant au bout de trente et quelques années, le bien fondé de quelques-uns de ses doutes, de quelques-unes de ses appréhensions sur la valeur historique et Tissue possible du mouvement national italien, frappe l'attention et force à penser. Avec une intuition sagace, il met en relief certains faits que Thistorien futur ne pourra manquer de noter pour pouvoir s'expliquer comment, dans ces trente et quelques années, la grande œuvre do la réorganisation économique, civile, morale, à laquelle ce mouvement si bien commencé semblait devoir conduire l'Italie, a en grande partie échoué. Les faits notés par Taine comme symptômes du mal originaire de la révolution italienne, à laquelle manqua une solide préparation sociale et morale, sont avant tout ces deux-ci : d'abord « l'insuffisance de l'esprit militaire », indiqué, dit-il, par le petit nombre des volontaires accourus sous les drapeaux ; puis « Tirrésolution de l'esprit religieux », qui empêcha les classes supérieures, les seules ayant fait la révolution, de voir clair à un moment quelconque dans la plus grave de toutes les questions morales soulevées par elles : la question, toujours vivante aujourd'hui, des rapports du nouvel Etat italien avec l'Église et avec Rome (i).

(i) Dans une lellie à E. Havet, en date du 29 avril 1864. et que cite M. G. Monod (p. ii3 de son livre), Taine fait des observations justes et sensées sur les conditions économiques, sociales et politiques de ITtalie. Il montre ici beaucoup de confiance dans l'avenir de la jeune nation. Cette lettre est fort intéressante, et nous croyons devoir la reproduire. «« Tout bourgeois, commerçant, rentier, tout

L'esthétique de Taine, je l'ai monlré, n'est pas exempte de certaines contradictions. Il y est tombé en voulant accommoder les principes de l'idéalisme avec ceux de l'école positive. Cette esthétique tient, plus peut-être qu'aucune autre de ses doctrines, de cette tendance au système qui lui fait accorder trop de foi à la logique, môme quand elle traite des matières auxquelles l'esprit de finesse, comme on, l'a bien dit, est plus approprié que l'esprit de géométrie. Sa philosophie de l'art ne présente pas, d'ailleurs, un dessin achevé. Elle a quelque chose de fragmentaire,

homme qui est capable de lire un journal, (^nl [ioiw Tunité de ritalie et pour la monarchie constitutionnelle unitaire. Les Italiens ont un grand sens politique, et il n'y a peut-<^trc pas sur quinze un républicain. Aucune racine pour le socialisme et pour les idées niveleuses dans ce pays. Cela n'est pas dans le tem[>érament de la nation, et il y a une sorte de bonhomie générale, de familiarité ancienne entre les riches et les pauvres, entre les nobles et les roturiers, qui ne laisse aucun avenir à Mazzini et aux idées de gS. Je ne crois pas non plus au provincialisme. Ils sentent tous que, tant qu'ils ne seront pas une grande nation armée, ils seront, comme autrefois, à la merci de tout envahisseur. Une partie considérable de la noblesse, même dans les anciennes provinces papales, est constitutionnelle et libérale. Ce sont seulement quelques grands seigneurs arriérés, parents de tel ou tel cardinal, qui sont pour le pape... Seule, la grande noblesse de Rome, à l'exception de quatre familles, est papaline. Joignez à cela la majorité du clergé, la foule des protégés qui vivent par ces grandes familles, et dans les provinces, la majorité des paysans, sortes de sauvages énergiques, bien plus incultes que les nôtres. C'est de ce côté que fie tournent tous les efforts de la bourgeoisie gouvernante. Ils comptent pour une recrue tout homme qui apprend à lire. C'est

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